CHAPITRE IX
La Vie dans les Mondes de l'Univers ® ® ® @ ® ®
Ainsi, de toutes les planètes formant cortège au Soleil, deux seulement en dehors de la Terre ont eu quelque chance de donner asile à des êtres vivants.
Mars a pu être habité autrefois ; à l'heure actuelle, les conditions climalologiques, la faible densité de son atmosphère ne nous permetteni guère d'y supposer des espèces animales un peu élevées en organisation.
Quelles que soient les considérations mises en avant, toutes, elles aboutissent à un régime fort peu supportable. La vie sur Mars est réduite à celle que nous pouvons imaginer sur un haut plateau glacé, situé dans nos régions polaires à 20 kilomètres d'altitude et soumis aux rayons d'un Soleil plus éloigné que le nôtre. C'est le cli-
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mat hyperboréen dans toute sa rigueur, et en moins, une raréfaction énorme de la couche aérienne.
Quant à la planète Vénus, la vie n'y est possible que dans ses régions tempérées et polaires ; et ceci encore dans l'hypothèse non prouvée d'une rotation rapide.
Ne parlons pas des petites planètes, ces sortes de bolides circulant entre Mars et Jupiter, L'attraction sur ces mondicules est si faible qu'une pierre lancée par la main d'un enfant serait immédiatement transformée en satellite. Sur la plupart d'entre elles, probablement, la vitesse de rotation combinée avec la pesanteur ne nous permettrait pas de nous tenir en équilibre, à moins de ramper accrochés au sol, procédé à tout le moins <( peu confortable ».
Cette pénurie d'être vivants possibles à l'heure actuelle sur l'ensemble des planètes soumises à l'empire du Soleil s'accorde parfaitement avec nos idées modernes sur les conditions délicates et requises pour assurer la vie de la cellule.
« La nature a donc dû former un grand nombie de mondes pour qu'un milieu habitable se soit produit ça et là, par un heureux concours de circonstances favorables. C'est ainsi que la nature, sur notre propre globe, assure la reproduction de certains êtres en dépit des chances nombreuses de destruction qui les menacent. Elle n'a
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pour cela qu'un procédé : c'est de multiplier énormément les germes exposés à périr, afin que quelques-uns d'entre eux rencontrent la chance rare qui leur permettra de vivre. Ainsi, il serait puéril de prétendre qu'il ne peut y avoir qu'un globe habité dans l'univers ; mais il serait tout aussi insoutenable de prétendre que tous ces mondes sont habités ou doivent l'être. » (Faye).
Que deviennent alors ces divagations poétiques d'une imagination qui n'est pas guidée par la science ? Comment pouvoir affirmer « que la vie dans les planètes autres que la Terre est un résultat que l'on peut considérer comme acquis par un ensemble de faits, d'analogies et de déductions rigoureuses qui ne laissent place à aucun doute ; que c'est le fruit mûr et parfait de la science ». Telles furent cependant les paroles prononcées par M. Janssen dans un discours à la séance solennelle des cinq Académies de l'Institut de France, le ^4 octobre 1896.
Bien peu, parmi les personnes présentes, furent à môme d'en apprécier toute la saveur et le gros public, celui qui met en doute l'existence de Dieu et la survie de l'âme, donna une fois de plus son adhésion à ce dogme scientifique de l'habitabilité des mondes, sur la foi non contrôlée d'un poète.
— Mais si nos planètes ne sont pas habitées, répliquera-t-on, la Science, en agrandissant l'Uni-
vers, nous a fait entrevoir des myriades de mondes qui peuvent l'être.
C'était déjà la pensée du savant P. Secchi, lorsqu'il écrivait : « Que dire de ces espaces immenses et des astres qui les remplissent ? Que penser de ces étoiles, qui sont sans doute comme notre Soleil, des centres de lumière, de chaleur et d'activité, destinés, comme lui, à entretenir la vie d'une foule de créatures de toute espèce ? Pour nous, il nous semblerait absurde de regarder ces vastes régions comme des déserts inhabités ; elles doivent être peuplées d'êtres intelligents et raisonnables, capables de connaître, d'honorer et d'aimer leur Créateur ; et peut-être que ces habitants des astres sont plus fidèles que nous aux devoirs que leur impose la reconnaissance envers Celui qui les a tirés du néant : nous voulons espérer qu'il n'y a point, parmi eux, de ces êtres infortunés qui mettent leur orgueil à nier l'existence et l'intelligence de Celui à qui ils doivent eux-mêmes et leur existence et la faculté de connaître tant de merveilles ».
