BAUME
En effet... mais vous m’expliquerez...
MARGARITA
Peut-être... si vous vous ouvrez à moi, franchement, sincèrement, sans détour, la voix ferme, le regard assuré, comme le •ont ma voix et mon regard.
ISAURK.
Est-ce que ma voix tremble? est-ce que mon regard se baisse devant le vôtre?
MARGARITA
Bien : j'ai confiance en vous, et je voudrais aussi vous inspirer toute confiance; 1a démarche que je tente près de vous est étrange, je le sais; mais il y va d'un intérêt si grand que je n'ai pas hésité A U faire.
ISaURE.
Je vous écoute.
MARGARITA
Y â-t-il longtemps que vous connaissez le comte Leoni?
ISAURE
Mais...
MARGARITA
De grâce, répondu.
ISAURE
Soit. Il y a deux mois, environ.
MARGARITA
Et depuis ce temps, le comte s'est montré très-empressé, trèsassidu, n'est-ce pas?
ISAURE
J’en conviens.
MARGARITA
Cest tout simple! vous êtes jeune, vous êtes belle, il vous ai met
ISAURE
Mais enfin...
MARGARITA
Oh! il vous aime, il vous aune, voua dis-je I.... si vous en doutez, je le sais, moi!
ISAURE, Avec turpritt.
Ah!
MARGARITA
Et vou«, Mademoiselle, l'aimez-vous? (New.) Vous vous taisez?. Oh ! je comprends, il est de ces avei.x qu'une jeune fille ne peut pas faire... Mais, dites-moi, épousez-vous le comte Le>»ui de votre plein gré, liorement, sans contrainte?
MAURE
Oui... de mon plein gré, libr-ment, sans contrainte... Mais, à mon tour, je vous demanderai quel est votic but eu m'adressant ce» questions?
MARGARITA
Mon but est de vous montrer l'ablme nu vous vous précipitez oHemcnt; mon but est de vous é;>argner, au prix d'une douleur passagère, tout un avenir de honte, de désespoir et de tortures!
ISAURE, KM (UCi&ucit.
En vérité! voilà une charité bien exemplaire! Ainsi donc, selon vous, le comte...
MARGARITA
Le comte!... {kM+mhot.) Voici une jeune fille sérieuse, intelligente. élevée au milieu du monde, habituée à lire sur tous les visages, et depuis deux mois cette jeune fille — que faisait-
elle de son esprit et de ses yeux? — a pu se laisser abuser
chaque jour, à toute heure, par uo homme indigne de son estime!
ISAURE
Qu'osez-vous dire?
MARTIRITA.
Si vous ne me croyez pas, interrogez votre mémoire, rappelez vos souvenirs. Il est impossible que vous n'ayez pas observé chez cet homme des choses étranges, inexplicables! Quoi! jamais une distraction, jamais une absence ! Quoi ! jamais un geste, jamais un regard, jamais un mot suspect, n’ont excité voire surprise et éveillé votre défiance?... En vérité, vous êtes bien aveugle... ou il est bien habde!
ISAURE, I p» ri.
Son assurance me trouble malgré moi.
MARGARITA
Vous n’avez jamais remarqué que de subites terreurs agitaient son âme, et que parfois, en vous pariant d'ailiour. il avait l'oreille aux écoules, l'œil aux aguets?
ISAURE
Mais, à ce compte, celui dont vous parlez serait uo malfaiteur!
MARGARITA