LE GARDE-BARRIERE
Nous avons laissé Ramon, au moment où, pour faciliter ses tortueux projets, il venait de prendre Cécile, sa femme, de se contaminer volontairement.
Le divorce, dès lors, ne faisait plus de doute, et, le demandant il devait l'obtenir.
Ramon sous ce rapport, était maintenant au comble de ses vœux : il l'avait depuis quelques jours son divorce. Grand point !
Quant à la brave et pauvre Cécile, « remplaçante » héroïque, celle-ci faisait pitié, tant sa désolation, chez la mère Marlien, la tante de Llmours, était profonde.
Ses trois rejetons vivaient loin d'elle et la loi lui arrachait son mari.
— Quoi qu'on va devenir, à présent?... avait gémi la malheureuse, après le prononcé du jugement, en se laissant tomber sur une chaise.
Alors, comme si l'enfant trouvé, le mignon, eût pu comprendre qu'une douleur terrible étreignait la créature si simple, mais si bonne, qui lui avait sauvé la vie, il avaitj dans son petit lit, tendu ses petits bras !
Cécile, vraiment, était écrasée, anéantie.
Au scandale du procès, avec ses révélations navrantes, répugnantes, se joignait le déchirement de perdre Ramon pour toujours.
Car elle l'avait dans le sang, l'époux indigne, elle l'aimait de toutes les forces de son pauvre être torturé.
La mère Marlien, rude et vaillante paysanne, accessible elle aussi, on l'a vu, aux élans généreux, s'y prit assez mal, d'abord, pour consoler sa nièce infortunée.
— Ben, y a qu'à se résigner, Cécile... T'as plus d'homme 1 Ce fut une crise de larmes.
Un peu calmée, la nourrice exhala cette plainte :
— C'est pas ma faute... Quand il a voulu, lui, ici, moi, je voulais pas... Mais il avait son plan, le mauvais drôle... Fallait qu'il soit malade pour me traîner devant les juges et puis me planter là...
Oui, ma pauvre Cécile. Ranion n'est pas grand chose, un galvaudeux,
un cœur de pierre.
— C'est vrai. Mais je l'aime.
— T'as tort, ma lille. T'as tort.
— Joie sais, mais c'est plus fort que moi : je l'aime.
Et la more Marlien avait beau remuer le passe, lui rappeler ce qu'elle avait souffert avec cet homme, c'était, invariablement, le morne cri d'attachement naïf et magnanime.
— 11 a bien fallu que tu l'aimes, Cécile, pour fauter avant le mariage... Hein? tout de môme, si c'était à refaire?
La nourrice regarda sa tante et ne répondit rien.
— Fichu numéro que tu as amené à la loterie ! Personne ne te l'a envié. Si, pourtant, je me trompe. Il y a quelqu'un. Eh bien, il n'avait qu'à épouser sa Baptistine, le gueux !
A ces mots, nouvelles larmes, qui ruisselèrent sur le visage de Cécile. La more Marlien, sans songer qu'elle retournait le trait dans la blessure :
— Quand il sera guéri, eh!... 11 va s'en payer, le chenapan, avec la bourgeoise à Lamy !
— Sûr ! Mon Dieu !... Mon Dieu î...
Et c'était cola, le grand crève-cœur de Cécile, de sentir que Raition n'avait divorcé, recouvré sa liberté entière que pour mieux caresser, un jour, cette maîtresse cossue.
Maintenant, sa vie était brisée à jamais.
— Dire que tout ça ne serait pas arrivé, si j'avais porté l'innocent à la gendarmerie, de suite^ de suite, sans lui donner le sein !... Mais quand je l'ai vu comme ça, le p'tiot, abandonné près de cet arbre, bon, j'ai pas pu, non, j'ai pas pu !
Brave Cécile Ramon !
Tendrement, la vieille l'embrassa, pendant que l'enfant regardait la scène de tristesse de ses doux yeux sans compréhension.
Puis, en hochant la tôte, noblement pitoyable, la tante de Cécile opina :
— Il a une mère, pourtant, ce chérubin !...
— C'est pas une mère, ça... Oh ! que non.
