CHAPITRE X
M on si eur Falkland prit la parole:
« J'ai toujours eu pour maxime, dit-il, » de n'être pour aucune créature vi- 2) vante la cause volontaire d'un mal » quelconque ; je n'ai pas besoin de dire » tout ce qu'il m'en coûte de me voir )) obligé à me porter pour dénonciateur » d'une action criminelle. J'aurais bien » volontiers passé sous silence le tort qui » m'a été fait; mais je dois à la société » de dévoiler un coupable , et d'empê- « cher que les autres ne soient déçus , » comme je l'ai été moi-même , par une » apparence de probité. »
« 11 serait mieux, interrompit M. Fo- » rester , d'en venir droit au fait. Nous » ne devons pas , dans un moment » comme celui-ci 9 en faisant notre apo- » logie , jeter , même sans le vouloir , » une prévention défavorable sur un
)> individu contre lequel une accusa- » tion criminelle ne forme déjà que » trop de préjugé. »
« J'ai les plus violens soupçons , con- » tinua M. Falkland , que ce jeune » h^mme, qui a été l'objet particulier » de ma bonté et de ma confiance, m'a » fait un vol considérable. »
« Quels sont , reprit M. Fores ter , w les motifs de vos soupçons ? »
— « Le premier motif , c'est la perte » que je viens de faire en billets de » banque, bijoux et argenterie. Il me » manque pour 900 liv. sterling de » billets , trois répétitions en or , d'un » très-grand prix ; une garniture com- » plète de diamans qui me viennent de » feue ma mère , et plusieurs autres » effets. »
— « Et pourquoi » , répliqua mon arbitre , dont la voix et le maintien annonçaient un effort extrême pour conserver son sang-froid , au milieu des émotions de la surprise et de la douleur ,
« pourquoi désignez - vous ce jeune « homme pour l'auteur de ce vol ?
— « En rentrant chez moi , un jour ) où le feu avait jeté l'alarme et le dé- » sordre dans toute ma maison , je l'ai 3) surpris sortant de la chambre où ces » effets étaient déposés. Il a été con- » fondu de me voir , et s'est retiré avec * toute la précipitation possible. »
— « Ne lui avez-vous rien dit sur la » confusion que lui avait causée votre » apparition imprévue?
— a Je lui ai demandé ce qu'il avait » à faire en cet endroit. 11 était telle- » ment effrayé et hors de lui , qu'il n'a 3) pu d'abord me répondre ; ensuite il » m'a dit , en balbutiant , que tandis » que tous les domestiques étaient oc- » cupés à sauver mes effets les plus w précieux , il était venu là dans le » dessein d'en faire autant , mais qu'il » n'avait encore rien emporté. »
— « Avez-vous sur-le-champ exami- » né s'il ne vous manquait rien ? »
— « Non , j'avais l'habitude de me » fier à son honnêteté , et cette fois je » fus obligé , au moment même , d'aller » donner mes soins à l'incendie qui » faisait toujours du progrès ; je ne Cs » donc que tirer la clef de la porte de » la chambre , après l'avoir fermée , et » quand je l'eus mise dans ma poche , » je courus en hâte où ma présence était « indispensablement nécessaire. »
— « Combien se passa-t-il de temps » avant que vous vous soyez aperçu de » vos effets. »
— « Je m'en aperçus le soir même; » le désordre et le danger du moment » m'avaient fait sortir entièrement de m l'idée cette circonstance , jusqu'à ce » que , en allant par hasard près de » cette même chambre , tout ce qui » s'était passé avec Williams , ainsi que » sa conduite singulière et équivoque » dans cette conjoncture me revinrent » tout d'un coup à l'esprit. Aussitôt » j'entrai , j'examinai le coffre où ces
» effets étaient renfermés , et , à mon » grand étonnement , je trouvai la ser- » rure brisée et les effets enlevés. »
— « Quelle démarche fites vous d'a- » près cette découverte? »
— « J'envoyai chercher Williams, et » je lui parlai fort sérieusement sur cet » objet; mais il avait eu le temps de se » remettre parfaitement de son trouble , » et il me nia très-ferme , et avec bcau- » coup de sang-froid , avoir la moindre » connais ance de ce dont je lui parlais, » Je lui remontrai to ute Ténormité d'une
pareille action ; mais tout ce que je » pus lui dire ne lui fit pas la plus lé- » gère impression. Je n'aperçus en lui w ni la surprise et l'indignation qu*on » aurait pu attendre d'une personne » entièrement innocente , ni en même w temps cet embarras qui , en général , » accompagne le crime : il se tint seu- » lement sur la réserve et garda le si- » lence ; je lui déclarai ensuite que j'a- » girais d'une manière à laquelle il ne
