CHAPITRE VIÏ
Départ de l'auteur pour Temistitan, Il est pris par un corsaire de Barbarie et recouvre sa liberté.
pires quelques jours d'une naviga- ^tion heureuse, nous arriTames à la hauteur des- Açores. Nous nous ré^ ï jouissions de cet heureux début, quand nous aperçûmes dans le lointain trois Toiles que nous ne tardâmes pas à reconnaître pour des corsaires barbaresqaes. Notre capitaine fit tous ses prép^mlils pour une résistance digne du nom castillan , ce qui n'était pas chose fa-^ cile à bord d'un narire encombré de marchandises et de passagers hors d'état de porter les armes. Nous ne tar4^^ P^ ^ ^^i^ assaillis; Nons résistâmes de notre ndeux ; mais, apris avoir con^ttu plusieurs heures et perdu la plus grande partie de notire équipage, il fallut céder an notnbre. Les ennenis de notre foi
coulèrent notre navire , après en avoir enlevé les marchandises les plus précieuses et les hommes qui pouvaient être vendus avantageusement comme esclaves. Tous ceux qui furent jugés d^an mauvais débit, ainsi que les blessés, trouvèrent une mort humide au milieu des flots. Que Dieu et sa sainte mère leur soieut en aide !
Nous fumes conduits à Tetuan. Maldpnado et moi nous fumes achetés parle même maître, marchand juif né à SéviJle, et que la crainte saJutaire de la sainte inquisition avait forcé à s^enfuir au Maroc. Ce mécréant, bien loin de nous considérer comme des compatriotes , nous faisait souffrir mille maux , et semblait vouloir venger sur nous tous les porcs (marranos) de sa race qui ont été brûlés sur la grande place de Séville. Aussi depuis ce jour je n^ai jamais vu brûler un juif sans me dire avec quel plai*. «ir je verrais à sa place ce coquin dlsaac.
Nous avions étendant un avantage sur nos compagnons d'infortune : çonune notre maître n'était pas musulman , il nous laissait tranquilles sur le chapitre de la religion , tandis que les Maures faisaient souvent essuyer aux esclave chrétiens les tr^tements -les plus affreux, pour, les forcer à renier la foi' de Notre Seigneur. Jésus-Christ.
^ DE Don Juan bis Vargas. 27 Ce juif avait amené d'Espagne, sa jeune fille nonunée Rébecca. Comme, pour se soustraire à la sainte inquisition , Isaac , lorsqull habitait Séville, feignait d'être chrétien, il avait fait élever sa fille dans notre sainte loi, qu'elle: avait sincirement embrassée. Quand Isauc.se fut décidé à s'établir en Afrique Avec Tor dont il avait dépouillé les chrétiens par les usures, il avait ouvertement profesa^ sa maudite loi et voulu forcer sa fille à fadre de même ; elle s'y était refiisée , c'est pourquoi il l'aocablait de mauvais traitements. Rébecca se confia k nous , et nous dit combien elle désirait se rendre en terre chrétienne, si nottf voulions favoriser sa fuite. Elle ne parla ni à des niais ni à des sourds , et comme eUe savait le moyen de puiser dans le coffre-fort de son père, elle nous fournit de l'argent pour gagner un homme qui devait nous attendre à la porte de la ville avec trois chevaux. Une belle nuit , quelques coups de poignard nous assurèrent du silence du père. Nous nous laissâmes couler du haut des remparts au moyen d*une corde, et eu peu d'heures les pieds légers de nos chevaux nousyeurentportéâ aux por^ tes de Céuta , où le valeureux D. hcfpe Manrique, qui y commandait au nomde Sa Majesté, tiôus fit la meilleure réception.
28 Les ATBHtoiit^s'^ «
Rébecca reprit son nom chrétien dlsabelle.
Sa beauté avait touché mon cœur^iisi que celui de Maldonado ; tons les deux nous voulions réjpouBer; et nbus étions sur le point de vider cette qu^elk les armes à la main , quand un pieux religieux de la Merci , qui était venu k Ceuta pour racheter des esclaves chrétiens , nous décida à roaettre cette question à! la dé-* cision du Ciel. Noua jetâmes les dés^ et quoique jVusse promis un cierge de tn>is livres à lle-^ tre-Dame d'Atobha si j'étais favorisé pat le sort , «ce fut Maldonado qui Temportà. Que ma 'sainte patt^ime me pardonne les imprécations dontjelaichargieai eette occasion! Le Ciel sait* mieux que les £iibles hoaimes ce qui leur con-> vient : M^aBado,qoej*ai rencontré depuis aux Indes , m'a raconté que , peu de temps après , elle Favait quitté, après avoirdévalisé la maison, poursuivre un renégat qui la conduisit à Fez. Ainsi, après tout,eè flitmoî quiftisle gagnant: c'est pourqum j'ai 'ordonné daps mon testament qu'on i>ffipît un cierge de trois livres à Notre- Ûame d^Atocha,
N'ayapt plus rien k. faire à Ceuta , je m'^m» barqoai de ncfuveau^ur Sév^. Mais l'îm* possSûiifté d'y sAsisier me força k prendre parti dans une nouvelle expédition que l'on préparait pour le Mecque* Je m'embarquai k
D£ DûPï Juan de Vargas. %^
San-'iiUcarsurla Santa-Engracia , et environ trois mois après je débarquai à Yera-Graz.