LE PARDON
Lasse et découragée, Valentine de Largohénec était effondrée sur la chaise longue de son petit salon, lorsque sa domestique vint lui annoncer que sa mère désirait avoir avec elle une entrevue.
En même temps, la femme de chambre tendait à la mère éplorée une lettre qu'avait remise à son adresse madame de Vaudray.
A l'annonce de cette visite, le regard de la jeune femme devint dur et farouche.
Les pages les plus tristes de sa vie lui revinrent en mémoire.
Elle s'empara de la lettre en tremblant un peu.
D'un geste nerveux, elle déchira l'enveloppe et lut ;
Fraisier ayant fait respirer un peu d'éther à la nourrice, celle-ci rouvrit les yeux.
(Page 335.)
« Ma fille chérie, » Après tant de longs jours de douleur,, je puis racheter ma faute et me faire pardonner.
» Tends-moi les bras^ oublie^ j'ai retrouvé ton enfant.
» Ta mère qui t'aime et qui désire te voir tout de suite^
» Marguerite de Vaudray. »
Liv. 42. Les Avariés, Liv. 42.
Au fur et à mesure que Valentine continuail la lecture de cette letlre, elle sentait une intense et bonne émotion l'envelopper, la captiver, la troubler et lui serrer délicieusement le cœur.
Toute sa rancune, toute sa colère tomba d'un bloc.
Elle passa sur son front brûlant une main humide de fièvre.
D'une voix mourante, elle dit à sa domestique :
— Faites entrer ma mère.
Quelques instants après, madame de Vaudray franchissait le seuil du petit salon où se trouvait sa fille.
Derrière elle, la femme de chambre ferma la porte.
La grand'mère fit trois pas et, le regard dans celui de Valentine, s'arrêta.
Un instant, les deux femmes se dévisagèrent.
La sœur de Pierre, après de longues secondes, interrogea à mi-voix :
— Alors, c'est vrai?
Madame de Vaudray, les yeux subitement pleins de larmes, en tendant les bras, répondit :
— Oui... c'est vrai...
Elle se jeta contre sa fille qu'elle serra contre son cœur, en murmurant :
— Pardon, Valentine, pardon... je...
Les sanglots l'empêchèrent de continuer sa phrase.
Alors, Valentine, se détachant lentement de sa mère, prit celle-ci par la main et l'emmena vers un divan oij elles s'assirent toutes deux...
Puis, joliment, avec un geste d'exquise pitié, la jeune femme dit à mivoix :
— Ne pleure plus, mère... Embrassons-nous, de toutes nos forces, et dis-moi : où est-il? ,
Madame de Vaudray étroignit sa fille en répondant :
— Il est chez moi.
Valentine s'écria :
— Vivant!... il est vivant!... mon fils chéri!... Se levant d'un bond, elle ajouta :
— Ne perdons pas une minute, courons chez toi... Mon fils!... Mon enfant!...
Elle ouvrit précipitamment une porte qui donnait dans sa chambre, jeta un plaid sur ses épaules, se coiffa de n'importe quel chapeau et vint rejoindre sa mère qu'elle entraîna.
Au coin de la rue Blanche, elles sautèrent dans un fiacre.
Une demi-heure après, madame de Vaudray pénétrait dans son appartement.
La nourrice (?), ou plutôt Micheline Ardois, était installée dans la lingerie.
Valentine, guidée par sa mère, bondit dans la pièce, et, suffoquante, elle s'arrêta devant le coquet berceau où reposait son fils.
Le bébé était éveillé.
Valentine, après Favoir contemplé durant quelques secondes, le saisit, le serra contre son cœur et se prit à pleurer violemment en le couvrant de baisers.
— Mon fils chéri ! . . . Mon enfant ! . . .
Lorsque sa frénésie se fut un peu calmée, elle le prit à bout de bras et le regarda amoureusement.
Le mignon se mit à pleurer...
Micheline Ardois s'approcha pour lui donner à téter.
Valentine lui donna l'enfant qui se jeta sur son sein...
La jeune femme, assise devant la nourrice, ne le quittait pas des yeux...
Quant à Micheline Ardois, elle regardait cette femme accroupie presque devant elle, et son cœur se serrait.
Une étrangère venait de prendre possession de son bien.
Elle eut comme une vision de l'avenir.
Désormais, elle était une nourrice, rien de plus.