» s'attendait peut-être pas ; que je ne » voulais pas , comme il n'est que trop1 » ordinaire en pareils cas , faire faire » des recherches générales , car j'aimais )> mieux perdre mes effets sans res- » source que d'exposer une quantité de j) personnes innocentes à essuyer des » inquiétudes et des injustices ; que » mes soupçons se fixaient décidément )) sur lui pour le moment ; mais que )) dans une affaire de si grande consé- )) quence j'étais déterminé à ne pas agir » sur un soupçon ; que je ne voudrais )) jamais courir le risque de le perdre , » s'il était innocent , ni en même temps » être cause que d'autres fussent expoa sés à ses friponneries , s'il était cou- » pable; que je me contenterais donc » d'insister sur ce qu'il demeurât à mon » service; qu'il pouvait compter qu'il » serait veillé de près , et que j'espérais » que l'événement amènerait la décou- » verte de la vérité ; que puisqu'il se » refusait à un aveu dans ce moment-
» ci , c'était à lui à bien prendre garde » jusques à quel point il pouvait comp- » ter, jusques au bout , sur l'impunité; » mais que j'étais bien déterminé à une » chose ; c'est qu'à la première tenta- » tive qu'il ferait pour s'échapper, je » la regarderais comme un indice de » crime , et que j'agirais en consé- » quence. »
— « Depuis cette époque jusques à présent que s'est-il passé ? a
— « Rien dont je puisse inférer au- » cune certitude du crime. Beaucoup » de choses qui concourent à fortifier » les soupçons. Depuis cette époque , » Williams a toujours paru mécontent » de sa situation , ayant toujours , comme » on le voit bien aujourd'hui , un grand » désir de me quitter ; mais en mème- » temps n'osant pas risquer une telle )) mesure sans prendre des précautions.
» Ce fut peu de temps après cela que » vous , M. Forester , vîntes passer quel- » ques jours chez moi ; je ne remarquai
» pas sans déplaisir ses relations toujours » Je plus en plus intimes avec vous , » attendu l'opinion fort équivoque que » j'avais de sa probité , et la crainte où » j'étais qu'il ne parvînt à vous faire la » dupe de son hypocrisie : en consé- » quence je lui fis des menaces sévères , » et je pense que vous avez dû remar- » quer aussitôt après du changement )) dans sa manière de se conduire avec i) vous. »
— « Je l'ai remarqué , et cela me » parut dans le temps assez extraordi- » naire et assez difficile à expliquer. »
— « Quelque temps après , comme )) vous savez , il y eut une entrevue » entre vous et lui ; si le hasard vous fit » rencontrer ensemble , ou si ce fut à )) dessein de sa part , c'est ce que je ne » saurais dire : mais alors il vous déclara » l'état de gêne et d'embarras où il se » trouvait , sans vous en découvrir la » cause; il vous proposa ouvertement » de l'aider à s'enfuir de ma maison,
» et en cas de nécessité , de lui servir >j de protecteur contre mon ressenti- » ment. Vous lui offrîtes , à ce qu'il me » semble, de le prendre à votre service; » mais rien ne pouvait l'accommoder , 3) vous dit-il , sinon un lieu de retraite, » où il me serait impossible de le dé- » couvrir. »
— « Ne dut-il pas vous sembler ex- » traordinaire qu'il pût espérer une » protection réelle de ma part , tandis » que vous aviez à tout moment entre » vos mains les moyens de me con- » vaincre combien il en était indigne ? »
— « Peut-être se flattait-il que je ne » ferais pas de démarche contre lui , au » moins tant que le lieu de sa retraite » me serait inconnu , et que par con- » séquent l'événement de ces démarches » serait douteux. Peut-être s'en fiait-il » à ses moyens , qui ne sont pas à mé- » priser , pour arranger une histoire » plausible , surtout ayant pris soin » d'avoir en sa faveur la première im-
» pression.
( ig3 )
» pression. Au reste , cette protection de » votre part n'était simplement qu'une » dernière ressource dans le cas où les » autres lui manqueraient. 11 paraîtrait » n'avoir eu à cet égard d'autre idée , » si ce n'est que ses projets , pour se )) mettre hors de la portée de la justice , » venant à ne pas lui réussir , il vau- » drait mieux pour lui s'être assuré un » titre à votre protection, que d'être » dénué de toute espèce d'appui. »
Quand M. Falkland eut ainsi terminé sa déposition , il appela Robert , un de ses valets, pour confirmer ce qui avait rapport à la journée du feu.
Ptobert déclara qu'il lui était arrivé de passer par la bibliothèque ce jour-là , quelques minutes après que M. Falkland eut été rappelé chez lui par la vue du feu ; qu'il m'y avait trouvé debout , immobile , et avec tous les signes possibles de trouble et d'effroi ; qu'il avait été si frappé de la figure que je faisais en ce moment , qu'il n'avait pu s'empêcher de Tome IL 9
s'arrêter pour m'observer , qu'il m'avait parlé deux ou trois fois sans que je lui eusse fait aucune réponse , et que tout ce qu'il avait pu tirer de moi à la fin , c'est que j'étais la plus malheureuse créature du monde.