— Je dis comme toi, ma fille... Mais écoute : il y a là un mystère... On peut pas savoir. Des fois que ce serait pas la faute de la mère?...
— De qui alors ?
— Comment veux-tu que je devine?..: Cependant, quelque chose me dit que ce mystère finira par s'éclaircir...
— On verra, ma bonne tante. Mais qu'y s'éclaircisse ou pas, je mourrai
L'assassin, qui simule l'épouvante, pousse des cris d'horreur, non sans se dire :
;c — Qu'est-ce qu'on peut me reprocher, à moi?... » (Pag? SîiO.)
Liv. 81. Liv. 81.
plutôt que de me séparer du mioche. Y me coûte trop, déjà, le mignon !
Et, séchant ses larmes, l'admirable Cécile changea l'enfant trouvé de langes, avec des gestes d'autant plus jolis que cette douleur, désormais, était bien sans remède.
Puis, son souvenir alla à ses deux garçonnets et à sa petite Jeanne, à « Nononne ».
Ramon, lui, quand il se rend à son poste, maintenant, à pointe d'aube, et que, promenant son regard sur la vallée de Chevreuse, il l'arrête, brusquement, sur le moulin de Lamy, la ferme avec les pâturages, Ramon esfj tout songeur. ,
Le voilà libre! La manœuvre infâme fut couronnée d'un succès absolu.
Il n'en éprouve aucun remords, n'ayant jamais aimé Cécile, vu simplement en elle, quand il l'épousa, qu'une « laitière » remarquable, de rapport assidu, solide.
Intérieurement, Ramon se vante de lui avoir rivé son clou à Cecijle, assez dénuée de sens pratique, de jugeotte, pour ramasser sur sa route des enfants abandonnés, les emporter chez elle et leur servir de mère, comme une grande dame ferait... Quelle gueuse !
— Ça lui apprendra ! conclut le garnement.
Il se soigne, suit les prescriptions du D"" Norsot avec une extrême rigueur, fuit Baptistine Lamy, car la gaillarde l'adore et, dame, une bêtise est bientôt faite !... ^
, Une seule chose, d'abord, a, après le divorce, préoccupé Ramon : la longueur du traitement qui s'imposait, le jeûne d'amour en découlant.
Cela est le revers de la médaille. Il n'est pas drôle !
Mais l'espoir soutient le machiavélique garde-barrière : ensuite Baptistine et lui se rattraperont ! . u., lu
Cependant, lorsque d'aventure, il croise Norsot sur son chemii^j^le syphihtique ne manque jamais, cela va de soi, de l'entretenir delà situation, du mal dont il est atteint, qu'il s'est inoculé, par un calcul abominable, de propos délibéré.
Ce jour-là c'est justement le cas. ,.
^ji Norsot, matineux commence toujours, de bonne heure sa tournée quotidienne, et Ramon, de loin, a vu venir le cabriolet.
Maintenant les deux hommes se serrent la main.
^*- Bonjour, m'sieur le docteur.
— Bonjour Ramon... Eh bien, ce divorce, c'est une affaire faite? Mais comment diable en êtes-vous donc venu là? Je vous avais prévenu...
— Ça, c'est vrai, m'sieur le docteur.
— Et si j'avais engagé si fortement votre femme à aller à Limours, chez sa tante, c'était pour que vous fussiez à l'abri de la contagion.
— Je sais bien...
— Oui. Et quand je vous ai prévenu, ouvert les yeux sur la gravité des circonstances, comme votre femme n'est plus là, vous allez la rejoindre, et...
— Toutes vos raisons sont bonnes, m'sieur le docteur, archi-bonnes, mais que voulez-vous? j'ai pas été assez fort... J'ai pas pu résister.
— C'est entendu. Je vous dirai donc, mon brave, ce que dit la chanson : « Tu l'as voulu? ne t'en plains pas. » Or, vous vous plaignez volontiers...
— • C'est fichant.
— Le divorce ?
— Non, la maladie... S'il y avait un moyen, des fois, pour guérir plus vite?...
— Moi, je n'en connais pas. Un charlatan et le D"" Norsot de Chevreuse, vous savez, Ramon, que ça fait deux.
