‹ Les aventures de Mademoiselle MarietteChapitre 22 sur 29 · PES FE · texte numérisé non relu

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C’en était fait de Mariette pour la vie. Apres un an de souffrances cachées, de travaux, de peines, de chagrins, il | arrivait à un succès, et Mariette ne récompensait pas ce succès. Lui qui aurait donné toutes les femmes de la terre pour dire à Mariette combien il l’aimait encore, voilà quelle était sa récompense! Son nom avait été salué par une foule immense, et Mariette n’était pas venue se jeter à ses pieds ! A partir de cette soirée, il était un nouvel homme, plein de santé et de joie, pouvant vivre d’une vie facile, et Mariette était restée à l'écart!

« Qu'est-ce qu'il faut donc aux femmes? » se disait Gérard.

Une voix lui répondait :

« Tu t'es perdu par ton amour-propre ; Mariette t'aime encore, mais tu devais aller à elle, la mettre de moitié dans ton triomphe : si elle aime l'argent, tu pouvais maintenant satisfaire ses goûts, ses fantaisies. Pourquoi es-tu resté dans ta loge, solitaire? »

Alors les plans les plus beaux se dessinaient dans l’esprit de Gérard. C'était une voiture qu’il fallait à la porte du théâtre : profiter du succès de la pièce, dès le débnt, pow faire sa paix avec Mariette, ne pas la quitter d’un moment, l'inviter à sortir pendant un entr’acte, l'enlever et l’emme-. ner dans une petite maison, meublée avec luxe, où Mariette aurait logé désormais,

Mais l’argent pour ces beaux plans!

Car Gérard avait vécu, depuis un an, des avances fartes sur sa féerie ; quoique menant une vie simple, les trois mille francs prêtés, joints à quelques mille francs de dettes indispensables que nécessite tout début dans les arts, n’étaient pas loin d’engloutir ce que rapporterait la féerie, malgré son grand succès.

Il n’y a point de succès moins productif que le premier grand succès au théâtre : il sert tout au plus à éponger le passé. Gérard était dans la position de tous les gens sans fortune, qui dépensent dix ans de leur vie à crever de faim, à se nourrir d'illusions, et qui font leur chemin, au bout de cette dure étape d'épreuves, si l’estomac a résisté.

Ainsi les rêves d’argent étaient de simples rèves : il ne restait que de la gloire à offrir à Mariette. En ce moment, Gérard se sonvint de la Paquita et des confidences du directeur du théâtre : pourquoi avait-il refusé l'invitation de cette folle créature, qui, peut-être, lui aurait fait oublier Mariette ?

Alors 1l pensa qu'il n’avait pas vu les acteurs, et que l’usage était de les remercier après la représentation ; il courut à toutes jambes dans la direction du théâtre, avec l’espoir de rencontrer encore la Paquita. Il arriva tout effaré chez le concierge, qui lui apprit que l’actrice venait à l’instant de partir en voiture.

Gérard s’en alla plus triste que tout à l'heure.

« Je remercierai les acteurs demain, se dit-il. Aujonrd’hui je suis de trop mauvaise humeur, et je me sens capable de leur dire qu’ils sont réellement exécrables. »

Pendant les huit premières représentations de la féerie, Gérard, qui allait presque tous les jours faire un tour au théâtre, aperçut Mariette, qui ne manquait pas une repré= sentation. Elle applaudissait comme si elle avait été payée

par l'administration, et Gérard sentait l'espoir renaître dans *

son cœur; malgré tout, il n’osait aller la trouver dans sa

loge, car elle amenait à chaque représentation des figures 70 n NA 1 fau ARE pi

nouvelles. Gérard se disait que Mariette, fière du succès

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de la féerie, était heureuse de prouver qu’elle avait été aimée par l’auteur.

Chaque représentation apportait un nouveau triomphe à Coquinet, qui, maître de lui, se surpassait chaque soir. C'était à lui maintenant que s’adressaient les bouquets ré servés habituellement aux'actrices; Gérard s’amusa plus

, d'une fois, dans la loge de l’acteur, à lire de nombreux petits billets de femmes cachés dans les fleurs adressées à Coquinet.

Rien n’est plus facile aux comédiens que de se laisser embarquer dans toutes sortes d’aventures galantes devant lesquelles ne reculent ni les riches bourgeoises ni les grandes dames. Mais les comédiens de talent qui ont pu, dans leur jeunesse, être entraînés à de telles aventures, sentent bien que leur talent ne saurait tenir contre des nuits toujours nouvelles et imprévues.

Coquinet, tout en riant des amours faciles qu’allumait son œil noir, n'eut pas la force d’y résister. Il passa bientôt, du boulevard du Temple au boulevard des Italiens, pour le plus intrépide séducteur du théâtre : on parlait de ses bonnes fortunes et de sa beauté plus encore que de son talent.