11 ajouta de plus que le soir du même jour , M. Falkland l'avait fait venir dans la petite pièce attenant à la bibliothèque, et lui avait commandé d'apporter un marteau et des cloux; qu'ensuite M. Falkland lui avait fait voir un coffre qui était dans la chambre , dont la serrure et la garninure étaient brisées , et lui avait recommandé de bien observer, et de se rappeler ce qu'il voyait , mais de n'en parler à personne. Qu'alors il ne savait pas quel était l'objet des ordres de son maître ; mais qu'il n'avait pas de doute que la garniture du coffre n'eût été rompue et arrachée par l'effet d'un ciseau ou de quelqu'autre instrument pareil qu'on avait glissé sous le couvercle de ce coffre pour le forcer.
M. Forester observa sur cette déposition qu'à l'égard de ce qui s'était passe, le jour du feu , elle paraissait à la vérité fournir de puissans motifs de soupçon , et que ce soupçon se trouvait singulièrement fortifié par les circonstances survenues depuis ; que néanmoins , comme il ne fallait négliger aucun des moyens propres à éclaîrcir la vérité , il proposait de visiter mes malles, pour voir si on n'y trouverait pas d'indices de nature à confirmer l'accusation. M. Falkland traita fort légèrement cette idée , en disant que si j'étais le voleur , j'avais sans doute pris mes précautions pour ne pas laisser subsister contre moi des preuves aussi palpables. M. Forester répliqua que dans les actions et la conduite des hommes , la conjecture la plus raisonnable ne se trouvait pas toujours réalisée , et il donna ordre d'apporter mes malles et cassettes dans la bibliothèque. Les deux premières qu'on ouvrit ne contenaient rien qui pût faire preuve
contre moi ; mais dans la troisième on trouva une montre et plusieurs bijoux , qu'on reconnut aussitôt pour appartenir à M. Falkland. Un témoignage aussi décisif ea apparence excita dans tous les assistans une émotion de surprise et de peine ; mais personne ne fit paraître autant d'étonnement que M. Falkland.
Le reste des spectateurs ne voyait autre chose en moi qu'un coupable surpris et convaincu ; mais de tous ceux qui étaient présens à celte scène , j'étais dans la réalité le plus embarrassé de deviner à quoi devait aboutir ce fil d'étranges événemens qui se déroulait successivement devant moi , et personne n'avait l'air plus stupéfait et plus interdit à chaque mot qui se disait. Cependant l'horreur et l'indignation prenaient alternativement le dessus sur la surprise; d'abord je ne pus m'empècher de faire à plusieurs fois des efforts pour interrompre , mais je fus toujours réprimé par M. Forester , et je sentis alors com^
bien il importait à ma tranquillité future de rassembler toutes les facultés de mon ame pour repousser l'accusation et établir mon innocence»
Tout ce qu'il était possible de produire contre moi étant sous les yeux de l'assemblée, M. Forester se tourna vers moi , avec un regard plein de douleur et de pitié , et me dit que si j'avais quelque chose à alléguer pour ma défense , c'était le moment de le faire. Sur cette invitation je pris la parole à-pett-près en ces termes :
« Je suis innocent ; c'est en vain que » les circonstances semblent s'accumu- » 1er contre moi. 11 n'y a personne au » monde moins capable que je ne le » suis de la chose dont on m'accuse.
» J'en appelle à mon coeur ; j'en ap- » pelle à l'innocence peinte sur mon » visage ; j'en appelle à tout ce qui est » sorti de ma bouche jusques à pré- » sent. »
Je crus m'apercevoir que la chaleur avec laquelle je m'exprimais faisait impre sion sur tous ceux qui m'écoutai ent ; mais en un moment leurs yeux s'étant reportés sur les effets exposés devant eux , il se fit un changement dans leur figure. Je continuai :
« J'affirme encore quelque chose de » plus ; M. Falkland n'est pas clans l'er- » reur ; il sait parfaitement que je suis 3) innocent. »
A peine ces derniers mots furent-ils proférés , qu'un cri général d'indignation s'éleva de tous les coins de la salle. M. For ester , se tournant vers moi de l'air le plus sévère :
« Jeune homme , me dit-il , prenez » bien garde à ce que vous faites; c'est » le privilège de l'accusé de dire tout » ce qu'il juge propre à sa défense, et » j'aurai soin que vous jouissiez de ce » pri v iiége dans toute son étendue ; mais
» vous imaginez-vous que des assertions » aussi impudentes et aussi insoute- » nables puissent tourner sous aucun » rapport à votre avantage ? »
