‹ Les aventures de don Juan de Vargas [pseud.] raconters par lui-même;Chapitre 12 sur 77 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de Cuzco par les Indiens.

ornando Pizarro , qui commandait (alors à Cuzco, avait toujours montré beaucoup de faiblesse pour les In- 1 liens, et s'était toujours opposé aux mesures de rigueur que l'on avait voulu prendre contre eux. 11 vit alors que ce n'est que par la sévérité que Ton peut venir à bout de cette maudite race ; mais il était trop tard , et nous eûmes beaucoup à souffrir de son excès d'indulgence.

Aussitôt qu'il fat instruit de l'insurrection , Hernando fit une sortie dans la direction de Yucai, espérant se rendre maître de la personne de l'inga. Mais il le trouva à la téte de deux cent mille Indiens, et fut forcé de rentrer dans la ville, où nous fumes bientôt complètement cernés. Les Indiens, qui n'osaient nous attaquer corps à corps, profitèrent de ce que les maisons étaient couvertes en paille pour y mettre le feu au moyen de flèches autour desquelles ils avaient entortillé du coton enflammé.

5o Les Aventures

Toute la ville fut ainsi successivement incendiée, et nous fumes obligés de camper au milieu delà grande place du marché, le seul endroit qui fut à l'abri du feu. Les Indiens nous lançaient également, au moyen de machines, les têtes de ceux de nos compatriotes qui étaient tombés sous leurs coups. Notre position était terrible , car la forteresse , qu Hernando Pizarro , dans sa folle confiance , avait laissée presque sans ga raison, était tombée, dès la première attaque , entre les mains des Indiens.

Dans cette situation , on convoqua un conseil de guerre. Les uns étaient d'avis de s'ouvrir un passage les armes à la main t et de tâcher de regagner la côte ; les autres représentaient que , si l'on abandonnait Cuzco, il ne fallait pas songer à embarrasser la marche par tous les trésors qu'on y avait réunis, et qu'ils perdraient ainsi en un seul jour le prix de leurs travaux. Ils ajoutaient que la prise de cette ville encouragerait tellement les Indiens, que bientôt les chrétiens, forcés de se rembarquer, iraient traîner dans leur patrie le reste de leurs jours dans la pauvreté et le mépris universel. D'ailleurs , il était probable que l'armée de l'inga ne resterait pas long-temps réunie , et que le gouverneur Francisco Pizarro, aussitôt qu'il apprendrait notre position , nous amènerait du

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secours. Ce dernier parti prévalut , et il fut décidé qu'on attaquerait d'abord la forteresse , d'où les Indiens nous incommodaient considérablement.

Cette forteresse, construite dé gros quartiers de rochers, n'était abordable que par un seul coté. Nous l'attaquâmes pendant la nuit, afin de surprendre les Indiens, car ils ne combattaient jamais après le coucher du soleil, qu'ils regardaient comme leur dieu, et n'avaient pas même l'idée de poser des sentinelles. Malgré cela ils montrèrent la plus grande valeur et nous tuèrent bien du mou de. Juan Pizarro , qui nous commandait , fut blessé à la tête d'un coup de pierre, dont il mourut quinze jours après. J'eus aussi deux ou trois côtes brisées , mais je fus rétabli en peu de jours. Je dois citer ici la conduite de Tinga chargé de la défense de cette forteresse. D'une taille gigantesque, il combattit long-temps avec une massue garnie de pointes de cuivre. Ses coups redoutables renversaient tous les assaillants. Jamais il ne fut possible de pénétrer dans les retranchements par le côté qu'il défendait. Voyant les Espagnols maîtres de la place, il lança au loin sa massue, et, se croisant les bras, il se jeta du haut des remparts dans un précipice, sans vouloir accepter la vie que ses ennemis lui offraient. Exemple d'autant

5a Les Aténîuèiës

plus remarquable , que cette nation est ordinairement faible et timide.

Quelques uns assurent avoir aperçu le glorieux apotre saint Jacques monté sur un cheval blanc et combattant à la tête des Espagnols , mais tant de bonheur n était pas réservé à un pauvre pécheur comme moi. Je n'ai rien aperçu, mais il est vrai que j'avais assez à faire de me défendre avec mon bouclier contre les pierres qui pleuvaient sur moi de tous les cotés. Cette faveur du ciel était réservée à d'autres , plus heureux et sans doute plus purs que moi.

Depuis la prise de la forteresse , nos affaires allaient toujours en s'améliorant. L'inga, craignant une famine, avait été obligé de renvoyer une grande partie de ses soldats pour cultiver les terres. Il ne nous attaquait plus, et se contentait de nous bloquer. Nous respirions donc un peu, et nous nous occupions à soigner nos blessures. Tout d'un coup nous apprîmes qu'on avait aperçu un corps nombreux d'Espagnols à peu de distance de Cuzco.

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