I .'ai-je dit
ISAURE
Non, mais vous direz ce qu'est cet homme, tout ce qu'il est, tout ce qu'il a fait.
MAHGARITA, 4 part.
Grand Dieu ! ce serait le perdre I et je ne veux pas sa mort, moi!
ISAURE
Vous ne répondez pas?
MARGARITA, traoblA».
Que puis-jt ajouter de plus?
ISAURE
Quoi! vous vou« taisez! vous n’avez pas une preuve à me dorner à l’appui de vos paroles? Quelle confiance voulez-vous que je vous accorde? Oh ! je le vois, votre intérêt seul vous guide... Je sais lire sur les visages, dites-vous! Eh bien! voulez-vous que je vous dise ce que je vois, moi, sur votre visage et dans votre regard?
Que voyez-vous?
ISAURE
Que vous aimez le comte... qu’il vous a aimée peut-être, puis dé'iissée... trahie... que sais-je!... et que vous vous vengez de lui en cherchant à le perdre dans l’esprit d’une rivai
MARGARITA
Quand cela serait?
ISAURE
Vous l’avouez? quoi! vous seriez jalouse d‘un malfaiteur I... mais alors quelle femme êtes-vous donc?
MARGARITA
Je suis ce que la nature et le hasard m’ont faite, et quand j'ai tenté de vous convaincre, je raisonnais selon vos idées, non selon les miennes; pour penser et sentir comme moi, êtes-vous née comme moi sur la terre nue, d’une mère expirant d'inanition et de désespoir? avez-vous, comme moi, grandi au milieu d'une troupe de proscrits, dans des rochers sauvages, les pieds dans la neige, le front fouetté par la bise? Avez-vous, comine moi, souffert de la faim et de la soif, et pendant vingt ans d'une vie maudite, déchiré vos pieds à toutes les ronces du chemin, froissé votre cœur à tous les mépris des hommes? Vous n’avex connu de la vie que ses enchantements et ses délices; je n’en ai connu, moi, que les angoisses et les misères... Vous riiez quand je pleurais, vous chantiez quand je gémissais: quand je blasphémais vous glorifiiez Dieu)... Vous voyez bien que nous ne sommes ni (lu même sang ni de la même race; que nous ne pouvons avoir ni les mêmes sentiments ni les mêmes opinions; ce qui est pour vous la vérité, est pour moi le mensonge : j'ai mes préjuges, vous avez les vôtres... gardez-les, je les dédaigné et ne les envie pas!
ISAURE
Vous m'attira et vous me rc[tou**ex tout à la fois; j'ai pitié de vous, et vous me faites peur!
MARGARITA
Cela doit être : vous haïssez ce que j'aime, et mol j’aime ce que vous haïssez... seulement, il y a en nous celte différence, et il m'est permis d’en être fière ! c’est que je n'aime ni ne liais à moitié, et que mon amour est vivace et constant comme ma haine!
ISAURE
Que vnulei-vous dire?
MARGARITA
Je laisse aux filles des villes, moi, libre enfant des montagnes et des boi.*, ces dévouements ttèdcs et ces attachements éphé-
mères, qui s’épuisent aussi facilement qu'ils naissent, et qui se portent d'un objet à un autre sans regret comme sans eflort.
ISAURE
Si c’est b moi que vous fuites allusion...
NAWUMTi.
Et qui donc avait juré à M. de Simiane un attachement éternel T
ISAURE
Quoi I vous savez?
Ah!... A mon tour je dirai : Vous l’avouez, enfin!
ISAURE
Dieu m’est témoin que la mort seule a pu rompre les liens qui tn’tm retient à M. de Somalie.
MARGARITA
La mort seule, dites-vous?
ISAURE
Oui, la mort.
MAIlGAfUTt.
Ile sorte que si M. de Simiane vivait encore...
ISAURE
S’il vivait!... mais à quoi lion ces puériles et douloureuses suppositions!...
MARGARITA, A m anxiété.
Vous avez dit : s’il vivait...
ISAURE
Taisez-vous! taisez- vous!
Margarita.
Ai-je bien compris votre pensée? ne m’abusé-je pas? Isaure! si M deSimiam; vivait encore, seriez-vous bien résolue à ne jamais appartenir & un autre?
ISAURE
Certes!... je le Jure!
Eh bien !... Mais non, vous ne me croiriez pas!...
ISAURE
Grand Dieu!... parlez! parlez!
MARGARITA
Di durez ce mariage de quelque» heures!
ISAURE
Pour quel motif? Au nom du ciel, expliquez-vous!
MARGARITA
Deux heures au moins!... oui, il me faut bien deux heures, et encore ne suis-je pas certaine de réussir.
ISAURE
Oh! mon Dieu! qu’allez-voua donc tenter?
MARGARITA
C’est mon secret... un secret terrible! qui me tuera peutêtre!
MANDRIN
Allons, je vous crois .. mais, voyez-vous, je tons aime tant, mon Isaure, que la moindre altération de ce char 'tuant visage me chagrine et m'effraie.
ISAURE
Veuillez m'excuser!... les émotions de cette journée. J’étais si peu préparée...
# MANDRIN
C'est vrai, votre père se faisiit une joie de votre surprise, et moi aussi, je l’avoue... me serais-je trompé?
ISAURE
Que vous répondre!
MANDRIN
Tant de froideur m’étonne à mon tour. Est-ce bien vous t Isaure, qui nie parlez ainsi? à moi, votre fiancé; à moi, qui dans quelques instants serai votre époux.
ISAURE
Dans quelques instants!... oh! non! c’est impossible!...
VANDRIK.
Impossible!... quel obstacle imprévu?...
ISAURE
Monsieur. . si vous m’aimez, comme vous 1c diles, comme je le crois... vous m'accorderez, je l’espère, le temps de me recueillir...
Mandrin.
Isaure, rcg:irdez-moi bien en face!... Vous vous troubles!... je ne puis en douter, Isaure, il se passe (fl vous quelque chose d’indéfinissable...
ISAURE
Que voulez-vous dire?
mandrin.
Vous avez un motif... un motif que vous ne voulez pas ms confier, pour différer ce mariage, auquel vous consentiez ce matin.
ISAURE
QiH motif pouvez-vous me supposer?
Le saift-je? mais, ce que j'affirme avec certitude, c’est qu’aujourô’hui même, ii n’y a qu’un instant peut-être, il s'est passé ici quclqu'événemcnt étrange.
ISAURE, à part.
Oh! qu’il ne soupçonne pas! (Hmu.) Vous vous trompez, Monsieur. et la preuve, c’est que je n’ insiste plus... Je ne vous demande que le temps strictement nécessaire pour paraître aux yeux de nos amis, et aux vôtres, dans une toilette plus convenable. (Elle mire du* u chambra.)