‹ Les auxiliatrices des ames du Purgatoire 1856-1909Chapitre 1 sur 40 · LOOS-LEZ-LILLE · texte numérisé non relu

LOOS-LEZ-LILLE

Pendant sa captivité à Fontainebleau, Pie VII rencontra, dans une de ses promenades, un jeune élève du collège de cette ville, il l'arrêta, lui fit sur le front une petite croix : « Mon enfant, lui dit-il, que Dieu vous bénisse et vous donne une nombreuse postérité ! » Dieu entendit le souhait du pontife prisonnier. Henri Smet grandit, il épousa Pauline de Montdhiver dont la famille était alliée à la meilleure noblesse du Nord. Ils eurent un fils et cinq filles ; la seconde, Eugénie-Marie-Joseph, fondatrice de la Société des religieuses Auxiiiatrices des âmes du Purgatoire, devait donner à la bénédiction de Fontainebleau, son sens le plus large et le plus élevé.

Eugénie naquit à Lille le 25 mars 1825 ; elle fut baptisée le jour même, dans l'ancienne église de Saint- Étienne. Visiblement la bénédiction de Dieu était sur cette enfant. Ses toutes premières années s'écoulèrent délicieuses dans la paix du cher foyer de la famille. Honorés et estimés. Monsieur et Madame Smet vivaient en fiers chrétiens qui comprennent la grandeur de leur foi, et veulent la transmettre

dans toute son intégrité. Ils avaient d'ailleurs, et très largement, ce qui peut donner le bonheur humain : santé, fortune, dons de l'esprit et du cœur ; leur maison où le Seigneur était craint, où l'on marchait dans ses sentiers, était vraiment la maison bénie de l'Écriture. Le père de famille travaillait dans la joie, la mère vigilante et douce pensait à tout, et les enfants grandissaient autour de la table, jeunes plants d'oliviers, grâce et honneur de la tige paternelle : Filii lui sicut novellss olivarum, in circuiiu mensœ iuse (Pe. 127, 4.)

Aux premières lueurs de la raison d'Eugénie, s'échaufîent les sentiments de la piété la plus tendre et la plus spontanée : on la voit mettre aux murs de sa petite chambre des images de piété ; au-dessous elle place une planchette de bois pieusement ornée de tulle et de fleurs, puis gravement elle s'agenouille devant ces autels improvisés et récite avec dévotion ses prières enfantines.

Vers l'âge de six ou sept ans, par une grâce toute spéciale, naît et se développe dans cette petite âme un culte pour les âmes du Purgatoire. Leur pensée envahit sa jeune vie, sans rien d'ailleurs lui enlever de son élan et de sa primesautière vivacité. En plein jeu, en pleine course, lancée à la tête de ses petites amies à la poursuite des papillons, Eugénie s'arrête soudain, et à la bande joyeuse arrêtée avec elle : « Savez-vous à quoi je pense ? Dites, si quelqu'un de nos amis ou de nos parents était en prison, la porte bien fermée, et qu'il fût en notre pouvoir de la lui ouvrir, est-ce que nous aurions le courage de continuer à jouer, de courir après des papillons, passant et repassant avec indifférence devant cette porte ? Quelle peine n'éprouverait-il pas ? Voilà ce que souffrent les âmes du Purgatoire quand on les oublie. »

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