— « Je vous rends grâces du plus » profond de mon coeur , lui repli - » quai- je , de Favertisement que vous » me donnez ; mais je sais ce que je fais. » J'affirme ce que j'ai avancé, non pas » seulement parce qu'il est de toute » vérité , mais parce qu'il est insépara- » blement lié à ma défense. Je suis ac- » cusé , et Ton me dira que je ne puis » espérer d'être cru sur une simple dé- » claration de mon innocence ; je n'ai » pas d'autres témoins à produire , j'en » appelle donc à M. Falkland ; c'est son » témoignage que j'invoque; je lui de- » mande :
» Ne vous êtes-vous pas vanté à moi » en particulier que vous aviez le pou- » voir de me perdre? Ne m'avez-vous )) pas dit que clans ce cas f aurais beau » préparer une histoire , quelque plau-
» sible , quelque vraie même qu'elle » pût être , vous sauriez bien faire a en sorte que le monde entier meut » en exécration comme un vil impos- » teur? Ne sont-ce pas-là vos propres » termes ? N'avez- vous pas ajouté que » mon innocence ne me servirait à rien , » et que vous vous ririez d'une si faible » défense ? Je vous demande de plus : » le matin même du jour de mon dé- » part , n'avez-vous pas reçu de moi » une lettre dans laquelle je vous de- » mandais votre consentement pour » m'en aller? Aurais-je fait cette dé- » marche si ma faite eût été celle d'un » voleur ? Je défie qui que ce soit » de concilier les expressions de ma » lettre avec une telle accusation ? Au- » rais-je commencé par vous déclarer » que f avais formé le projet de quit- » ter votre service , si les motifs de ce » projet eussent été tels que vous les » supposez maintenant ? Aurais-je osé . » vous demander pourquoi vous vouliez
» rri assujettir à une pénitence éter- » nelle ? »
En disant ceci , je tirai de ma poche une copie de ma lettre , et la posai sur la table.
M. Falkland ne fit aucune réponse à mes interpellations. M.Forester se tourna vers lui , en disant : « Hé bien > mon- » sieur, que repondez-vous au défi que » vous porte votre domestique ? »
M. Falkland répondit : « Un pareil » genre de défense ne mérite presque » pas de réplique ; mais voici ma ré- » ponse : Jamais je n'ai eu cette conver- » sation ; jamais je ne me suis servi de » ces expressions; jamais je n'ai reçu » cette lettre. A coup sûr , pour faire » tomber une accusation , il ne suffit » pas au criminel de la repousser avec » une grande volubilité de langue et » une contenance intrépide ? »
M. For ester se tourna ensuite vers moi : « Si c'est sur la vraisemblance de » vos assertions , me dit-il , que vous
vous fondez pour votre justification , » ii faut au moins faire en sorte qu'elles » soient conséquentes et qu'elles ré- » pondent à tout. Vous ne nous avez » pas dit quelle était la cause de l'in- » quiétude et de l'embarras que Robert » déclare avoir remarqués en vous ; » pourquoi vous étiez si impatient de » quitter le service de M. Falkland ; et » enfin > comment il se fait qu'une par- » tie de ses effets se soit trouvée dans » une de vos malles ? »
« Toutes ces circonstances , mon- » sieur , sont vraies , repartis-je. Il y a » des choses que je n'ai pas dites. Si je » les disais , elles seraient à l'avantage » de ma cause , et feraient paraître en- » core bien plus étonnante l'accusation » qui m'est intentée. Mais il m'est im- » possible , au moins quant à présent , » de prendre sur moi de les mettre au » jour, Est-il nécessaire de donner des » motifs précis et particuliers du désir » que j'ai manifesté de changer de con-
» dition ? Vous connaissez tous la mal- » heureuse situation de M. Falkland; » vous savez combien il a de morgue et » d'austérité dans les manières. Quand » je n'aurais pas eu d'autres motifs , cer- » tainement il m'était bien permis de » désirer une autre place, sans donner » lieu à aucune présomption défavo- » rable contre moi.
» La question de savoir comment ces » effets de M. Falkand se trouvent au- » jourd'hui mêlés parmi les miens , est » d'une nature plus sérieuse. Mais c'est » une question à laquelle je ne saurais » répondre. Je m'attendais au moins » aussi peu qu'aucune autre personne » de l'assemblée à les trouver là. Tout » ce que je puis dire, c'est qu'ayant la » plus parfaite assurance que M. Fal- » kland a la conviction intime de mon » innocence (car , observez bien que » je ne me départs point de cette asser- » tion) , je réitère ici avec une nou- » vclle confiance ce que j'ai affirmé à
» cet égard; en conséquence, je crois » fermement que ces effets ne se trou- » vent ainsi placés que par le fait de » M. Falkland lui-même. »
Je n'eus pas plutôt prononcé ces derniers mots que je fus encore interrompu par une exclamation involontaire de tous ceux qui étaient présens. Ils me lancèrent tous des regards furieux , comme s'ils eussent voulu me déchirer en pièces. Je continuai :
4< J'ai répondu à tout ce qui est al- » légué contre moi.
