CHAPITRE II
Séjour de l'auteur à Goa.
a ville de Goa , métropole des possessions portugaises dans les Indes, renferme plus de 1 00,000 habitants. La grande ville de Mexico e n'avait pu me donner l'idée du luxe qui
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y rigne. On n'y voit peut-être pas tant d'or et d'argent qu'à Mexico , niais on y rencontre à chaque instant des caravanes d'éléphants et de chameaux couverts de tapis précieux. Le moindre gentilhomme rougirait de s'y montrer autrement que dans un palanquin et suivi de quinze ou vingt esclaves vêtus de soie. Des navires richement chargés arrivent des points les plus éloignés des Indes et encombrent le port; en un mot , c'est une nouvelle Tyr, qui a sur l'ancienne l'avantage de voir tous les édifices ' publics surmontés de la croix , emblème de notre salut.
Mon protecteur , Méndez de Silva , passait pour un des plus riches marchands de la ville. Il était père d'une fille charmante ; rien ne paraissait manquer à son bonheur. Mais c'était un nouveau chrétien , c'est-à-dire un de ces juifs qui ont fait semblant de se convertir, sous le règne du glorieux roi D. Emmanuel , pour ne pas être expulsés du Portugal. Il observait en secret les cérémonies de la loi de Moïse.
Mais, malgré tous ses efforts , il ne put se cacher aux yeux de l'envie , et fut dénoncé à la sainte inquisition. Un matin, lesalguazils entrèrent dans notre maison, s'emparèrent de tout ce qu'elle contenait , et nous traînèrent en prison. »
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Quelques jours après , Méndez , revêtu d'un san benito , faisait loruement d'un auto-üVfé, et tous ses liens étaient confisqués. Un des inquisiteurs , zélé pour la propagation de la foi, garda sa fille pendant quinze jours , afin de Tinstruire dans notre sainte religion , et l'envoya ensuite dans un couvent de religieuses ursulines, offrir sa virginité à Dieu en expiation des péchés de son père. Quant à moi , comme j étais vieux chrétien et que je ne possédais rien, l'inquisition me renvoya, après m'avoir fait faire amende honorable devant la porte de la cathédrale, pour avoir servi chez un juif.
Cette aventure me rendit le séjour de Goa désagréable. Je m'embarquai avec Thomas Lobo, dont le vaisseau était chargé de marchandises destinées à la grande foire qui se tient tous les ans à M a lacea. Nous y arrivâmes sans encombre , et nous jetâmes l'ancre à côté d'une grosse jonque qui ne nous offrait rien de suspect. Cette sécurité fit notre malheur. Au milieu de la nuit , nous fumes réveillés par des cris terribles : plus de cent Malais , armés d'épées empoisonnées, avaient envahi notre navire et massacré tous ceux qui se trouvaient sur le pont; ils avaient ensuite fermé les écoutilles, de sorte qu'il nous fut impossible de résister; ils ne nous laissaient sortir qu'un à un de
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l'entrepont et nous chargeaient de chaînes.
Cosa Geinal, qui les commandait* nous fit ensuite défiler devant lui. 11 choisit tous ceux, qui lui parurent de bonne défaite. Les autres eurent la tête tranchée et furent jetés à la mer. Il fit ensuite mettre le feu à notre navire, après en avoir tiré tout ce qui pouvait lui être utile. Sa joie ne fut pas de longue durée ; notre navire brûlait encore quand un vaisseau commandé par Antonio de Sousa et armé de trente pièces de canon parut dans la rade. Reconnaissaut le navire incendié pour Portugais , il ne douta pas que l'autre ne fut un pirate, le salua d'une volée de canon et ordonna l'abordage.
Cosa Geinal , revêtu d'une armure de mailles, combattit bravement à la tête des siens. Sa valeur était telle qu'il fut peut-être parvenu à repousser les Portugais; mais, profitant de ce qu'on nous oubliait dans la chaleur du combat, je tirai de ma poche un couteau qu'on m'avait laissé , et, m avançant lentement derrière lui , je lui coupai le jarret droit. Il tomba sur la face, . et aussitôt les siens se débandèrent et se jetèr rent à l'eau pour tacher de gagner la rive à la nage. Mais comme elle était encore assez éloignée et qu'ils étaient embarrassés du poids de leur armure, ils se noyèrent presque tous, Sousa fit aussitôt pendre aux vergues de *m na-
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Tire tous les pirates, morts ou vifs, qui lui tombèrent entre les mains, et entra ainsi triomphant dans le port de Malacca.