‹ Les aventures de don Juan de Vargas [pseud.] raconters par lui-même;Chapitre 6 sur 77 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Départ de V auteur pour Ternis titan. Il est pris par un corsaire de Barbarie et recouvre sa liberté.

près quelques jours d'une navigation heureuse, nous arrivâmes à la hauteur des Àçores. Nous nous ré- ( jouissions de cet heureux début, quand nous aperçûmes dans le lointain trois voiles que nous ne tardâmes pas à reconnaître pour des corsaires barbaresques. Notre capitaine fit tous ses préparatifs pour une résistance digne du nom castillan , ce qui n'était pas chose facile à bord d'un navire encombré de marchandises et de passagers hors d'état de porter les armes. Nous ne tardâmes pas à être assaillis. Nous résistâmes de notre mieux ; mais, après avoir combattu plusieurs heures et perdu la plus grande partie de notre équipage , il fallut céder au nombre. Les ennemis de notre foi

coulèrent notre navire , après en avoir enlevé les marchandises les plus précieuses et les hommes qui pouvaient être vendus avantageusement comme esclaves. Tous ceux qui furent jugés d'un mauvais débit, ainsi que les blessés, trouvèrent une mort humide au milieu des flots. Que Dieu et sa sainte mère leur soieut en aide !

Nous fumes conduits à Tetuan. Maldouado et moi nous fumes achetés parle même maître, marchand juif né a Séville, et que la crainte salutaire de la sainte inquisition avait forcé à s'enfuir au Maroc. Ce mécréant, bien loin de nous considérer comme des compatriotes , nous faisait souffrir mille maux , et semblait vouloir venger sur nous tous les porcs (marranos) de sa race qui ont été brûlés sur la grande place de Séville. Aussi depuis ce jour je n'ai jamais vu brûler un juif sans me dire avec quel plaisir je verrais à sa place ce coquin d'Isaac.

Nous avions cependant un avantage sur nos compagnons d'infortune : comme notre maître n'était pas musulman, il nous laissait tranquilles sur le chapitre de la religion , tandis que les Maures faisaient souvent essuyer aux esclaves chrétiens les traitements les plus affreux, pour les forcer à renier la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ.

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Ce juif avait amené d'Espagne sa jeune fille nommée Rébecca. Comme, pour se soustraire à la sainte inquisition , Isaac , lorsqu'il habitait Séville , feignait d'être chrétien , il avait fait élever sa fille dans notre sainte loi, qu'elle avait sincèrement embrassée. Quand Isaac se fut décidé à s'établir en Afrique avec l'or dont il avait dépouillé les chrétiens par les usures , il avait ouvertement professé sa maudite loi et voulu forcer sa fille à faire de même ; elle s'y était refusée , c'est pourquoi il l'accablait de mauvais traitements. Rébecca se confia à nous, et nous dit combien elle désirait se rendre en terre chrétienne, si nous voulions favoriser sa fuite. Elle ne parla ni à des niais ni à des sourds , et comme elle savait le moyen de puiser dans le coffre-fort de son père, elle nous fournit de l'argent pour gagner un homme qui devait nous attendre à la porte de la ville avec trois chevaux. Une belle nuit , quelques coups de poignard nous assurèrent du silence du père. Nous nous laissâmes couler du haut des remparts au moyen d'une corde , et en peu d'heures les pieds légers de nos chevaux nous eurentportés aux portes de Ceuta , où le valeureux D. Lope Manrique, qui y commandait au nom de Sa Majesté, nous fit la meilleure réception.

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Rébecca reprit son nom chrétien d'Isabelle.

Sa beauté avait touché mon cœur ainsi que celui de Haldonado ; tous les deux nous voulions l'épouser, et nous étions sur le point de vider cette querelle les armes à la main , quand un pieux religieux de la Merci, qui était venu à Ceuta pour racheter des esclaves chrétiens , nous décida à remettre cette question à la décision du Ciel. Nous jetâmes les dés, et quoique j eusse promis un cierge de trois livres à Notre-Dame d' Atocha si j'étais favorisé par le

sainte patronne me pardonne les imprécations dont je la chargeai à cette occasion! Le Ciel sait mieux que les faibles hommes ce qui leur convient : Maldonado,quej'ai rencontré depuis aux Indes , m'a raconté que , peu de temps après , elleîavaitquitté, après avoir dévalisé la maison, poursuivre un renégat qui la conduisit à Fez. Ainsi, après tout, ce fut moi qui fus le gagnant: c'est pourquoi j'ai ordonné dans mon testament qu'on offrît un cierge de trois livres à Notre- Dame d' Atocha.

N'ayant plus rien à faire à Ceuta , je m'embarquai de nouveau pour Séville. Mais l'impossibilité d'y subsister me força à prendre parti dans une nouvelle expédition que l'on préparait pour le Mexique. Je m'embarquai à

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San-Lucarsur la Santa-Engracia, et environ trois mois après je débarquai à Vera-Cruz.

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