Elle se condamnait à n'être que ça, toujours... et un semblant de révolte naquit en son cœur... Elle eut une envie folle de crier : C'est faux, on se joue de vous, cet enfant est le mien et vous êtes victime d'un odieux chantage...
Mais les mots se figèrent dans sa gorge oppressée.
Uue autre vision de l'avenir parut devant ses yeux, une vision d'avenir presque tragique, rempli de luttes terribles et de lendemains atroces.
Elle songea à son enfant dont elle était le seul guide, guide impuissant à montrer la bonne route.
Elle crut entendre une voix plaintive d'enfant chétif nrurmurer à son oreille :
— Maman, j'ai faim...
Oh! l'horrible vision d'un jour sans pain à donner au mignon, paria de la vie, paria de l'amour.
Non, non, pas cela.
Et elle pensa :
— Allons, pour lui, tout pour lui!... Ce sera ma revanche et ma consolation.
Mais, d'une voix lente et solennelle, elle pria, :
— Vous ne me séparerez jamais de lui, madame? Valentine eut un haut-le-corps.
— Vous séparer de lui!... Jamais, je vous le jure... Vous serez sa seconde mère, et je ferai en sorte qu'il soit au courant, plus tard, de ce que vous avez fait pour lui... Mais vous êtes mariée?
Micheline Ardois baissa les yeux.
Elle balbutia :
— Oui, madame.
— Et votre mari?
— Il sait tout...
— Vous allez lui écrire de venir vous rejoindre... Je veux faire votre bonheur et réparer peut-être le mal commis.
La nourrice ne répondit pas.
Valentine poursuivit :
— Vous allez vous habiller, car je désire me rendre, avec vous, aujourd'hui môme, chez mon docteur... Allez... le petit est endormi, je vais le garder...
Micheline Ardois passa dans la pièce voisine oii se trouvaient ses vêtements de nourrice.
La pauvresse, devant la glace, posa sur sa tête l'habituel bonnet des remplaçantes et jeta sur ses épaules le grand manteau professionnel
Ainsi vêtue, elle se regarda longuement dans le miroir.
Son rôle commençait...
Tandis que Micheline s'habillait, Valentine, après avoir contemplé quelques secondes son enfant, s'approcha de sa mère.
Et, cette fois, l'embrassant :
— Ah ! mère ! mère ! Tu m'as rendu plus que la vie î
— Alors, tu me pardonnes?
— Oui, de tout mon cœur... Mais, comment as-tu fait pour retrouver le chérubin?
— Que t'importe, ma chérie ?
— Tu ne ve.ux pas me dire ?
Et, dans le regard de la jeune femme se peignit un fâcheux étonnement. Aussi, madame de Vaudray déclara-t-elle tout de suite :
— C'est le hasard qui m'a mis sur ses traces... Je te conterai cela plus tard, tout au long... Pour l'instant, ce dont il est urgent de se préoccuper, c'est la situation de la malheureuse qui a recueilli ton fils.
— Sois tranquille, mère, je ferai mon devoir envers elle.
— Je n'en doute pas une minute. Sa position est terrible. Elle est mariée. Elle aune petite fille dont son mari l'a brutalement séparée; le docteur a presque exigé cette séparation, ton fils ayant contaminé la malheureuse. '
Valentine sentit une poignante émotion lui étreindre le cœur.
Madame de Vaudray continua :
— Nous sommes à la merci de ces gens, ne l'oublie pas... Aujourd'hui pour demain, ils peuvent nous intenter un procès... songes-y.
— J'y songerai comme il le faut... Et dès ce soir, je prendrai conseil de M. Richaud.
Comme la jeune mère finissait de prononcer ces mots, Micheline Ardois revint près des deux femmes.
Le silence se fit.
La nourrice s'approcha du berceau, prit son enfant, l'emmaillota, le couvrit d'une jolie pehsse en cachemire et, cela fait, annonça qu'elle était prête.
Les trois femmes, bientôt après, montaient en voiture.
Valentine donna au cocher l'adresse du docteur Fraisier.
Moins d'une heure s'était écoulée que les trois mères pénétraient dans lo cabinet de l'illustre savant.
Valentine, sitôt qu'elle fut assise, demanda :
— Vous me reconnaissez, docteur?
— Je vous reconnais, madame.
La sœur de Pierre désigna l'enfant.
— Voici mon fils.
Fraisier quitta sa place et vint au bébé dont il contempla la petite frimousse.