J'ai cité ce passage, bien connu, afin de montrer qu'un savant dont l'orthodoxie n'a jamais été suspectée peut parfaitement admettre, d'une façon théorique, la thèse de l'habitabilité des mondes.
Evidemment, il ne s'agit point ici de peupler les étoiles ; toutes sont des soleils en plein état
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d'incandescence et personne ne songe à les doter d'être vivants.
Mais ces soleils se refroidissent et passeront par l'état planétaire. Eh bien, môme alors, les conditions de la vie n'y seront jamais réalisées. Lorsqu'à l'époque de leur extinction, des germes déposés sur leur croûte superficielle pourraient se développer, aucun astre lumineux et calorifique ne sera là pour leur dispenser ses rayons bienfaisants.
Centres eux-mêmes de systèmes, les soleils de l'espace sont séparés par des intervalles trop considérables pour qu'ils puissent se rendre entre eux les services qu'ils octroient si généreusement à leurs planètes hypothétiques.
. Ces intervalles, fussent-ils momentanément diminués pour quelques-uns, les grands mouvements propres qu'ils possèdent rendraient leurs rapprochements bien éphémères.
Mais si les étoiles ne sauraient être habitées, ni même habitables un jour, rien ne s'oppose à ce qu'elles entretiennent la vie à la surface des astres éteints circulant autour d'elles.
Et combien prodigieux doit être le nombre de ces Terres du ciel I
Déjà le champ de nos puissants instruments nous laisse apercevoir, dans certaines plages de la Voie lactée, une richesse déconcertante. Mais, pour quelques milliers de soleils entrevus, com-
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bien de millions échappent à nos faibles moyens visuels d'observation.
Ces astres, situés à des dislances fantastiques, ces soleils que nous ne verrons jamais, nous en connaissons cependant l'existence, grâce à nos procédés photographiques ; nous étudions leurs mouvements propres, nous analysons leurs éléments et la chimie stellaire n'aura bientôt plus de secrets pour l'astronomie.
Au foyer d'un grand miroir, comme celui du Mont Wilson, en Amérique, les points enregistrés se multiplient avec les temps de pose.
Evidemment, une exposition suffisamment prolongée ne donnerait plus rien, n'empêche que le nombre des soleils fourmillant dans certaines régions du ciel est formidable. Actuellement, les astronomes américains enregistrent des astres de 21* grandeur.
On avait parlé autrefois de loo millions d'étoiles, ce chiffre prodigieux est de beaucoup dépassé; on a prononcé récemment le nombre de 3oo millions, mais ce n'est là qu'une première approximation probablement fort au-dessous de la réalité.
Comment supposer, dès lors, que, parmi ces centaines de millions de soleils, le nôtre fut seul à posséder des planètes où régnent les conditions même délicates nécessaires à l'éclosion de la vie ?
Sans doute, il est bien difficile de croire a priori
que le Soleil est un astre privilégié et que seul il possède une Terrc, portant à sa surface des ôtres vivants.
Le contraire nous paraît plus conforme à la raison, au sentiment peut-être.
En contemplant l'immensité de l'Univers nous nous écrions, avec le Psalmiste : <( Seigneur, que vos œuvres sont belles ! Les cieux proclament votre puissance et publient votre gloire. » Mais si ces myriades de mondes que nous ne verrons jamais et dont cependant nous soupçonnons l'existence, abritent des créatures intelligentes, capables de glorifier leur Auteur, qui oserait dire que leurs hommages et leurs sentiments de reconnaissance ne procureraient pas au Créateur de tant de merveilles une gloire plus grande encore que celle qu'il reçoit dans l'hypothèse contraire.
Personne ne saurait nier ces justes considérations. Faut-il encore pouvoir étayer, sur des faits, nos raisons sentimentales, et voilà de nouveau la question posée devant le tribunal de la Science.
Les systèmes stellaires, nous répondra l'Astronomie, sont en général fort différents de celui que nous habitons.
Autour de notre Soleil tournent de petits corpuscules dont l'ensemble atteint tout juste la 700'' partie du corps central ; ces planètes éteintes circulent sur des orbites dont la forme est très
voisine de la circonférence, c'est-à-dire dans des des conditions telles que les écarts de température y sont généralement peu marqués.
