‹ Les aventures de chevalier de Faublas, Volume 3Chapitre 6 sur 6 · III · texte numérisé non relu

III

3ci4 14 FI^ E^E^ AMOURS

après un momenlt de réflexion) et franchement voilà ce qui m'a empêché hier d'accompagner ces dames, car elles me ^'avaient proposé.

FAUBLAS, à mi-voix à la baronne.

A merveille !

LA COMTESSE, du même ton. Ceci n'est pas maladroit ! je vous remercie.

LE COMTE, à la baronne^ en se promenant dans tappartement.

Ces dames... ces dames auraient bien fait, si elles avaient fait comme vous. (A la comtesse.) Mais où donc est-il ce monsieur?

LA COMTESSE

Il dort.

LE COMTE, regardant à travers les vitres du cabinet.

Oui, vraiment. Le voilà sur le lit de camp ; il s'y est jeté tout habillé.

LA BARONNE

Ne le verrai-je pas?

LE COMTE

Si vous voulez le voir, entrez.

FAUBLAS, avec impétuosité.

N'entrez pasi... il est excédé defatigue, il f^P.Qse.

DU CHEVALIER DE fAUBLAS. SpS

LA BARONNE, un peu étonnée.

Bon Dieu! que de vivacité! Mademoiselle, vous vous ferez mal.

FAUBLAS, avec une tranquillité feinte.

Mais aussi quelle idée d'aller déranger ce jeune t|omme qui a passé la nuit!

LA BARONNE; observant le chevalier.

Est- il impossible d'approcher de lui, sans faire de bruit et sans vous faire de la peine ?

FAUBLAS, dune voix altérée.

Il n'est pas question de moi... Mais si vous le réveillez! Si...

LA BARONNE

Si je le réveille, il se rendormira ; voilà tout le mal.

FAUBLAS, embarrassé.

Voilà tout le mal ! voilà tout le mal!... c'en est un grand.

LA BARONNE

Mademoiselle... vous direz tout ce que vous voudrez, je suis très-curieuse de voir votre intime ami... l'ami de votre enfance... que vous craignez si fort qu'on ne dérange. (Elle se lève,)

LA COMTESSE, dun air malin.

A quoi bon? vous le connaissez très-bien.

LA BARONNE

Ah ! je veux savoir s'il n'a pas beaucoup changé depuis que je ne Tai vu. (Elle s'approche du cabinet.)

FAUBLAS, bas à la comtesse.

Arrêtez-la donc.

LA COMTESSE, bas.

Pourquoi? Elle l'aime peut-être encore; elle veut du moins avoir le plaisir de le regarder : où est rinconvénient?

FAUBLAS, Ne connaissez-vous pas la baronne? elle va faire une scène.

LA COMTESSE

Eh bien ! attends, je vais lui parler. (Elle court à madame de Fonrose.) Entrez, regardez, si cela vous fait plaisir ; mais ne réveillez point, car il doit être las.

Qu'on juge de ma situation; il ne me reste pas une seule objection raisonnable à faire, et ma faiblesse me retient au lit; j'y suis piqué de cent mille épingles : déjà la baronne est près de la porte vitrée, et j'ai peine à dissimuler mon inquiétude extrême. Quel heureux obstacle tout à coup me - rassure ! Le vicomte s'est enfermé dans le cabinet! La marquise est donc en sûreté... Non... hélas !•••

non, cette précaution ne la sauvera pas : madame de LîgnoUe vient de donner à madame de Fonrose un passe-partout.

Dès que la baronne fut entrée, j'entendis ces mots : Oui, cette figure est assez jolie ; mais c'est justement celle que je connais... Non... oui... point du tout!... si fait... c'est cela, c'est cela même... Eh bien! j osais à peine le soupçonner. L'aventure me paraissait trop incroyable... Éveillez-vous,charmant jeune homme ! venez,monsieur le vicomte! venez un peu voir la compagnie... Allons! allons donc!... je vais vous donner la main.

Ce fut le bras qu'elle lui donna; car madame de B**% dormant tout debout, se soutenait à peine.

Quiconque, seulement une fois dans sa vie, fut en sursaut tiré d'un sommeil très-profond, a bien senti ce que je vais mal décrire. On ne passe pas tout à coup, et sans quelque douleur, de cet état de mort à un état de vie : les yeux d'abord s'ouvent, mais ils demeurent offusqués d'un nuage épais : l'oreille entend ; mais elle ne recueille que la moindre partie des mots qu'on lui confie, et qu'elle dénature; c'est surtout au cerveau que le trouble est extrême. Le cerveau setrouveen même

LA nu DES AMÔDRS

temps chargé des idées récentes que lui laisse Uii rêve tout à Theure interrompu, et des idées souvent contraires que lui transmet Uïi crUel interlocuteur. De ce choc imprévu résulte uheconfusion totale. C'est dans ce moment de désordre qti*on regarde sans voir, qu'on écoute sans compreîidre, qu*on parle sans penser; et n'attendez pas que Inexpliqué quel instinct machinal fait mouvoir un corps auquel il manque une âme.

Telle parut madame de B***, lorsque, soutenue, ou plutôt traînée par madame de Fonrose; elle arriva dans la chambre où npus étions.

FIN bu TOMB TROISliliB.

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