Etant revenu s'asseoir derrière son bureau, il questionna en désignant la nourrice :
— Madame est au courant ?
— Hélas! oui, docteur...
Alors, le savant se tourna vers la nourrice.
— Puisque madame m'affirme que vous êtes au courant, nourrice, vous savez que cet enfant est syphilitique?
Micheline Ardois balbutia :
— Oui, monsieur, je sais.
— Vous faites habituellement profession de nourrice?
— Non, monsieur.
La pauvresse se rappela la leçon que lui avait apprise Sébastien Merlin. Aussi, ajouta-t-elle :
— J'allaitais ma petite fille lorsque j'ai trouvé, presque à ma porte, ce petit-là... J'ai eu pitié de lui et je l'ai recueilli. Quelques jours après, il me vint un bobo au sein, je fis appeler le médecin qui me fit cesser l'allaitement de ma fille. Je l'ai mise en nourrice chez une parente... Voilà, monsieur.
— C'est bien. En ce cas, laissez-moi vous dire qu'à partir d'aujourd'hui, vous devenez la providence du petit être que vous tenez en ce moment... Vous seule pourrez l'aider à vivre et, à aucun prix, il ne faut cesser l'allaitement... Vous vous soignez?
— Oui, docteur.
— Votre médecin vous a ordonné une potion?
— Oui, docteur.
Madame de Vaudray intervint.
— Depuis deux jours, je ne vous l'ai pas vue prendre.
— C'est que je n'en ai plus, madame.., j'ai môme oublié l'ordonnance chez moi.
— Je vais vous en refaire une. Soyez bien courageuse... La maladie dont vous êtes atteinte n'est pas mortelle et si vous vous soignez sérieusement, dans quelques années vous redeviendrez une créature normale. Vous trouverez votre consolation dans le légitime orgueil que vous ressentirez d'avoir sauvé un pauvre bébé en vous sauvant vous-même.
Puis, se levant, il ajouta : ^
— Veuillez démailloter l'enfant, je vous prie.
La jeune femme fît, en tremblant un peu, ce que le savant demandait.
Lorsque le bébé fut nu, Fraisier s'approcha et le visita minutieusement.
Au bout de quelques secondes, il trouva les traces du mal sur certaines parties intimes du corps de l'enfant.
Le petit s'étant mis à crier, le docteur visita la bouche.
Il secoua la tête et vint reprendre sa place à la table.
— Eh bien, docteur? questionna Valentine.
— Eh bien, madame, il n'y a aucun doute, l'enfant est atteint... les preuves du mal abondent sur son corps.
En entendant cela, Micheline tressaillit.
Une sorte de vertige la fit chanceler sur sa chaise.
Elle fixa, avec quelque stupeur dans le regard, le docteur qui ajouta :
— Heureusement, il ne me paraît pas atteint fortement... Néanmoins il doit nous inspirer des inquiétudes.
Mors, Valentine, la voix voilée, demanda :
— Et... vivra-t-il?
— Je ne puis rien vous certifier dès à présent... Il y a, pour les enfants syphilitiques, une période très grave à passer, un cap dangereux à doubler... la dentition... Mais, avec des soins, beaucoup de soins, nous parviendrons peut-être à le préserver et à le sauver.
Micheline Ardois était comme médusée.
Son regard, après s'être longtemps arrêté sur le docteur, vint se fixer sur son enfant.
Que venait-on de lui révéler?
Son enfant était atteint de syphilis !
Elle sentit comme un vide affreux se faire en elle. Un voile de sang o])scurcit sa vue... Tout tourna autour d'elle.
Elle étendit la main, voulut se lever, chancela et tomba lourdement sur le tapis.
Valentine avait eu juste le temps de se précipiter et de recevoir l'enfant dans ses bras.
Le docteur se porta au secours de la nourrice.
Madame de Vaudray, s'étant levée d'un bond, contemplait la scène et restait inerte, étonnée, sans mouvement.
Fraisier ayant fait respirer un peu d'éther à la nourrice^ celle-ci rouvrit les yeux.
Une pâleur livide couvrait ses traits. Elle se sentait brisée.
Néanmoins, elle eut la force de se relever sans aide et de balbutier quelques mots d'excuse.
— Je vous demande pardon... mesdames... monsieur...
Le docteur lui tendit un verre d'eau dans lequel il avait versé quelques gouttes d'eau de sedlitz.
— Buvez ceci.
