‹ Les aventures de Mademoiselle MarietteChapitre 21 sur 29 · Ë LA | 4 | À · texte numérisé non relu

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Pensez qu’elle vous sacrifie son Russe, qui l’attend ce soir comme d'habitude.

— Dites à mademoiselle Paquita combien je lui suis obligé; mais 11 m’est impossible d'accepter son invitation.

j — Allons, dit le directeur, vous êtes jeune encore, je | vois que vous gagnerez difficilement vos vingt mille francs par an : Vous aimez sans doute quelque bourgeoise ?

— Tenez, dit Gérard en montrant Mariette, regardez celle “que vous appelez bourgeoise,

— Une belle créature! s’écria le directeur, je l'avais déjà remarquée ; toute la salle se demande quelle est cette princesse qui fait si bonne mine à l’avant-scène. Vous n’a vez pas mauvais goût, et la Paquita en sera jalouse. Je vous quitte, mon cher Gérard. Bonne nuit donc. »

Gérard soupira, et continua à regarder Mariette, qui avait reçu, pendant l’entr'acte, Thomas dans sa loge, et qui semblait chercher quelqu'un dans la salle. Un moment Gérard eut l'idée de baisser la grille de sa loge; mais il craignit de faire montre d’amour-propre en s’exposant trop directement aux regards des curieux.

Le cinquième acte commença ; il y eut un moment d’hésitation dans le public; une scène longue et inutile faisait oublier les applaudissements du commencement. Le public est un tyran qu'il faut toujours amuser ! Gérard sentait une sueur froide sur tout son corps, il ne respirait plus, il entendait comme un murmure &’ennui parcourir l'assemblée. Ses amis, qu’il avait placés à l’orchestre, étaient froids ; Mariette passait sa main sur sa figure, comme pour comprimer

un bâillement.

Heureusement, cette scène, jouée par deux acteurs médiocres, fat coupée brusquement par Coquinet, qui changea en un clin d’œil les dispositions du public. De=

puis son entrée jusqu’à la fin, la féerie marcha joyeusement.

Coquinet, rappelé par deux mille voix, vint prononcer avec émotion le nom de Gérard, qui, à ce moment, disparut de sa loge grillée dans un état fiévreux, tel qu’il n'en avait jamais éprouvé de pareil. [l avait besoin d’air : il courut sur le boulevard ; à peine eut-il franchi le seuil du théâtre, qu’il se trouva entouré de ses amis et d’une foule de gens qu'il n'avait jamais vus, qui se disaient ses intimes, qui l’appelaient par son petit nom, et lui serraient les mains à les rompre.

Les vingt personnes qui entouraient Gérard formerent bientôt un groupe considérable, par la raison que tous ceux qui sortaient du théâtre s’arrêtaient. On n’entendait dans l'air que voltiger des compliments et d’énormes flatteries, qui mettaient Gérard mal à l'aise; mais il donna un violent coup de coude à ses admirateurs, qui allaient l’étouffer, et parvint, non sans peine, à sortir du groupe. Mariette était là : Gérard l'avait devinée.

« Ah ! mon ami, lui dit-elle, quel plaisir tu m’as fait ! »

Et elle lui prenait la main en la pressant doucement à plusieurs reprises. Gérard aurait voulu mourir sur la place, tant il était heureux! Il pouvait à peine répondre à Mariette.

« Eh bien! Mariette, dit tout à coup un élégant jeune homme qui la suivait, la voiture vous attend. »

Gérard fut brisé en deux par ce mot,

« Adieu, lui dit Mariette, tandis que de sa petite mam gantée elle lui disait : Au revoir ! »

À partir de ce moment, le boulevard, qui était si animé encore à cette heure, parut à Gérard un affreux désert, froid et noir. [l se sauva dans la direction de la Bastille, heureux de porter ses mélancolies dans l'obscurité.

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