» M. Forester , vous êtes ami de la » justice ; je vous conjure de ne pas la » violer en ma personne. Yous êtes un » homme plein de lumières et de péné- » tration. Regardez-moi bien; trouvez - » vous rien en moi qui décèle un cou- » pable. Rappelez-vous tout ce que vous » avez pu y remarquer. Annonce-t-il » une ame capable de ce qu'on m'im- » pute ? Un vrai criminel se montrerait- » il aussi ferme , aussi calme , aussi
Y> inébranlable que je l'ai paru devant » vous ?
» Mes compagnons de service ! M. Fal- » kland est un homme de rang et de » fortune ; il est votre maître. Moi , je » suis un pauvre garçon de village, sans » un ami dans le monde. Ce sont des » causes qui établissent entre nous deux, » jusqu'à un certain point , une diffé- » rence réelle ; mais ce ne sont pas des » causes suffisantes pour renverser les » principes de la justice. Ne perdez pas » de vue les conséquences de la situa- » tion où je me trouve; songez qu'une » décLion donnée contre moi dans un£ » affaire où je proteste si solennellement » devant vous de mon innocence , tend » à me priver pour jamais de ma répu- » tation et de mon repos , à conjurer » contre moi la haine et le mépris du » monde entier , et à décider peut-être » irrévocablement de ma liberté et de » ma vie. Si votre conscience , si vos » yeux , si les faits que vous connaissez
» vous disent que je suis innocent, par- » lez pour moi. Ne souffrez pas qu'une » timidité pusillanime vous empêche de » sauver de l'abîme un de vos sem- » blables , qui ne mérite pas d'avoir » une seule créature humai ue pour en- » nemi. Pourquoi la faculté de parler » nous est elle donnée , si ce n'est pour » communiquer aux autres nos senti- » mens ? Je ne croirai jamais qu'un » homme plein de la conviction de son » innocence , ne puisse pas faire aper- » cevoir aux autres que ce sentiment » est dans son coeur. Est-ce que vous » n'entendez pas toutes les puissances » de mon ame qui me crient que je ne H suis pas coupable du crime dont on » m'accuse?
» Vous , M. Falkand , je n'ai rien à » vous dire. Je vous connais :y et sais » jusqu'à quel point vous êtes irnpéné- » trable. Dans ce moment même où » vous me chargez d'imputations aussi » odieuses , vous admirez ma résolution
Y> et ma grandeur d'ame. Maïs je n'ai » rien à espérer de vous. Y ous pouvez » contempler d'un œil inaccessible au » remords ou à la pitié la ruine de » votre victime. La plus grande de mes » infortunes , c'est d'avoir à combattre » un adversaire tel que vous. Vous me » forcez à dire de vous des choses pé- » nibles à entendre ; mais j'en appelle à » votre cœur , si j'ai mis dans mes pa- » rôles de l'exagération ou de l'ani- » mosité. r>
Tout ce qu'il était possible d'alléguer de part et d'autre étant dit ^ M. Forester commença des observations sur toute l'affaire. « Williams , dit-il , il y a une » masse énormes de charges contre vous; » les preuves directes sont fortes , les » circonstances qui viennent à l'appui » sont nombreuses et frappantes. Je » conviens que vous avez mis dans vos » réponses une adresse extrême; mais, » jeune homme , vous apprendrez à vos » dépens que l'adresse, quelle qu'elle
» puisse être , ne saurait tenir contre la » force insurmontable de la vérité. Il » est heureux pour les hommes que » l'empire clu talent ait ses bornes , et » qu'il ne soit pas au povoir de l'esprit » le plus subtil de renverser les distiiic- » tions du juste et de l'injuste. Croyez- » moi , le mérite de la cause contre la- » quelle vous avez à lutter est trop fort » pour que tout l'art des sophismes >> puisse le détruire ; la justice prévau- » dra, et la malignité impuissante sera » vaincue.
» Pour vous , M. Falkland , la société » vous est redevable pour avoir mis » dans son véritable jour cette mons- » trueuse affaire. Ne permettez pas que » les traits envenimés , dirigés contre » vous par une main criminelle , portent » atteinte à votre tranquillité. Croyez » bien que tout le monde saura les ju- » ger. Je n'ai pas le moindre doute que » tous ceux qui les ont entendus n'en » a} eut conçu autre chose qu'une plus
haute estime pour y os vertus. Nous » sentons tous le malheur de voire si- » tuation , d'avoir à entendre de pa- » reilles calomnies d'une personne cou- » pahle envers vous de la plus honteuse » des hassesses. Mais considérez-vous à » cet égard comme un martyr de la » cause publique. La pureté de vos » motifs et les qualités de votre coeur » sont hors de l'atteinte de la plus noire » méchanceté ; la vérité et la justice » réservent inévitablement l'infamie à » votre calomniateur ; à vous , l'amour » et l'approbation générale.
