L'AVARIÉ, LA MÈRE
l'avarié, se levant.
Tiens, maman! Comment se fait-il? Nous n'avons pas reçu de dépêche .. Nous ne t'attendions que demain... Henriette vient de sortir... on peut la rappeler.
la mère
Non... Je ne voulais pas qu'Henriette fût Là à mon arrivée.
L AVARIE
Qu'est-ce qu'il y a ?
{Tout ce qui suit^ jusqu'à la. fin de la scène, est coupé par de longs silences avant chaque réplique.)
J'ai ramené Fenfaiit et la nourrice.
l'avarié Est-ce que la petite est malade ?
LA MÈRE
Oui.
l'avarié Qu'est-ce qu'elle a ?
LA MÈRE
Rien de grave... pour le moment^ du moins.
l'avarié Il faut envoyer chercher le docteur.
LA MÈRE
Je viens de chez lui.
l'avarié Bon. Je ne sortirai pas. Je vais l'attendre.
la MÈRE
Je l'ai vu.
l'avarié Tu as eu la chance de le trouver !
LA MÈRE
Je lui avais télégraphié de là-bas. Je lui ai porté la petite.
C'était donc si pressé.
LA MÈRE
D'après ce que m'avait dit le médecin de la nourrice, j'avais hâte d'être rassurée.
l'avarié Et en somme, il n'y a rien de grave.
la mère Pour le moment.
l'avarié
Quand tu es arrivée là-bas, comment as-tu trouvé Bébé?
la mère
Assez bien, mais j'ai fait venir le médecin tout de suite.
l'avarié Qu'est-ce qu'il a dit?
LA MERE
Qu'il fallait retirer notre petite et la mettre au biberon.
l'avarié . En voilà une idée!
LA MÈRE
Il m'a déclaré que le mal dont elle souffrait pouvait devenir très grave. Alors, sans rien lui dire, j'ai décidé Nounou, et nous avons pris le train.
l'avarié Enfin... quelle maladie a-t-elle?
la mère, après réflexion Je ne sais pas.
l'avarié Tu ne l'as pas demandé ?
LA MERE
Si.
l'avarié, commenceynent d'inquiétude.
Eh bien ?
LA MÈRE, après un silence.
Il m'a répondu évasivement,
l'avarié, sans accent.
Il n'en savait rien lui-même, probablement.
LA MÈRE, après un silence.
Probablement. [Pendant tout ce qui suit, ils évitent de se regarder en face.)
l'avarié Mais notre médecin, lui... t'a dit...
LA MÈRE
Ce n'est pas chez lui que je suis allée.
Ah ! [Un 1res long silence.)
GEORGES, à voix plus bassG.
Pourquoi ?
LA MÈRE
Celui de la nourrice m'avait tellement effrayée...
l'avarié Vraiment ?
la mère Oui... c'est uu mal... {Silence.)
l'avarié, angoissé.
Alors?...
LA MÈRE
Je lui ai demandé si le cas était assez grave
pour qu'on ne se contente pas de notre médecin ordinaire.
l'avarié Qu'est ce qu'il a répondu ?
LA MÈRE
Que si nous en avions les moyens, il serait préférable, en effet, de voir une célébrité.
l'avarié, essayant, de se reprendre.
Et... où t'a-t-il envoyée?
LA MÈRE, lui donnant une carte de visite.
Là!
l'avarié
Il t'a envoyée chez ce médecin-là ?
LA MÈRE
Oui. Tu le connais?
L AVARIÉ
Non... oui... Je l'ai rencoiilré,je crois... je ne sais pas. {Tout bas.) Mon Dieu !
LA MÈRE, après un silence.
Il va venir te parler.
l'avarié, osant aipeine prononcer les mots. Il est donc inquiet ?
LA MÈRE
Non. 11 veut te parler !
l'avarié Il veut me parler !
LA 31 ÈR'-
Oui.
l'avarié, résigné.
C'est bien.
Lorsqu'il a vu la nourrice — que j'avais laissée au salon — il m'a rappelée dans son cabinet et m'a dit : « Madame, il m'est impossible de continuer à donner des soins à cet enfant, si je n'ai pas, aujourd'hui même, une conversation avec le père. » — J'ai dit : « Bien... » et je lui ai donné ton adresse. Il ne tardera pas.
l'avarié, sans larmes, à lui-même, bas.
Ma pauvre petite fille !
LA MÈRE, le regardant.
Oui, c'est une pauvre petite.
l'avarié, après un long silence.
Maman...
LA MÈRE, qui a entendu ouvrir la porte.
Chut ! [Entre une domestique qui vient dire quelques mots à madame Dupont.)
LA MÈRE, à Georges.
C'est lui !... (A /a domestique.) Faites entrer. (A Georges.) Si tu as besoin de moi, je suis là. {Elle sort par la gauche. Entre le docteur par la droite.)