?>Iaintenant, observons la voûte céleste : que voyons-nous ? Un nombre prodigieux d'étoiles qui, à la vue simple, paraissent isolées dans l'espace, mais qui sont doubles en réalité.
La condensation du lambeau nébuleux d'où sont issus ces systèmes binaires a donc produit un couple de deux soleils liés l'un à l'autre par les lois de l'attraction newtonienne, et chaque étoile tourne autour du centre de gravité commun. Mais, détail remarquable, toutes les orbites des étoiles binaires sont extrêmement allongées ; ainsi, au lieu de décrire comme nos planètes, des courbes presque circulaires, l'étoile satellite suit une trajectoire ressemblant, dans la plupart des cas, à celle de nos comètes.
Au cours de leurs lentes évolutions, certaines ne passent qu'une fois en trois siècles ou davantage, non loin de leur soleil central.
Un satellite de ce genre, même refroidi, serait un bien mauvais séjour pour le développement d'une cellule ; celle-ci, soumise dès sa naissance à un été très court mais torride, subirait bientôt le froid intersidéral d'un hiver tellement prolongé que toute vie organique deviendrait impossible.
Cet allongement des orbites paraît être la règle
pour les systèmes binaires : <( L'excentricité moyenne dans les étoiles doubles, écrivait récemment le D"" See, est plus de douze fois l'excentricité trouvée dans le système planétaire et ce résultat extraordinaire est manifestement l'expression d'une loi fondamentale de la nature »,
Restent alors les étoiles simples, celles autour desquelles on se plairait volontiers à faire circuler des planètes, et celles-là, pensait-on, doivent constituer la grande majorité.
Eh bien, l'Astronomie moderne n'est point de cet avis.
Grâce au spectroscope, un grand nombre d'étoiles réputées simples, sont maintenant réduites à la condition d'étoiles doubles, trop serrées pour être aperçues dans nos plus grands télescopes ; ce sont les binaires spectroscopiques.
Déjà en 1902, le Prof. Campbell montrait que, probablement, parmi la multitude entière des étoiles, une au moins sur six ou sept appartient à cette classe particulière. Le Prof. Frost renchérit sur ces conclusions : « Quand, diî-il, nous observons une étoile simple au spectroscope, nous avons autant de chances de rencontrer une binaire qu'un astre unique », et bientôt très probablement, on reconnaîtra que parmi les astres peuplant le firmament les étoiles simples ne sont qu'une infime minorité. Or, ne l'oublions pas, binaires visuelles ou binaires spectroscopiques
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constituent des systèmes incompatibles avec la présence de planètes circulant autour d'elles.
Et c'est grand dommage pour les partisans de la pluralité des mondes habités.
Quelles merveilles, en effet, réjouiraient les yeux des êtres peuplant ces mondes étranges !
Les étoiles doubles présentent les colorations de teintes les plus diverses ; tous les tons s'y trouvent réunis : vert et or, azur et pourpre, griscendré et lilas, jaune ou olive. « La calcédoine, le vert d'eau, la chrysolithe, l'agate et l'onyx, dit Miss Clerke, ont leurs contreparties dans les cieux, aussi bien que les rubis et les émeraudes, les saphirs et les topazes ».
Ici, les composantes sont toutes deux jaunes ou rougeâtres, avec seulement des différences d'intensité ; ailleurs, elles sont blanches, mais légèrement teintées de bleu.
Ces couleurs sont-elles réelles ? Ne seraientelles pas dues à des effets de contraste ou à de simples phénomènes physiologiques ? En i856, Dawes observa l'occultation par la Lune de la belle étoile Antarès et de son satellite : or, la petite étoile émergeant la première de derrière la Lune, parut seule, aussi parfaitement verte, que lorsqu'elle est perdue dans la gloire de la grande étoile rouge : le phénomène est donc bien réel.
Cependant, il y a des faits très curieux et en apparence inexplicables : quand les deux étoiles
du couple ont même grandeur ou très peu de différence, les couleurs sont identiques ; parfois elles paraissent complémentaires, mais le plus souvent les couleurs n'ont pas de relations entre elles.
Les composantes de lleta Cassiopée sont jaune et rose ; celles de Epsilon Bouvier sont vert jaunâtre et bleu-marino ; Xi Bouvier et Pi Céphée associent l'orange ù la couleur pourpre. D'autres, comme Omicron Céphée, Tau Cygne ou Hcta Persée marient l'or à l'azur. Le couple Bêta Cygne, l'un des plus beaux du ciel, nous montre une topaze à côté d'un saphir ; les composantes de Gamma Andromède sont orange et vert ; celles de Gamma Dauphin, jaune et émeraude pâle ; 2/4 Chevelure de Bérénice, orange et lilas.