» Vous entendez , Williams , ce que » je pense de votre affaire ; mais je n'ai » pas le droit d'être votre juge en der- » nier ressort. Quelque désespérée que » me paraisse votre cause , je veux vous » donner un avis , comme si j'étais choisi » pour vous assister en qualité de con- » seil. Retranchez de votre défense tout » ce que vous y avez mis d'injurieux » contre M. Falkland, Défendez- vous
a de votre mieux , mais n'attaquez pas » votre maître. "V ous ne devez rien né- » gWger pour faire naître de la préven- » tion en voire faveur dans l'esprit de » ceux qui vous entendent ; mais la ré- » crimination à laquelle vous avez eu » recours n'excitera jamais que de l'in- » dignation. Un crime contre la probité » peut quelquefois trouver de l'indul- » gence; la méchanceté froide et déli- » bérée que vous avez fait voir est mille » fois plus atroce. Elle prouve que vous » avez non-seulement Tame basse , mais » infernale. Toutes les fois qu'il vous w arrivera de répéter de pareilles noir- » ceurs; tous ceux qui vous entendront » vous répuleront coupable par cela » seul , et quand même l'insuffisance » des autres indices serait clairement » démontrée. Si vous voulez donc bien » consulter votre intérêt , qui me paraît )) être la seule considération qui vous » touche , il est important pour vous de » vous rétracter sur ce point au plutôt,
)> et par tous les moyens possibles. Si » vous voulez qu'on vous croye lion- » nète , il faut commencer par faire » voir que vous êtes en ëtat de sentir et » de juger la vertu dans les autres. Ce » que vous pouvez faire de mieux pour » le bien de votre causé , c'est de de- » mander pardon à votre maître , et de » rendre hommage à la probité et au » mérite , même quand ils demandent » vengeance contre vous. »
On concevra facilement que la décision de M. Forester me porta un coup terrible , mais quand je l'entendis m'inviter à me rétracter et à m'humilier devant mon accusateur , je sentis mon ame toute entière se soulever d'indignation.
Je répondis:
« Je vous ai déjà dit que je suis in- » nocent. Je ne me crois pas capable , » s'il en était autrement , de l'effort » qu'exige l'invention d'une défense » plausible. Vous venez de dire qu'il » n'était pas au pouvoir de l'esprit le
» plus subtil de renverser les distinc-
» tions du juste et de l'injuste , et dans
» ce moment même je les vois renver-
», sées. C'est en vérité un moment bien
» épouvantable pour moi. Jeune et sans
» expérience, je ne connais rien des
» affaires du monde que ce qu'on m'en
» a pu dire , et ce que j'en ai lu dans
» les livres. Mes premiers pas ont été
» accompagnés de cette ardeur et de
» celte confiance inséparables de mon
» âge. Dans chacun de mes semblables
» j'ai cru voir un ami. Je n'ai pas l'ha-
» bitude des détours en usage parmi les
» hommes, et je ne sais pas jusqu'où
» va leur injustice. Je n'ai rien fait pour » mériter leur haine; mais si j'en juge par
» ce que je viens de voir et d'entendre,
)) je suis destiné à perdre pour jamais
w les avantages de l'honneur et de la
» probité. Je me vois enlever l'amitié
» de tous ceux que j'ai connus jusques
» à présent , et fermer tous les moyens
» d'acquérir celle des autres. Je suis
Jonc réduit à chercher en moi seul la source de mon bonheur. Comptezbien que je ne commencerai pas celte carrière par de lâches et honteuses concessions. Si je n'ai plus rien à espérer de la bienveillance des autres , au moins saurai-je maintenir l'indépendance de mon ame. M. Falkland est mon implacable ennemi. Quelque mérite qu'il puisse avoir sous d'autres rapports , ses procédés envers moi sont sans humanité , sans principes , sans remords. Pensez-vous que j'irai jamais faire des soumissions à celui qui me traite avec tant dinjustice, que j'irai; tomber aux pieds d'un homme qui est une furie pour moi , et baiser une main toute fumante de mon sang? »
— « A cet égard , reprit M. Forester, faites comme vous le jugerez à propos.
J'avoue que votre fermeté et votre obstination me confondent. "Vous ajoutez à l'idée que je m'étais faite des facultés de l'homme ; peut-être , tout
» bien considéré , avez-vous choisi le » rôle qui va le mieux à votre but , )> quoique pourtant je pense que plus » de modération vous aurait amené à » une issue plus favorable. Yotre exté- » rieur d'innocence pourra, j'en con- » viens , ébranler les personnes qui » auront à décider sur votre sort ; mais » il ne l'emportera jamais sur des faits » clairs et incontestables. Pour moi , je % n'ai plus rien à vous dire. Vous me » montrez un nouvel exemple de l'abus » qu'on fait si généralement de ces ta- » lens qu'admire une aveugle multi- » titude. Je ne vous vois qu'avec lior- » reur. Tout ce qui me reste à faire à » votre égard pour m'acquitter de mon >? devoir c'est de vous livrer à la jus- » tice de votre pays , comme un monstre » de scélératesse.
