OBSERVATION XV
Autodénonciation délirante de l'assassinat de sa mére, par une alcoolique surmenée. au retour d'une fugue de: plusieurs Jours, sous l'influence d'un accès onirique d’origine toxique (alcoolisme et surmenage).
Observation au Dépot. — Enquête. — Internement.
(P. Garnier. — Notes inédites. — Observation rapportée par Dupré.)
À... T..…., femme D..., 34 ans, née à Lisle (Loir-et-Cher), arrivée à Paris en 1880. Elle est restée cinq ans avec son mari, avant de se marier. Pas d’antécédents héréditaires.
Son mari raconte que sa femme a eu deux attaques de nerfs, pendant lesquelles elle s'est débattue. Depuis trois mois, dit-il, je remarquais que ma femme rentrait souvent comme ivre. Son caractère à changé: complètement, elle est devenue brutale, cherchait des raisons à tout le monde et quittait souvent ses enfants, qu'elle aimait cependant beaucoup. Je crois qu'elle buvait un peu. Un jour, en rentrant, j'ai trouvé ma femme étendue sur le lit, ne pouvant pas parler ni bouger sa
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jambe droite ; cela a duré trois jours. Il y a deux mois, elle a eu la tête couverte de croûtes et on a été obligé de lui couper les cheveux. {1 y a huit jours, elle m'a quitté sans que je sache pourquoi et sans rien me dire, elle est revenue le 10 février, de grand matin, et s’est cachée derrière la porte sans oser rentrer’ C’est une voisine qui l’y a découverte et m'a réveillé. J'ai trouvé ma femme en larmes et toute épuisee de fatigue, les yeux hagards, et c'est là où elle m’a dit qu'elle venait de tuer sa mère et de la jeter à la Seixe et me prier de la conduire chez le commissaire. :
A la visite la malade raconte l’histoire suivante: «J'ai quitté mon mari il y a sept jours et je suis partie à pied pour Lisle, dans l'intention de tuer ma mère. Je n'avais qu’une trentaine de sous dans ma poche et je les ai dépensés pour me nourrir; je couchais dans les granges. Je suis arrivée à Lisle, le mardi à neuf heures et demie du soir. exprès pour que personne ne m'aperçoive dans l’état de fatigue où je me trouvais. Je suis restée chez ma mère jusqu’à jeudi soir. Elle m'a reproché d’avoir quitté mon mari et mes enfants. Ces reproches étaient justes, quoique mon mari ne soit pas bon pour moi:il me bat tous les jours et ne me donne pas de quoi vivre. Ma mère a consenti à veniravec moi à Paris afin de me concilier avec mon mari. Nous avons pris le train à neuf heures du soir, jeudi, à la station de Pezon; à Châteaudun, nous avons attendu le train de dix heures et demie, et nous sommes arrivées à Paris, gare d Orléans, a trois heures du matin, vendredi. Nous avons longé les quais pour rentrer chez moi rue de Venise. Arrivées près de la Morgue, ma mère fut prise d’un petit besoin: je l’ai accompagnée sur la berge ; là, elle s'est accroupie, et c’est alors que je lui ai coupé la gorge avec un couteau de table à bout rond, que j'avais dans ma poche, et je l’ai aussitôt jetée dans la Seine. J'ai tiré sur son tabiier, dont le cordon a cassé (la malade montre un tablier bleu, dont un des cordons manque). Il n’y avait personne autour de nous et personne ne m'a vue. Aussitôt j'ai eu des remords de ce que je venais de faire et un frisson me prit: je
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