— Bien sûr!... Alors, je n'ai qu'à continuer?
— Tout simplement. C'est la chose la plus facile du monde.
— Hum !... Vous en parlez à votre aise, vous, m'sieur le docteur, vous qui êtes sain comme tout l'air de toute la contrée...
— Courage, Ramon. Ça passera.
— Eh bien, il ne manquerait plus que ça d'avoir trente-quatre ans et d'être condamné à regarder les femmes comme on fait des reliques, sans toucher... Ce serait amusant, l'existence pour Ramon !... On est déjà, m'sieur le docteur, un assez pauvre diable 1... Ainsi, quand je serai guéri, je pourrai me remarier?
— Si vous voulez. Rien ne vous en empêchera.
— Et je pourrai être encore père?
— D'enfants superbes. Oui.
— Enfin, c'est consolant !...
Norsot crut devoir payer à l'ancienne compagne du garde-barrière un tribut légitime.
— Au fond, Ramon, ce qu'il y a de plus lamentable dans l'histoire c'est votre divorce... Vous aviez pour femme une si bonne créature ! Je ne sais pas si vous vous l'êtes dit assez souvent, cela, mon ami?...
— Aussi souvent qu'il fallait, m'sieur le docteur. Oh! pour ça!... Je
mets la justice où elle est : Cécile est une bonne pâte, mais quoi? de m'avoir fait ce cadeau de malheur, ça diminue joliment ses mérites, vous comprenez?...
Et pour mentir avec le plus révoltant cynisme, Ramon ajouta :
— Entre nous, m'sieur le docteur, à Limours, ce jour-là chez la tante, c'est ma femme qui a voulu tolichonner... Moi j'étais allé là-bas pour lui conduire les gosses... Mais quand j'ai vu, n'est-ce pas? que ça lui faisait tant plaisir!...
Norsot n'avait pas plus de temps à consacrer à l'imposteur.
— Allons, au revoir :
Et, par manière de plaisanterie, en fouettant sa bête, il décocha :
— Point de plaisir sans peine, Ramon 1...
Charles Blot, dit « Lamy » était, selon la coutume^, le seul à ignorer les relations que l'accorte Bàptistine, sa femme, avait entretenues avec le garde-barrière, lorsque ces relations n'offraient pas le danger de la nature que l'on sait.
Cependant les amants prenaient à peine les plus sommaires précautions.
Les gens de la contrée retenaient un sourire railleur, lorsque passait Lamy, d'aspect chétif, un peu voûté, avec, en un mot, toutes les allures d'un homme victime d'un surmenage spécial.
Non, ce pauvre Lamy, décidément, n'avait pas été d'envergure et la Baplistine, bien en chair, puissante, colorée, en savait long, sans doute, sur ce chapitre.
De là à se créer des compensations auprès d'un mâle plus râblé, il n'y avait qu'un pas. Ce mâle était tout indiqué d'avance.
Si Ramon, véritable coq villageois, se fût dans le temps amusé sans risque, de Cécile ; si un père irrité ne l'eût obligé à « réparer », l'épouseur de la plantureuse fermière, c'eût été ce bellâtre, on le sait.
Baptistine avait d'abord subi Charles Blot, puis, prenant goût aux douceurs de l'hyménée, en avait usé aux dépens du mari, si bien et si vite, que Ramon, suppléant robuste s'il en fût, n'avait pas tardé de se faire apprécier.
Comment faisaient-ils pour se voir ?
Ce n'était pas facile, l'amant pris par un labeur qui commençait avec le jour et ne Unissait qu'à une heure avancée de la soirée.
Mais la passion est ingénieuse.
LES AVARIES 64b
Lamy, pour ses aiïaires, allait assez souvent à Limours dans sa carriole, rentrait fort tard au logis.
Les entrevues de Ramon et de Baptistine se réglaient sur ces absences, au petit bonheur, tantôt fréquentes, tantôt espacées.
