OBSERVATION XI
Autodénonciation délirante de l'assassinat de sa fille par un alcoolique, sous l'influence d’une ivresse psychique temporaire. — Pas de signes physiques d'alcoolisme. — Pas d'internement. — Guérison. —-Mise en liberte.
(P. Garnier. — Observation inédite citée par Dupré.)
Le nommé Q. G..., 46 ans, est ouvrier tanneur, enfant nature}, père de quatre enfants. Sa mère s’adonnait beaucoup à la boisson. Jamais malade, exempt du service militaire pour cause de hernie inguinale. Intelligence moyenne, instruction d’un ouvrier, bonne mémoire.
Il a. commencé à boire avec excès il y a quinze ou vingt ans (rhum et vin), très peu d'absinthe, pas d’amer Picon. pas de vermout.
Q... a toujours eu le sommeil assez bon, il n’a pas de cauchemars, pas de tremblement des mains. Il n'a jamais présenté le moindre signe de folie alcoolique. C’est un bon ouvrier, qui est resté vingt ans dans la même maison, où l’on est très content de lui.
Dans les premiers jours de février. l’ouvrage ne marchant pas beaucoup, Q... devint très inquiet du lendemain et se montra très préoccupé. Le 12 février, à l’occasion de l’enterrement d’une parente, il fit de copieuses libations et, le lendemain 13, n'ayant pas été à l’atelier, il continua à boire.
Le 14 février, il se présente chez M. Cochefert, chef de . Sûreté, et déclare qu'il vient d'assassiner sa fille, âgée de seize ans et qu'il a caché son cadavre dans la cave.
On se renseigne à son domicile, où on apprend queles quatre enfants de Q... se portent bien et sont inquiets de la disparition de leur père, qui leur avait semblé drôle, seulement pour la premiere fois, dans la soirée du 13.
Conduit à l’infirmerie spéciale, Q... se présente avec un air presque hébété, aux premières questions, il répond qu'il ne sait pas où il est, qu’il ne compreud rien à ce qui lui arrive, il se plaint de la tête et d’avoir toutes ses idées embrouillées.
Il ne paraît avoir aucun souvenir de sa démarche chez le chef de la Sûreté, mais soudain, sur une allusion faite à cette démarche, il crie: « Ah! je me souviens! Oh! c’est épouvantable ! » et il éclate en sanglots.
Maintenant il se rappelle sa déclaration, il me la répète et me dit qu’il était convaincu, à ce moment, d’avoir assassiné sa fille; qu’il se rend compte maintenant que c'était l’égarement de son esprit qui lui faisait tenir un pareil propos. Il adore ses enfants, n’a jamais eu de discussion avec sa fille. [l se la. mente, etc...
Aucun signe physique d’alcoolisme ; il se montre très calme dans sa cellule et paraît seulement un peu absorbé. La nuit du 15 au 16 est très bonne.
Le 16, il peut être remis en liberté et confié à son fils aîné.