Michehne Ardois absorba le liquide opale et remercia.
Puis, soudain, elle ût un bond vers son enfant et l'arracha presque à Valentine pour le couvrir de baisers. Et comme en pleurant, on la questionnait, elle mit lévanouissement sur le compte du chagrin que lui faisait éprouver l'absence de son enfant à ses côtés.
Valentine se tourna vers Fraisier.
— Vous n'avez plus rien à me dire, docteur ?
— Plus rien, madame. Amenez-moi l'enfant toutes les semaines.
— Nous n'y manquerons pas.
— Et espérez... Vous êtes à même^ étant riche^ de le bien soigner; ne négligez rien. ^
— Oh ! je vous le jure.
— Si ses pauvres petits frères de la souffrance avaient la fortune à leur chevet, beaucoup d'entre eux en réchapperaient qui meurent faute de soins et d'hygiène.
Ces mots frappèrent Micheline Ardois.
Pli^que jamais elle était décidée à faire le sacrihce de son égoïsme de mère.
Tout au dedans d'elle-même, elle murmura :
— Oui mon mignon... Tu vivras... Et je ferai tout pour que tu sois heureux... Je serai bien ta mère et je souffrirai tout pour mériter ce titre.
Les trois femmes sortirent du cabinet de Fraisier et montèrent en voiture.
Valentine demanda son fils.
Micheline Ardois lui tendit l'enfant qui dormait...
De retour chez madame de Vaudray, la nourrice courut s'enfermer dans sa chambre avec son nourrisson.
A peine eut-elle placé le mignon dans son berceau qu'elle vint se jeter dans un fauteuil et, se prenant la tête entre les mains, s'absorba dans ses pensées.
Elle était empoisonnée ! Son fils Tétait aussi !
Ah ! elle comprenait maintenant pourquoi son dernier amant l'avait abreuvée de médicaments.
Le misérable l'avait contaminée.
Si la science peut consoler ces atteints, rien n'empêchera quo ceux-ci soient la proie d'une terreur facilement compréhensible, lorsqu'on leur apprend de quel mal ils sont frappés.
Michehne était dans ce cas.
Certes, le docteur le lui avait bien dit : elle ne courait aucun danger. Elle serait vaillante.
Mais son enfant?
Depuis qu'elle avait entrevu la possibilité, grâce à un mensonge coupable, de lui ménager une existence douce et belle, son amour de >i^re s'était décuplé.
Une sorte de fièvre la faisait dévorer le petit être de baisers...
Mais, une peur atroce lui labourait le cœur.
11 pouvait mourir en ce moment de ses premières dents...
Cette pensée la fit frissonner... Et des lairmes lui montèrent aux yeux.
Alors, sur la pointe des piedsj elle s'approcha du berceau où reposait le chérubin.
Pieusement, elle se mit à genoux et une prière touchante dans sa simplicité effleura ses lèvres :
— Mon Dieu, je vous en supphe à genoux, ne méprenez pas mon petit enfant I . . .
Tandis que Micheline Ardois priait ainsi, madame de Vaudray et Valentine se concertaient.
Là mère de Pierre demanda à sa fille :
... Il se tourna vers Micheline Ardois, et, lui prenant les mains... (Page 339.)
— Et maintenant, que vas-tu faire ?
Valentine^ depuis longtemps, avait son projet.
Aussi, répondit-elle sans avoir besoin de réfléchir une seconde :
— Oh ! mère, c'est très simple. Demain soir, je partirai avec mon enfant et M. Richaud pour l'Italie. Jamais plus mon mari n'entendra parler de moi. C'est fini...
Liv. 43.
Liv. 43.
Madame de Vaudray n'eut même pas la pensée de s'opposer à ce départ,
Prenant les mains de sa fille, elle dit simplement :
^ Et moi ?
Valentine regarda sa mère qui ajouta :
— Oui, moi, que vais-je devenir ?...
— Mais...
— Veux-tu de moi?
— Tu m'accompagnerais dans mon exil?
— Ma place est à tes côtés et au chevet du petit être...
— Soit, nous partirons ensemble.
— Ah! ma chérie!... mais... mais dis-moi, le docteur l'a souligné tout à l'heure. Dans l'intérêt de l'enfant, il faut que celui-ci lui soit conduit toutes les semaines.
— C'est vrai, je n'y pensais plus...
— Crois-tu que nous ne ferions pas mieux de quitter Paris et de nous réfugier dans un coin perdu de province?...