C'étaient des amants aussi fougueux que possible, devenus pour les joies de leurs chairs, indispensables l'un à l'autre, et l'homme se disant depuis longtemps déjà : « Si Baptistine pouvait ôtre veuve!... » La femme, de son côté, songeait : « Si Lamy pouvait mourir!... »
Un peu avant que le garde-barrière, pour favoriser son divorce, recherchât les cmbrassemcnts de la pauvre Cécile, un entretien caractéristique avait eu lieu entre Ramon et Baptistine.
Leurs épanchements terminés, le premier avait jugé à propos de sonder la seconde.
— Dis donc, la grosse, il se tient joliment bien à la branche ton mari, somme toute?...
Surprise, mais intéressée, Baptistine plongea son regard dans celui de Ramon.
— V'ià une réflexion pas ordinaire, tu sais ?
— Si tu veux... Mais je trouve que pour un paroissien fatigué?...
— T'es bcte. On peut être fatigué et avoir la vie dure.
Il y eut un silence. Tous deux s'étaient compris. La même pensée les dominait.
Elle cependant eut peur d'en avoir trop dit.
— Bah! il ne se doute de rien, le pauvre? Il y a plus gênant que lui. Ce n'était pas l'avis de Ramon, réduit à se glisser comme un voleur,
entre chien et loup dans la ferme, à s'y inquiéter du moindre bruit quand il régalait Baptistine.
— Tu trouves? toi? opina-t-il.
Et l'amant ajouta, d'une voix sombre, caverneuse :
— Je le hais, ton mari.
Chez la femme, ça n'allait pas pourtant jusque-là. Elle éprouvait simplement, commère goulue de friandises, une sorte de pitié méprisante pour son légal compagnon de ht.
Alors, comme Baptistine se taisait, Ramon redevint très tendre, lui murmura à l'oreille, bas, tout bas :
— Sans lui, on serait si heureux, nous deux?...
Elle approuva du même mutisme gros d'éloquence, et ur^j baiser suivit, qui scellait, tacitement, le pacte monstrueux.
Ramon, la cervelle en travail, nouant une trame criminelle, insinua soudain :
— J'ai remarqué qu'il boit^ ton homme, depuis quelque temps?
— Oui, il boit. Ça le console...
— Eh bien, écoute Baptistine : je n'y vois pas d'inconvénient, moi, au contraire.
— Ah I pourquoi?
— Pour quelque chose.
Les amants, de nouveau se regardèrent, près, tout près l'un de l'autre, les yeux bien dans les yeux.
Ramon, sans préciser, se renseignant sur un point qui, dans son esprit, prenait vraisemblablement de l'importance, demanda :
— Quand Lamy lève le coude, tu le secoues ?...
Ferme. J'aime pas ça. Qu'il trouve un autre système pour se consoler.
On fait ce qu'on peut, ma Baptistine... A partir d'aujourd'hui,
laisse-le tranquille. C'est entendu?...
— Exphque-toi. Tu as trouvé ?... .
Elle pressa contre elle son amant, qui répondit avec un instinctif tremblement :
— Peut-être.
Et ils s'en tinrent là, pour l'heure.
Depuis, le temps, en s'écoulant, les événement survenus, avaient ancré chez le garde-barrière la pensée maudite.
Divorcé maintenant, certain de guérir, Ramon ne songeait plus qu'à supprimer l'obstacle, le mari de Baptistine, et quand il remontait vers Belleville, au crépuscule, ses prunelles, en se fixant sur le ipoulin du bord de l'Yvette, luisaient plus que jamais de convoitise.
Faire que sa maîtresse fût veuve et l'épouser, il ramenait tout là, ne vivait que dans cette espérance.
Mais le gaillard, s'il était dénué de préjugés, avait de l'astuce, et, finaud, ne tenait pas à s'embarquer dans une aventure qui le conduirait, soit à la guillotine, soit aux travaux forcés.
Les grandes lignes de son plan existaient depuis belle lurette. On verra
combien ce plan était habile, décelait chez Ramon, de roublardise redoutable.
Mais il demandait à être mûri, se subordonnait, en tout cas, pour l'exécution, à des circonstances qu'il fallait savoir attendre patiemment.
— Ne nous emballons pas ! se disait sans répit l'amant de Baptistine, et les plus malins n'y verront que du feu.
