SCÈNE IV
M. BEA UVOIS1N, MADAME BEA U VOIS! N, ISAURE, LAMBERT, puî» THOMAS.
BEAUV01S1H.
Venez, Mesdames; venez, mon cher beau-frère, nous sommes arrivés, voici l'auberge de maître Cli«njut, où cet imbécile de Thomas doit nous attendre... (Appelant.) Thomas ! Thomas!
THOMAS, paraissant k la fenêtre.
Monsieur!
- BEAUVOISIN
AMu retenu celte chambre?
THOMAS
Oh! oui, Monsieur, et même celle tonnelle, qui vous appartient et sous laquelle vous pouvez vous asseoir.
LAMBERT
Ma foi, ce n'est pas de refus; il y a une lieue au moins de la côte Saint-André à ce petit village de Saint-Hilaire ; ma nièce doit être fatiguée.
ISAURE
Moi, mon oncle? je suis prête à recommencer, si bon vous semble.
LAMBERT
Jambes de seize ans!... Ah! je me rouille, mon enfant... (Appelant.) Des chaises ?...
BEAUVOISIX, à Thnmat.
Eh bien! que fais-tu là, sabre de bois! ii'cntends-tu pas?
THOMAS
Si, Monsieur... j’entends bien que Monsieur demande des chaises.
BEALVOISIX.
Eh bien! pourquoi ne dusccnds-tu pus?
THOMAS
Impossible Monsieur.
BEAUVOISIN
Comment, Impossible?
THOMAS
Sans douta; que m'a dit Monsieur en m'envoyant ici?
BEAUVIOSIN.
De me faire garder une chambre à l'auberge du Daupnm- (k/uroimé, après?
THOMAS
Eh bien ! Monsieur, je la garde.
BEAUVOISIN
Comment, tu la gardes?
THOMAS
Oui, Monsieur: il paraît qu’il y a beaucoup de voleurs dans le pays, et pour cire sur qu’on ne vous la volera pas, je la garde moi-même.
beau voisin.
Imbécile! veux-tu descendre tout de suite?
THOMAS
Ccst bon, Monsieur, c’eàt bon, ne vous fâchez pas! (u disparaît)
LA MDF. BT.
Ce garçon n’a pas inventé la poudre.
BEAU VOISIN
Il est béte comme un Auvergnat... mais il nous est dévoué... -(a Tbomaa qui entre tuiti de Cltqwd.) Dcj. chaises pour tOUt le monde!... Ah! vous voilà, monsieur Cliquot, nous dînerons ici, en plein air; veuillez nous faire servir aussitôt que les deux personnes que nous attendons seront arrivées.
cliquot.
M. le marquis de Boissec et son jeune ami le comte Léoni?...
BEAUVOISIN
Ah ! ah! vous connaissez ces Messieurs, monsieur Cliquot?
CLIQUOT
Qui ne connaît .M. le marquis de Boissec? c’est le dernier représentant d'une des plus vieilles familles du Dauphiné.
BKAUVutsiN, à Lambert.
Vous entendez, beau-frère?
CLIQUOT
Quant à M. le comte Léoni il est l'ami de M. le marquis, c’est tout dire.
BEAU VOISIN, bu, A Lambert.
Vous entendez, beau-frère, vous entendez!... (taut) C’est bien, monsieur Cliquot, laissez-nous maintenant... (a Tt»ma* qui i’e»i assis.) Eh bien! que fais-tu là?
THOMAS
Je garde votre chaise, Monsieur.
BEAUVOISIN, lai donoaut aa coup de pied.
Garde ceci avec pour t’apprendre le. respect !.... sabre de bois!... s'asseoir devant ses maîtres!...
THOMAS
Ce n’était pas devant. Monsieur, c'était derrière!... (a part, en •oruni.) Ça vaut bien deux écus, ma conscience est tranquille.
LAMBERT
Ab çà! voyons, maintenant que nous voilà seuls, parions un peu de vos | rojets, de vos plans pour le bonheur de cette chère enfant.... Depuis hier au soir que je suis arrivé de Lyon, nous avons à peine eu le temps de causer... vous m'avez écrit que le moment était venu de songer sérieusement u la marier... ne rougis pas, ma fille, bonne et jolie comme tu l'es, tu feras certes le bonheur d’uu honnête homme... Mais il faut aussi que tu sois heureuse, loi, et pont cela, il faut bien choisir... D’abord, aimestu bien quelqu'un?
