CHAPITRE VII
Séjour de l'auteur auprès de Natim-Khan.
es Tartares avaient remporté plusieurs grandes victoires sur les Chinois, et conquis déjà la moitié du pays. L'empereur avait levé une nouvelle armée, et s'avançait contre eux k marches forcées. Natim-Khan ne laissait pas d'être inquiet ; ce n'était pas qu'il ne méprisât avec raison les troupes du céleste empire : elles étaient hors d état de lui résister , mais il redoutait les éléphants, dont les Chinois avaient un grand nombre , parce que les chevaux craignent ces animaux , qui mettent facilement eii déroute la cavalerie tartare.
Natim-Khan me demanda si je ne connaissais pas quelque moyen d'effrayer les éléphants, et voici ce qu'il fit d'après mon conseil. L'armée chinoise s'avançait contre nous au nombre de cent mille combattants, précédée de cent vingt éléphants rangés sur une seule ligne.
Natim-Khan fit charger deux cents chameaux de fagots de paille et autres matières combustibles ; il les fit enduire de goudron depuis la
be Don Juan de Vargas. i53tête jusqu'aux pieds ; puis, après y avoir mis le feu, il les lança contre les éléphants. Ceux- ci , effrayés de cet incendie mobile , firent yolte face , et, sans que leurs conducteurs pussent \es arrêter, ils foulèrent sous leurs pieds l'infanterie chinoise. Natim-Khan la fit alors charger par ses Tartares, et en peu d'instants il fat maître du champ de bataille.
Après cette victoire, les Tartares marchèrent sur Nankin, et s'en emparèrent. Ce qu'on remarque de plus curieux dans cette ville , c'est une tour de la hauteur des clochers d'Europe les plus élevés , toute couverte en porcelaine. On y a suspendu une multitude de clochettes dorées , dont le son produit une espèce de carillon quand elles sont agitées par le vent. Cette ville renfermait alors plus de cinq cent mille habitants, et passait pour la plus commerçante de la Chine.
Je ne fus pas moins utile à Natim-Khan lors de la prise d'un château fort près de Nankin, où l'élite des troupes chinoises s'était retirée. Je fis remplir un chariot de sacs de noix , et je m'avançai déguisé en paysan chinois , suivi de plusieurs autres chariots dans lesquels étaient cachés des soldats tartares. En arrivant à la porte , j'eus soin , en arrêtant mon chariot pour que les Chinois puisent le visiter, de le
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placer dans la porte de manière à ce qu'on ne pût la fermer. Pendant la visite, je déliai un des sacs , de sorte que les noix se répandirent de tous les côtés. Les Chinois se précipitent pour les ramasser; les Tartares alors s'élancent hors des chariots le sabre à la main , et font main basse sur eux. Une fois maîtres de cette porte, nous donnâmes entrée à un corps de Tartares, qui attendait le résultat à peu de distance. Les Chinois se comportèrent bravement dans cette occasion ; ils se firent tous tuer,
Natim-Khan fut très satisfait de ce succès.
Il me fitpromener dans les rues de Nankin monté sur un cheval blanc et revêtu d'une pelisse d'honneur, et me donna le quart du butin qui fut fait dans la forteresse. Je me trouvai donc riche de 10,000 onces d'or et de 5o,ooo d'argent. Désireux de retourner en Espagne , où je pouvais vivre avec cette fortune à l'égal desplus grands seigneurs, jedemandaietj obtins mon congé, quoique Natim-Khan fît tous ses efforts pour me retenir. Il m'offrit même de me créer mandarin de la première classe ; peut-être aurais-je accepté s'il y avait eu des prêtres catholiques à sa cour. Mais comment rester dans un pays où je ne pouvais ni entendre la messe, ni me confesser à l'heure de la mort?
Parmi les ambassadeurs des rois vassaux de
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la Chine qui étaient Tenus à la cour de Natim- Khan l'assurer de la soumission de leur maître, se trouvait un envoyé du roi du Tonquin. Comme mon intention était de gagner Malacca, j'obtins de Natim-Khan un ordre pour cet envoyé de me conduire à la cour du roi son maître, et de protéger le reste de mon voyage* Quand je pris congé de lui, il m'embrassa les larmes aux yeux , et m'appela son ami ; il me donna encore tant d'étoffes et d'objets précieux, que je pus en charger plusieurs chameaux.