« INon pas , reprit M. Falkland , je « ne consentirai jamais à cela. Je me » suis contenu jusqu'ici , parce qu'il » était juste de laisser à la vérité le temps
» de s'établir. J'ai fait violence à mes » habitudes et à mes sentimens , parce m que le bien public exigeait que l'hy- » pocrisie fût démasquée. Mais je ne » puis me contraindre plus long-temps.
)> L'emploi de toute ma vie a été de )) protéger ceux qui souffrent , bien » loin d'ajouter à leurs peines ; et dans » cette circonstance j'agirai encore de » même. Ces attaques impuissantes con- » tre mon honneur n'excitent pas en moi » le plus léger ressentiment; je me ris » de la malignité qui les a dictées , et » elles n'ont diminué en rien les senti- » mens de bienveillance que j'ai tou- » jours eus pour celui qui en est l'au- » teur. Qu'il dise tout ce qu'il voudra , » il ne saurait m'atteindre. Il était à » propos qu'il fût couvert d'une igno- » minie publique , afin que d'autres ne » pussent être trompés par lui , comme » nous l'avons été noui-mëmes. Mais il » n'y a pas de nécessité d'aller plus )) avant , et j'insiste pour qu'il lui soit
» permis de se retirer partout où bon « lui semblera. Je suis seulement fàcbé » que , pour l'intérêt de la société , il » ait fallu dévouer sa destinée à une » aussi affreuse perspective que celle j) qui l'attend. »
« M.Falkland, répliqua M. Forester, » ces sentimens font honneur à votre » humanité ; mais il m'est impossible » de m'y rendre. Ils ne servent qu'à » faire ressortir encore davantage la » noirceur de ce reptile envenimé , de » ce monstre d'ingratitude qui , après » avoir volé son bienfaiteur cherche » encore à l'outrager* Méchant que vous » êtes , rien ne peut donc vous émou- » voir ? Vous êtes donc inaccessible » aux remords ? Quoi ! vous n'êtes pas » confondu de tant de bontés si peu » méritées î Vil calomniateur ! vous êtes » l'exécration de la nature , l'opprobre » de l'espèce humaine , et le moment où » vous serez exterminé , délivrera la » terre d'un fardeau qu'elle ne supporte
» qu'avec
s qu'avec horreur. Souvenez - vous , » monsieur , que ce monstre , au mo- » ment même où vous exercez envers » lui un acte inoui de clémence et de » bonté , ose bien vous accuser de le » poursuivre pour un crime dont vous » le savez innocent ; et même bien plus , » d'avoir exprès glissé parmi ses hardes » des effets prétendus volés y à dessein « de le perdre. Cette scélératesse sans » exemple vous fait un devoir de dé- » livrer le monde d'une telle peste ; et >» pour votre propre intérêt, vous oblige » à ne pas vous relâcher de vos pour- )> suites , de peur que votre indulgence » pour lui ne donne du crédit à ses » abominables mensonges. »
« Je ne m'inquiète pas des consé- » quences , reprit M. Falkland , j'obéis » à l'impulsion de mon cœur. Je ne con- » courrai jamais personnellement à ré- » former l'espèce humaine par les haches » et les gibets ; je suis convaincu que les » choses n'iront jamais bien que lorsque Tome II, 10
)) l'honneur et non la loi sera l'arbitre » souverain du monde ; que lorsque le » vice aura appris à reculer devant » l'irrésistible puissance de la dignité » innée , et non pas devant les froides » et mesquines formalités d'un code ; » si mon calomniateur était digne de » mon ressentiment , ce serait mon épée » et non pas la main du magistrat qui )> me ferait justice de son insolence; » mais ici je ris de sa malice , je me » résous à l'épargner comme le magna- » nime roi des forets , laisse vivre l'in- » secte qui ose attenter à son repos. »
« Vous tenez là des discours roma- » nesques , dit M. Forester , au lieu de )> parler le langage de la raison. Cepen- » dant il m'est impossible de ne pas être » vivement frappé du contraste dont je » suis témoin entre l'élévation sublime » de la vertu , et l'injustice opiniâtre et » inébranlable du crime. Tandis que ïi votre cœur déploie un excès de bonté, » rien ne peut toucher lame de cet in-
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)) trépide scélérat. Je ne me pardonnerai » jamais de m'ètre laissé abuser un ins- » tant par ses détestables artifices. Ce » n'est pas ici le moment de discuter la » cause d'entre la chevalerie et la loi. » Tout ce qu'il y a, c'est que, comme » magistral; , ayant fait l'information » du délit , j'insiste sur ce qui est de » mon devoir , c'est-à-dire, sur ce que » la justice ait son libre cours , et que » l'accusé soit traduit dans la prison du » comté. »
Après quelques débats encore de part et d'autre sur le même point , 1VJ. Falkland trouvant M. Forester obstiné et intraitable , retira son opposition. En conséquence on manda un officier de justice du village voisin , le décret fut délivré , et une des voitures de M. Fal kland fut préparée pour me conduire en lieu de sûreté. On peut aisément s'imaginer combien cette décision fut pénible pour moi. Je jetais les yeux autour de moi sur les domestiques qui
avaient été spectateurs de l'information ; mais pas un d'eux , ni par parole ni par geste , ne donna le moindre signe de compassion pour mes malheurs. Le vol dont j'étais accusé leur semblait atroce , à cause de son énormité , et quand même quelques étincelles de commisération auraient pu s'échapper de leurs a mes simples et ingénues , elles auraient été totalement étouffées par l'indignation^ à cause de la noirceur qu'ils voyaient dans ma récrimination contre leur digne et excellent maître. Mon sort étant ainsi décidé , et un des gens ayant été dépéché vers l'officier , M. Forester et M. Falkland se retirèrent , et me laissèrent à la garde de deux autres domestiques.
