CHAPITRE XII
Diverses expéditions au Pérou.
première expédition à laquelle je pris part fut celle que Sebastien j^^-^de Benalcazar fut chargé de dijSgjjln 1 1 , « i contre le cacique Ruminahui, qui, après la mort d'Atahualpa, s'était fait proclamer roi dans la province de Quito. Ce barbare, avant de nous livrer bataille, fit massacrer les femmes et les enfants , et nous attaqua
ensuite comme un furieux, à la tête de sa troupe. Nous en fîmes un grand carnage , et Ruminahui , blessé , tomba entre nos mains avec plusieurs des principaux chefs. On avait surtout recommandé de le prendre vivant , parce que lui seul connaissait l'endroit où avaient été cachés les trésors de Tinga. Mais, avec la malice ordinaire aux Indiens , il aima mieux se laisser brûler à petit feu que de rien avouer.
Ne voulant pas prendre part à une expédition que Benalcazar voulait conduire vers le nord, je me rendis auprès de Pizarro , qui venait de fonder la ville de Los Reyes, qu'on appelle aujourd'hui Lima. Il venait d'y faire proclamer inga Mango, fils de Huaynacapac , au grand contentement des Indiens, qu'il espérait par là gouverner plus facilement ; mais il ne tarda pas à reconnaître qu'il s'était trompé : ce fantôme de roi entretenait chez eux le désir de se rendre indépendants, ce qui obligea Pizarro à s'en débarrasser. On ne peut se figurer la quantité d'or et d'argent qui se trouvait alors entre les mains des Espagnols ; aussi l'employaient-ils aux usages les plus vils. Ils allaient jusqu'à en fabriquer des marmites et à en ferrer les chevaux. L'un d'eux, qui avait eu pour sa part le soleil en or qui décorait le grand temple de Cuzco , le joua et le perdit en une seule
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nuit; aussi disait-on de lui : Il a trouvé moyen de perdre le soleil ayant qu'il fut levé. Je ne puis retenir mes larmes quand , dans ma pauvre résidence de Jaen, où j ai bien de la peine à vivre, je pense à tous les trésors que j'ai dis* sipés. Il me suffirait d'en avoir la centième partie pour adoucir le peu de jours qui me restent à vivre , et léguer à ma paroisse une? somme suffisante pour tirer mon âme du purgatoire.
Mais je place toute ma confiance dans l'intercession de Notre-Dame d'Àtocha, ma sainte patronne. La reine des anges me tiendra compte, je l'espère, du sang que j'ai versé pour la propagation de notre sainte foi catholique.
La bonne harmonie avait malheureusement cessé d'exister entre Almagro et Pizarro. Ils ne pouvaient s'accorder sur les limites de leurs gouvernements. Fr. Thomas de Berlanga,éveque de Terre-Ferme, qui avait été envoyé par l'empereur pour régler leur différend, était évidemment partial pour ce dernier. Gagné par le don d'une somme considérable que lui fit Pizarro, l'évêque persuada à son rival d'entreprendre une expédition contre le Chili, province située vers le sud. On disait qu'elle abondait d'autant plus en or et en argent, qu'elle avait toujours résisté aux attaques des ingas. Heu reuscment pour moi, je souffrais encore d'une
blessure qui m'empêcha de suivre Almagro, auquel je m'étais attaché , car le résultat de cette expédition fut désastreux.
Almagro emmenait avec lui le grand prêtre du soleil, et quelques uns des ingas dont on se défiait, et qu'on était bien aise d'éloigner. Ils avaient paru y consentir avec plaisir, mais ce n'était qu'une feinte. A quelque distance de Cuzco, ils trouvèrent moyen de s'échapper, et furent rejoints par d'autres chefs, qui, sous divers prétextes, avaient quitté successivement la ville. En peu de jours tout le pays fut en armes, en proclamant l'inga Mango , que Pizarro avait fait la faute de reconnaître, et celle plus grande encore de laisser sortir de Cuzco pour aller célébrer une féte dans la vallée de Yucai. Tous les Espagnols qui étaient dispersés dans les villages furent massacrés par les Indiens. Souvent même ils leur faisaient souffrir les plus horribles tourments. Ils aimaient surtout à leur couler de l'or fondu dans la bouche , et leur criaient par dérision : Voilà ce métal que vous aimez tant ; maintenant vous pouvez vous en rassasier.
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