— Oui, tu as raison.
— Et, dans quelques mois, lorsque le docteur le permettra, nous partirons pour l'étranger...
— C'est entendu comme ça... nous partirons demain matin et nous irons au petit bonheur...
Le soir de ce même jour, madame de Vaudray congédia ses deux d'omestiques.
Aidée seulement de Micheline Ardois, elle fit ses malles. Et tout en les faisant, elle prévint la nourrice.
— Nounou, voici quels sont nos projets. Nous allons partir demain matin pour la province. Il faudra prévenir votre mari...
Micheline l'interrompit.
Il était urgent de simplifier son mensonge.
Aussi, avoua-t-elle :
— Madame, il faut me pardonner, mais je vous ai menti.
— A quel propos?
— Je ne suis pas mariée.
— Ah !
— Non... mon amant m'a abandonnée il y a un mois lorsqu'il a su do quelle maladie j'étais atteinte.
— Pauvre femme! mais vous avez votre petite fille?
— J'ai écrit à mes parents hier soir à son sujet... Je ne veux la revoir que dans trois ou quatre ans... lorsque je pourrai l'embrasser sans danger.
— Comme vous voudrez.,, vous avez raison... En ce cas, vous êtes absolument libre ?
— Oui, madame.
— Nous préférons cela... Et puisqu'il en est ainsi, je tiens à vous le dire dès aujourd'hui, vous aurez toujours, et tant que vous voudrez, votre place à notre foyer... Plus tard, vous pourrez même faire venir près de vous votre enfant...
Micheline balbutia un remerciement^ et pensa :
— Pauvres gens...
Un remords lui griffa le cœur.
Mais tout aussitôt, elle pensa à son enfant.
Pour luij il lui fallait mentir.
Madame de Vaudray continua :
— Nous resterons quelques mois en province, et après, nous partirons pour l'étranger. Nous ne reviendrons jamais en France,.. Acceptez-vous?
— De tout mon cœur.
— C'est parfait... Et maintenant^ dépêchons-nous de préparer ces malles.
En moins de deux heures, elles furent prêtes.
Et, comme huit heures sonnaient, un violent coup de timbre se fit entendre.
Madame de Vaudray s'écria :
— C'est ma fille.
Elle courut ouvrir.
En effet, c'était Valentine qu'accompagnait Gaston Richaud.
La jeune mère ne laissa même pas à son amant le temps de saluer sa mère.
Elle l'entraîna vers la chambre où reposait leur enfant.
Une scène indescriptible se produisit.
Ce fut de la part de Richaud du délire presque.
Et, lorsqu'il eut bien admiré le bébé endormi, il se tourna vers Micheline Ardois, et, lui prenant les mains :
— Ah ! madame^ je vous le dis du plus profond de mon cœur, vous m'êtes sacrée et je saurai plus tard vanter votre conduite à cet enfant qui vous devra deux fois la vie... Pauvre cher ange!... Lui!... Lui à côté de nous!... Lui que nous désespérions de retrouver jamais... cher mignon
chéri... pauvre petite victime!... Alil soignez-le bien... Vous le savez peut-être déjà^ mais je tiens à vous le répéter, il peut, il doit vivre... Et c'est vous qui lui donnez la vie... Pauvre et courageuse et noble créi*ture... Mais... alors... Vous avez vu Fraisier?
En disant cela, Riciiaud se tourna vers Valentine.
Celle-ci répondit :
— Oui, nous l'avçns vu.
Alors, Richaudj avec dans la voix un accent de tristesse et de douleur bien sincère, lit, en s'adressant à la nourrice :
— S'il vous a laissé cet enfant c'est qu'il était trop tard pour le priver de votre lait... mais comptez sur nous... et ayez beaucoup de courage et de confiance... Bien soignée, vous guérirez, je vous le jure, et nous nous emploierons à vous récompenser comme vous le méritez...
Le lendemain matin, Richaud, ses deux pupilles, mignonnes, exquises créatures, Valentine, sa mère, la nourrice et le pauvre petit être^ montaient à la gare d'Orléans dans un train qui devait les conduire vers l'oubli des soufiVdiices, \ers le repos dans un paysage reposant oii ces cœurs atteints pourraient puiser de la vaillance et l'amour sain de la vie.
Pierre de Vaudray, averti de la bonne nouvelle, les accompagnait à la gare.