LX TRAHISON
Gibooart sort dn balUer avec aea ■oixanta hommM [p. 131).
Vous lui enlèverez les dents et la barbe de l'émir, puis vous irez dire à l'empereur que Huon est de retour, mais qu'il ne s'est point acquitté de son message et que vous l'avez enfermé dans un cachot, en attendant que Charlemagne fasse connaître sa volonté. L'empereur hait votre frère, il le fera pendre. »
Gérard se rendit en toute hftte et l'abbaye et donna À son frère le baiser de Judas. « Huon, 8'écria-t-0, soyez le bienvenu ! Sainte Marie I que vous êtes demeuré longtemps outre-mer I » Les deux frères s'assirent côte à côte et Huon raconta à Gérard tout ce qui s'était passé depuis son départ ; il lui révéla même où Obéron avait caché la
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barbe et les quatre dents de Témir. Gérard se fit montrer Jérôme, se promettant bien de lui ravir ces précieuses reliques. De son côté, il raconta à Huon son mariage avec la fille de Gibouart. « Je connais son père, dit Huon. Hélas I frère, vous avez épousé la fille d'un traître. — Non, sire, vous vous trompez, Gibouart est un homme loyal. »
Après le souper, Huon prit l'abbé à part : « Sire, lui dit-il, j'ai amené avec moi de grandes richesses, je vous prie de me les garder et de ne les rendre qu'à moi-même. — Volontiers, sire, » répondit l'abbé.
Cette nuit-là Gérard ne dormit guère. Bien avant l'aube, il appela son frère : « Il fait bon cheminer le matin, lui dit-il; le coq a déjà chanté. Faites diligence, frère. » Huon se lève promptement et va éveiller ses gens: « Debout, seigneurs I II est temps. » Les chevaliers s'apprêtent, Esclarmonde s'habille à la hâte, et la petite troupe se met en chemin. Gérard prend les devants avec Huon. Il l'accuse de vouloir garder tout l'héritage de leur père. « Frère, que dites-vous ? répond Huon. Vous savez bien, beau doux sire, que vous aurez la moitié, non seulement de mon héritage, mais de toutes les richesses que j 'ai rapportées d'outre-mer. — Cela ne me suffit point, je veux être duc comme vous, et pouvoir tenir ma cour avec mes barons. — Je vous l'octroie volontiers, Gérard. Vous plalt-il de garder Bordeaux ou Gironville, beau sire ? »
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Ils chevauchent maintenant dans le bois où Gibouart est caché. Gérard pousse son cri de guerre ; Gibouart sort du hallier avec ses soixante hommes d'armes. Ils fondent sur les chevaliers qui escortent Huon, les tuent et jettent leurs cadavres dans la Gironde. Gérard attaque Jérôme, lui ouvre le côté et en retire la barbe et les quatre dents de Fémir ; il lui lie les pieds et les mains, les autres en font autant à Huon et à Esclarmonde, et ils les emmènent à Bordeaux. « Dame, dit Huon à sa femme, comme ils approchent de la cité^ c'est en captive que vous pénétrez dans votre ville ! » Ayant enfermé leurs prisonniers dans un sombre cachot, les traîtres courent à l'abbaye, où l'abbé refuse de leur livrer le trésor de Huon. Ils le mettent à mort; alors les moines, épouvantés, leur laissent emporter tout ce qu'ils veulent. Ils élisent un nouvel abbé, assez méchant pour être digne de leur choix, et l'emmènent avec eux à Paris, où ils se rendent chargés d'or et d'étoflFes précieuses qu'ils veulent oflFrir à l'empereur.
Arrivés dans la grande cité, Gérard et Gibouart vont droit au palais. Ils font à Charles et à la reine des dons magnifiques; barons, écuyers et sergents reçoivent des présents de moindre valeur. Seul, le duc Naîme refuse obstinément les lar. gesses de ces seigneurs, dont il se défie. « Quelle affaire vous amène, sire Gérard? demande l'empereur. — Sire, j'ai peur de vous la révéler, r^-
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pond Grérard ; toutefois, mon honneur m'ordonne de parler et je mets mon honneur au-dessus de tout. — Vous avez raison, répond Charles. — Sire, je suis votre homme lige, je ne dois avoir souci que de votre bien,^înais ce que j'ai à vous conter mettra le deuil parmi vos barons; moi-même j'en ai le frisson au cœur. . . — Voilà de trop longs discours, Gtérard, dit Naime en l'interrompant; allez au fait.
— Voici donc ce que j'ai à dire : je me trouvais l'autre jour à Bordeaux, en ma maison ; ma porte était grande ouverte et je regardais du côté du pont-levis. Soudain, je vis arriver mon frère Huon, accompagné d'une dame et d'un vieillard. Je fus ébahi en apercevant Huon ; toutefois, j'allai audevant de lui et je lui fis bon accueil; après quoi, je lui demandai s'il s'était acquitté de votre message au roi Gaudisse : il me répondit d'une façon fort embarrassée. Saisi d'effroi, je ne savais que faire; je réfléchis que j'étais votre homme lige et que je devais vous rendre compte de tout ce qui touche à mon duché. J'ai donc emprisonné mon frère, sa femme et son compagnon et je viens vous l'avouer; vous ferez ce que vous jugerez bon. — C'est pair trahison que Grérard en a agi ainsi avec son frère, » murmurent les barons.
« Écoutez-moi, Français, dit l'empereur : Grérard est otage pour son frère; je le somme de me le livrer, sinon il sera pendu lui-même. Qu'en ditesvous, Naime? — Sire, ce m'est avis que Grérard
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est un traître. — Sire, dit Gérard, cela vous plaît à dire, mais j'ai des témoins de tout ce que j'ai avancé : ce vénérable abbé et mon beau-père Gibouart. — Il n'a dit que la vérité, s'écrient ces derniers. — Par ma foi, dit le duc Ncdme, vous êtes tous des larrons... Sire empereur, ce traître a jeté son frère en prison et il a l'audace de venir vous le conter I C'est là une chose incroyable. Par notre Seigneur I si j'avais un frère banni de France et qu*il fût revenu un jour chez moi, je me fusse frouvé bien méprisable de l'enfermer dans ma prison et de l'accuser à votre cour. Voici comment j'aurais traité ce frère : je lui aurais fait bonne chère pendant trois ou quatre jours, puis je l'aurais laissé partir. Cet homme n'a en lui aucune loyauté ; il mérite d'être pendu, et Gibouart et l'abbé à ses cMés. Je jurerais que ce sont de faux témoins I »
A l'ouie de ces paroles, Grérard p&lit ; il regrette de s'être engagé dans cette affaire, mais il ne peut plus reculer. Il maudit en son cœur Gibouart qui Ta si mal conseillé. « Sire, dit-il à Naime, vous avez grand tort de parler de moi comme vous le faites; je ne sais pourquoi vous me baissez. — Par ma foi! c'est pour votre méchanceté... Sire, ajoute Naime s'adressant à l'empereur, allez à Bordeaux avec vos barons : vous tirerez Huon de sa prison, vous l'interrogerez et vous apprendrez ainsi la vé^ rite. — Nous irons à Bordeaux, » dit l'empereur.