Les étoiles blanches brillantes possèdent souvent de faibles compagnons bleus. Le satellite de Régulus est franchement indigo, tandis que celui de Rigel est couleur azur ; d'autres sont améthystes, blanc ou lilas.
On imagine à peine les effets imprévus que feraient naître, sur des planètes éclairées par ces soleils jumelés, les couleurs changeantes et constamment variées de ces luminaires étranges, se poursuivant dans le ciel ou s'éclipsant tour à tour.
Les romanciers de l'Astronomie n'ont pas manqué une si belle occasion : tous décrivent les
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merveilleux paysages de ces mondes « autrement favorisés » que le nôtre.
Ces rêveries poétiques ne sont, en réalité, que des contes de fées : de telles planètes n'existent pas.
Lorsqu'on étudie la question de l'habitabilité des mondes sans parti pris, à la lumière des faits enregistrés par l'Astronomie moderne, en tenant compte des acquisitions les plus sûres de la Mécanique céleste et des principes communs à toutes les Cosmogonies, on arrive forcément à cette conclusion, inconnue des anciens, que notre système solaire, avec ses orbites presque rondes, est un cas très particulier de la condensation d'un lambeau nébuleux. Il provient d'un amas nébulaire presque sphérique au début.
Constitue-t-il une exception dans l'Univers ? Personne ne saurait se prononcer résolument pour l'affirmative, mais autant que le calcul des probabilités peut nous l'indiquer, nous sommes autorisés à conclure que des cas analogues ont dû se produire très rarement.
Vouloir peupler l'Univers, autant qu'il est possible de le faire, <( est assurément une bonne pensée, écrivait Faye, mais il faut savoir distinguer ce qui est du domaine de l'imagination pure de ce qui appartient à la science positive ».
Un véritable astronome doit se garder d'affirmer que la Terre seule est habitée, car il n'en sait
absolument rien. Cette question passionnante, il n'a aucun moyen de la résoudre, car sur ce point de fait sa science est muette.
Il est cependant permis au philosophe de devancer les conclusions rigoureuses de notre science actuelle et de se livrer à des conjectures vraisemblables.
Le nombre des soleils de l'espace est si grand que même en supposant relativement limité celui des systèmes semblables au nôtre, il en restera toujours assez probablement pour satisfaire les esprits soucieux de placer dans les Terres du Ciel des habitants capables d'admirer l'œuvre grandiose de la Création.
De tout temps, même aux époques où régnait la doctrine géocentrique, même aux ni* et iv* siècles, dans les écrits des Pères de l'Eglise, nous retrouvons la thèse de la pluralité des mondes.
C'est dire, qu'à ce point de vue particulier, ni la philosophie spiritualiste, ni le dogme catholique ne sont une entrave à nos conceptions.
Pour certains penseurs, l'Univers sans la vie répandue à profusion reste un non sens. Je me garderai bien de les contredire, mais je puis, avec Descartes, leur faire observer « que nous ne devons pas tant présumer de nous-mêmes que de croire que Dieu nous ait voulu faire part de ses conseils » sur ce point.
Quant aux autres, il leur suffit d'être assurés
qu'en dehors de nous, il existe des esprits libres de tout lien matériel, créatures intelligentes capabeles, elles aussi, d'admirer la merveilleuse ordonnance du Cosmos, les lois qui le régissent, qui le façonnent i=t le mènent vers un but prévu par Dieu.
Et en effet, l'être intelligent lié ou non à un corps, est tellement supérieur à la matière inconsciente que la beauté du monde invisible et suprasensible n'est, en aucune façon, comparable à celle de l'Univers accessible à nos sens. On comprend dès lors que l'Etre suprême ait donné à ce monde invisible, créé à son image, des preuves d'un amour infini, ainsi que le dogme catholique nous l'enseigne.
Les quelques secondes passées sur le grain de sable terrestre tourbillonnant au sein de l'Univers ne seraient ainsi que la préparation au merveilleux spectacle que nous réserve l'Au delà.
Cette question de la vie future, la seule au fond qui nous intéresse, nous l'abordons daRs notre volume intitulé