CHAPITRE VI
L'auteur est obligé de s'enfuir pour avoir tué en duel un de ses camarades.
es troupes espagnoles vivaient à Naples dans la plus extrême licence, el c'est avec un vif repentir que je pense aujourd'hui à la vie que nous y menions. Grâce à Dieu et à ma sainte patronne, je ne cessai pas cependant de fréquenter les églises, et de fuir la conversation des hérétiques qui remplissaient les troupes allemandes dont la garnison était en partie composée. Ils se
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raillaient même de nos saintes pratiques, et les querelles devinrent si fréquentes que le viceroi, qui les protégeait, au mépris de Dieu et de saint Janvier, patron de la bonne ville de Naples, envoya notre compagnie tenir garnison à Gaëte , d'où elle partit bientôt après pour Milan.
Je ne décrirai pas cette ville, non plus que celle de Naples. Je ne ferai pas comme certains soldats retirés, qui ne savent parler que d'Italie et de Flandres, et qui vous en assourdissent constamment les oreilles. J'ai parcouru tant de pays éloignés et peu connus, que je laisse ce soin à ceux qui n'ont pas autre chose à dire. Nous ne vivions pas mieux & Milan que nous n avions fait à Naples. Si nous étions peu scrupuleux sur les moyens de nous procurer de l'argent, il ne moisissait pas dans nos poches, et les tables de jeu en absorbaient la majeure partie.
Un jour il s'éleva une dispute sur un coup douteux entre moi et don Estevan de Rada, l'autre enseigne de ma compagnie. Il osa me donner un démenti, et bientôt mon épée lui eut prouvé qu'un Vargas n'en souffre pas. Il tomba, et j'allai me cacher chez quelques amis, qui me donnèrent les moyens de gagner Gênes. Il me restait encore assez d'argent pour payer mon
2i Les Aventures
passage à bord d un vaisseau qui partait pour Séville. J'avais tout lieu d'espérer que mon affaire était apaisée , et d'ailleurs je n'avais pas le choix. Je partis donc , et en anivant j'appris de tristes nouvelles. Mon oncle le chanoine était mort, et l'on n'avait rien trouvé chez lui de quelque valeur. Une vieille femme qui le soignait et faisait sa cuisine prétendit que c'était bien naturel, parce qu'il donnait tout aux pauvres : il fallut bien se contenter de cette excuse. Ma veuve avait perdu son protecteur et avait épousé un riche boucher. Je n'avais rien à attendre de mes parents, qui avaient euxmêmes bien de la peine à vivre. Je ne savais que devenir, quand je rencontrai sur la plage de San-Lucar un de mes camarades de Naples.
Il me parla d'un nouveau pays, nommé Ternistitan, que Fernand Cortez, gentilhomme d'Estramadure, venait de découvrir dans les Indes.
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Le bruit courait à Séville qu'on y avait ti vé des villes toutes d'or et d'argent , et où les instruments les plus vils étaient couverts de pierreries. Un vaisseau , envoyé par Cortez , venait d'arriver, chargé de présents pour l'empereur, et celui qui le commandait cherchait des hommes de bonne volonté. La proposition était tentante pour un gentilhomme sans ressources et qui avait des difficultés avec la jus-
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tice. Je me laissai donc entraîner sans peine par mon ancien camarade, quise nommait don Luis Maldonado.