Enfin, un matin, ayant pensé à tout, tout calculé, tout prévu, Ramon décida :
— C'est aujourd'hui que je ferai mon coup.
Pourquoi « aujourd'hui ? » Les circonstances jugées nécessaires pour réussir promettaient donc d'être réunies ? Évidemment.
Une fois à son poste de garde-barrière, Ramon, interrogeant le ciel voilé de lourds nuages, songea : « Quel amour d'orage il y a dans l'air ! Excellent, ça ! »
Puis il avait dans sa poche un avis de Baptistine, lequel avis indiquait que le mari partirait de bonne heure dans son inévitable carriole, et sillonnerait pour ses affaires, toute la vallée de Chevreuse.
L'avis se terminait par ces mots instructifs : « N'oublie pas qu'il raffole du « petit gris. f>
— Sois tranquille, la grosse, pensa Ramon. Je me fendrai d'une quille à la hauteur, chez Barbousse. Lui, rendra la pohtesse et ce sera toujours ça pour commencer.
Et, sereinement, comme un homme qui aurait la conscience en repos, il alluma sa pipe.
Une demi-heure après environ, le garde-barrière tressaillit : un bruit frappait son oreille.
Il résonna joyeusement au cœur du misérable, ce bruit de claquement de fouet et de grelots... La jument de Lamy n'était pas loin, et, avec elle^ le maître 1
En effet, le mari de Baptistine, arrivé à la barrière, que l'employé ne s'empressait guère d'ouvrir, arrêta l'attelage.
— Bonjour, Lamy.
— Bonjour Raiaon. Comment ça va?
— Heu ! comme quelqu'un qui s'enfilerait volontiers un verre de petit gris...
— Tu régales ?
— Je régale. On n'est pas riche, mais c'est offert de bon cœur. Le 782 ne passe que dans un quart d'heure... Allons chez Barbousse.
Et ils s'en furent chez le marchand de vins établi à quelque vingt mètres de là.
On causa, les verres de petit gris se succédèrent. Tout en ayant l'air de rien, Ramon demanda :
— Tu repasseras tard à la barrière, Lamy ?
— Tard, c'est probable.
Or, on était en hiver ; la nuit se faisait rapidement.
Ramon se dit : « De mieux en mieux ! Et l'orage monstre qui se pz-lpare! Jamais occasion n'aura été plus belle!... »
Quand les deux hommes se séparèrent, le fermier, qui, elfecLivement, se grisait volontiers, commençait sous ce rapport la, journée, de façon remarquable, et le concours de circonstances réclamé par le garde-barrière pour l'accomplissement de son projet no laissait rien à désirer.
Le cœur plein d'une joie innomable, Ramon, de nouveau, songea: « Ce soir, BaptisLine sera veuve !»
C'est l'obscurité ; l'eau du ciel tombe à torrents; les éclairs sillonnent la nue; la foudre gronde, et il semble qu'à ceLLc lieure, dans toute la vallée de Chevreuse, ces deux êtres, seuls : Lamy, d'un côté, Ramon, de l'autre, n'aient point la protection du logis familier.
Le premier a fait de si nombreuses libations dans les cabarets de la contrée, qu'il en a perdu la noLion des choses les plus simples, comme, par exemple, d'attendre une accalmie, de remiser sa béte et sa carriole.
Sous la capote toute ruisselante, par un instant do raison, il songe à sa femme, et, la croyant inquiète, le pauvre Lamy, pour rentrer plus vite, active l'allure de la jument point fàchuo de sentir l'écurie.
Ramon, lui, dans sa cabane, est livide, car il sent bien qu'il va commettre un crime, se dégrader effroyablement.
Mais il s'est englué à BaptisLine... et il l'épousera, coûte que coûte!
Et voici qu'il tressaille...
Ramon vient de percevoir le roulement lointain du train 810, qui va passer, et, aussi, dans la nuit qui l'environne, le tintement léger de grelots... Il a l'ouïe fine, le coquin !
Pas de doute, c'est le mari revenant à son point de départ, et, c'est non moins cdouteux, fortement éméché.
vy'^-.'^