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LES PRIÈRES PUBLIQUES

C'était si incroyablement folâtre au moment même où Thiers refusait la mise en liberté de l'archevêque en échange de celle de Blanqui, que je ne pus m'empècher de m'en réjouir ainsi dans le Mot d'Ordre :

Molière, où es- tu? Pourquoi être mort si jeune, mon bon

Poquelin? L'Assemblée de Versailles, qui pulvérise nos maisons, qui fusille nos gardes nationaux prisonniers et qui demande tous les matins quarante mille têtes parisiennes, vient de voter à la presque unanimité une mesure destinée à écarter définitivement les maux qui désolent notre pays. On va prochainement ordonner sur tout le territoire français, quoi? La levée en masse? Un impôt forcé pour arriver, en payant immédiatement les cinq milliards, à se débarrasser de la vermine prussienne? Jamais! On vient de voter des prières publiques.

Le général Du Temple — un beau nom pour un homme qui aime à s'agenouiller dans les églises — a été encore plus loin. Il n'a pas hésité à déclarer que tous nos malheurs venaient de ce qu'on ne jeûnait pas assez. Aussi, indépendamment des prières, a-t-il énergiquement demandé des jeûnes.

J'ignore dans quel bénitier ce Du Temple-là a couché pendant le siège; mais, s'il était resté à Paris, il aurait pu s'assurer qu'on y a accompli une série de jeûnes sans précédent. A l'heure même où j'écris ces lignes, nos convois de vivres sont arrêtés sur plusieurs lignes par M. Thiers, et nous payons la viande de boucherie deux francs la livre, ce qui oblige la plupart des ménagères à un jeûne qui réjouit peut-être l'âme séraphique du général Du Temple, mais qui, loin de modifier jusqu'ici notre situation douloureuse, contribue à la compliquer.

Ces vampires, conseillant le jeûne à une ville qu'ils tâchent d'affamer par tous les moyens possibles, sont plus hauts que la colonne Vendôme en attendant qu'on les culbute comme elle. (1 est probable qu'ils s'étonnent de ne pas nous voir accepter avec joie leurs obus comme Tartufe recevait la discipline par esprit de contrition.

Si Jésus-Christ n'est pas suffisamment apaisé par les six mois de jeûne que nous avons déjà dans l'estomac, il faut reconnaître que c'est un paroissien bien difficile à contenter. Et si nous consentons à continuer ce système d'alimentation qui nous a si mal réussi, c'est à la seule condition que les donneurs d'eau bénite versaillais, général Du Temple en tète, nous donneront fexcmjile du jeûne en verni :>

sant dans les caisses publiques, comme appoint au paiement de l'indemnité prussienne, leurs traitements de dé putes; que le gros Picard, qui mange comme quatre, renoncera a ses effroyables émoluments de ministre, et que le petit lhiers offrira à Dieu, avec les moellons de son hôtel ses six cent mille francs d'appointements.

C'est égal! quels hommes que ces batteurs en brèche' Avoir tant à faire avec nos fortifications et s'occuper encore de nos mortifications !

Henri Rochefort.

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