L'un de ceux-là était le fils d'un fermier du voisinage qui avait été longtemps l'intime ami de mon père. J'avais envie de connaître précisément le fond de l'ame de ceux qui avaient été témoins de cette scène , et qui avaient eu occasion d'observer auparavant mes
mœurs et ma conduite. Je cherchai donc à entrer en conversation avec celai-ci. «Hé bien ^ mon bon Thomas, » lui dis- je en hésitant , et avec un ac- » cent plaintif, ne suis-je pas une bien » malheureuse créature ? »
— « Ne me parlez pas , maître Wil- )) liams ; allez , vous m'avez donné une » telle secousse que je n'en serai remis » de long-temps. Yous avez été couvé » par une poule , comme on dit , mais » il faut que vous soyez sorti de l'œuf a d'un basilic. Je suis vraiment bien- » aise que l'honnête fermier Williams » soit mort ; car votre coquinerie lui » ferait maudire le jour où il est né. »
— « Je suis innocent , Thomas! je le » jure par l'être suprême qui doit me » juger un jour , je suis innocent. »
— «Ne jurez pas, je vous en prie, » pour l'amour de Dieu^ ne jurez pas!
» votre pauvre ame est déjà bien assez » damnée sans cela. Ma foi , grâce à » vous , mon garçon , je ne me fie plus
» jamais à personne , ni je ne crois plus » aux apparences , quand ce serait un j) ange. Bonté divine ! comme vous nous 3) en avez débité , comme vous avez la » langue dorée ! À l'entendre on l'aurait » cru innocent comme l'enfant qui » vient de naître ; mais , à d'autres. Vous 3) ne ferez pas croire aux gens que le » noir est blanc ; pour mon compte , » c'est bien fini avec vous. Je vous ai- » mais hier tout comme si vous aviez été » mon frère. Aujourd'hui j'ai tant d'a- )> initié pour vous, que je ferais de tout » mon cœur dix milles à pied pour vous j? voir pendre. »
— « Bon dieu , Thomas , pouvez - » vous me dire cela ! Quel changement » dans votre coeur à mon égard ! Je 5) prends Dieu à témoin que je n'ai rien » fait pour le mériter. Quel monde que 3) celui où nous vivons !
— « Arrêtez donc votre langue mau- » dite ! les cheveux me dressent à la » tète seulement de vous entendre. Pour
)) tout l'or du monde je ne passerais pas » une nuit sous le même toit que vous. » Je craindrais à tout moment de voir » tomber la maison pour vous écraser ! » Je m'étonne que la terre ne s'ouvre )) pas pour vous engloutir tout vivant. » C'est un poison rien que de vous re- » garder seulement ! Si vous allez ce » train-là , je crois , Dieu me pardonne , » que les gens à qui vous parlerez fini- » ront par vous déchirer par morceaux , » et qu'ils ne vous laisseront jamais le » temps de gagner la potence. Oh , oui , » je vous le conseille , plaignez-vous. » Le pauvre petit innocent ! C'est dom- » mage qu'il crache du venin tout au- » tour de lui comme un crapaud , et )) qu'il empoisonne la terre par-tout où » il passe. »
Quand je vis que celui à qui je parlais était aussi inaccessible à tout ce que je pouvais dire ; considérant que même en venant à bout de le ramener de sa prévention 9 je n'en tirerais pas grand
avantage , je me conformai à son avis et gardai le silence. Il ne se passa pas beaucoup de temps sans que tout fût disposé pour mon départ, et on me conduisit à la même prison qui avait renfermé peu auparavant les innocens et malheureux fîawkins. Ils avaient été aussi les victimes de M. Falkland. Je voyais en lui une image fidelle , quoiqu'en raccourci , de ce que sont les monarques qui comptent les prisons d'Etat au nombre des inslrumens de leur pouvoir.