Gérard seul occupait autant de place dans les cancans de coulisses que Coquinet ; car le directeur avait parlé de sa passion pour la femme de l’avant-scène. La Paquita en fut blessée, et bientôt tout le théâtre, depuis le soufileur jusqu’à la dernière figurante, remarqua que Ma riette n'avait pas manqué une des huit premières representations de la féerie. Chacun disait à Gérard son petit mot sur la passion profonde qu’il inspirait à la jolie femme inconnue ; et Gérard soupirait, sentant combien Mariette l’ai-

mait encore, mais combien la réconciliation serait difficile.

Un matin, madame Pierre prévint Gérard de ne pas manquer d’aller le soir au théâtre, que Mariette l’avait bien recommandé, qu’elle l’attendrait seule dans la petite avant scène grillée du rez-de-chaussée, Gérard poussa un cri tel que la vicille le jugea fou.

Enfin Mariette revenait la première !

Quelle joie ! Gérard courait par sa chambre, remuait tout, ne trouvait rien pour s'habiller ; 4 dix heures du matin, il avait fait une toilette comme s’il était invité à la cour. Il courut chez ses amis avec la mine heureuse d’un homme qui n'aurait jamais souffert de sa vie.

Mariette l’attendait seule !

Ce jour-là 1l dinait en ville ; malgré sa joie, il fut désagréable aux gens qui l’invitaient, Il ne tenait pas sur sa chaise, regardait là pendule à toute minute; il se plaignait de la lenteur du repas. Enfin il se sauva au dessert, ne voulant rien entendre.

[l arriva au théâtre longtemps avant l'ouverture, et il ft au directeur de grands reproches sur le retard qu’on faisait subir aux curieux qui faisaient queue à la porte. Le directeur, ne comprenant pas cette extravagance, laissa Gérard sur la scène, l'œil collé au judas de la toile, On jouait une petite pièce avant la féerie ; plus d’une fois les gamins du paradis crièrent après Gérard, qui, dans les coulisses, se montrait presque en scène, pour s'assurer que Mariette était arrivée.

Le premier acte était à peine commencé, que Mariette

baissa elle-même la grille de sa loge, afin que Gérard, s’il

était dans la salle, pût la remarquer. En une seconde il fut auprès delle,

« Que tu es gentil, Gérard, d’être venu ! dit-elle en lui prenant les mains.

— Tu as quelque chose à me dire ? »

Mariette ne répondit pas et regarda Gérard, qui baissait les yeux.

« Sais-tu que tu es mieux depuis ton succès ? tu as meil leure mine.

— J'ai pourtant bien souffert! dit Gérard.

— Je t’ai beaucoup aimé, dit Mariette, et je ne m’en repens pas; à la première représentation, les applaudissements m’allaient au cœur... Tu as eu du bonheur d’avoir un pareil acteur.

— N'est-ce pas? dit Gérard. C’est un garçon qui ira loin.

— Est-il bien à la ville? demanda Mariette.

— Charmant! »

Mariette passa brusquement à un autre ordre de questions, se fit raconter dans de grands détails la mort du petit chat, et, pendant une heure, le passé se déroula, doré, aux yeux de Gérard. Comme Gérard parlait à voix basse à Mariette, 1l était obligé de s'approcher d’elle ; quelquefois les cheveux de Mariette lui touchaient la figure, et il frissonnait comme pour une femme aimée, qui lui eût accordé ses plus grandes faveurs ; la voix de Mariette l’enivrait. Il ne se savait plus au spectacle, mais dans un septième ciel, Cependant le tumulte du publie, qui sortait pendant un entr’acte, le rappela à la réalité. Il demanda à Mariette pourquoi elle l'avait fait appeler.

« J'ai quelque chose à te demander.

— Vraiment! dit-il en lui pressant la main,

— Mais je n’ose.

— Puis-je te refuser quelque chose ?

— Eh bien ! dit-elle en se penchant à son oreille, de sorte que ses cheveux brülaient les joues de Gérard, me prometstu que tu me rendras le service que je te demande ?

— Je te le jure! |

— Mon ami, dit Mariette, je voudrais souper avec Coquinet.

— C'est facile, dit Gérard : je vais commander en face le souper, et ce soir nous irons tous les trois.

— J'aurais mieux aimé, dit Mariette en hésitant un peu, souper seule avec Coquinet. »

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II. Deux soirées bien employées . . . . . . ie 00 IT. De l’amitié dans ses rapports avec l'amour, . , . , . 35 IV, De la sincérité chez la femme, . . . , . . . ire

V.= Intérieur de our ee A EE Po 0 VI. Amours -méconnues niet tattoo 001 MIA Crise Harloweautabus Re en VIT AEe cabaret nocturne re 00 IX. Mariette a des attaques de nerfs . . . . . . . . . . 96 4 X. La vie de province. . , . . . ee eee JU c XT.- ConvélesCence sr me er nee ce LC XII. .Causores du coin dufén CLR CR 00128

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