MADAME BEAU VOISIN
Ah! mon frère... une semblable question...
LAMBERT
Parbleu! ma sœur, une semblable question est la première que l’on doit adresser à une jeune fille qui veut se marier, croyez-vous donc uue j'ai quitté Lyon et mes importants travaux d’entreposeur de la ferme {>our venir causer ch i fions et dentelles?.. Vous m’avez fait l’honneur de me consulter sur le choix du mari, il est tout simple que j'interroge d'abord le cœur de votre fille, nous étudierons ensuite le caractère du futur.
BEAUVOIMN.
Ma fille aimera l’homme que son père aura choisi.
LAMÜEBT.
Joli système!... Vous choisirez pour vous, mais votre fille aimera pour elle.
ISALBE.
Mon oncle, je sais trop le respect que je dois à mes parents pour avoir une autre volonté que la leur.
LAMBKâT.
U respect, le respect...
BEAUVOISIN, M levant
Bien dit, n.a fille! (Regardant u tableau du •Aüimbuq'u.) Sabre de bois! le beau tableau !
CHRISTOPHE, t'approchant.
École italienne. Monsieur... Salvalor R oso!... {il Amhi k lut
voler aa montre.)
LAMBERT, à 1 taure.
Allons soit, tu n'aimes encore personne, c’est entendu... Maintenant, voyons parmi les prétendants, quel est le plus digne de toi. Si j’ai bien compris le sens de votre lettre, deux jeunes gens sc présentent; l’un s’appelle M. de Simianc, il est capitaine de dragons, de bonne famille, d’un caractère...
MADAME BEAUVOISIN, virement.
Charmant!
LAMBERT
Ah!... c’est votre préféré, celui-là?
MADAME BEAUVOISIK.
Oui, mais...
LAMBERT
Mais?...
MADAME BEAU VOISIN
Il n’a que sa solde.
ISAUKE, A part.
Hélas!
LAMBERT, à part.
Un soupir... ah! ah! (nuit.) Qu’importe!... s'il est honnête, brave, instruit, il fera son chemin... (a Uaure.) n'cst-oc pas?
ISAOlB.
Certainement, mon oncle.
BEAUVOISm.
Peut-être; mais ne vaut-il pas mieux, beau-frère, choisir quelqu’un qui soit arrivé au but ?
LAMBERT
Ah! ah! votre Italien, n'est-ce pas? votre comte Leoni? El» bien! {tarions «le lui, aussi bien je ne serais {mis fâché avant de me trouver en sa présence... car il vient nous rejoindre ici, m’avez vous dit?
BtAUVOMW.
Oui, avec M. le marquis de Boissec; ils devraient môme être arrivés.
LAMBERT
Je ne serais pas fâché, dis-je, d’éclaircir certains doutes qui me sont vernis à l’esprit
BEAU VOISIN
là** doutes! et sur quoi?
LAMBERT
Sur sa famille, sur sa position, sur sa forlun ;.
BEAUVOISIN
Sa famille est une des plus nobles de l’Italie, son père habite Sorente; sa fortune est immense!
LAMBERT
Qui vous l’a dit?
BEAUVOISIN
Lui-môme.
LAMBERT
Qui vous l'a présenté?
BEAUVOISIN
Le marquis de Boissoc*
LAMBERT
Et qui vous a présenté le marquis de Boissec?
BEAUVOISIN
Le comte Leoni.
LAMBERT
Belle Caution!... (Lambert, apcrw»*nt plusieurs bornent* qui semblent l'écouter, a'wcte rt l« regarde fueinenl.)
BEAUVOISIN , à Christophe qui l« ulua pretoodéflicnt
Que voulez-vous ? (Christophe, sans lui répondre, lui présente Jea chansons.) DeS ChansODS... (luiillanl à u poche.) Combien?..
CHRISTOPHE
Ah! monsieur, je ne les vends pas... je les donne.
BEAUVOISIN,. Lambert.
Ce n'est pas cher!... (Christophe, pendante* temps, lui rôle aa nsôotru et ion mouchoir; il le* met prestement dan» ta poche, niait Huquairol, qui s'est approché, les loi escamote aussitôt et l'éloigne virement. Christophe court après lui.)
BEAUVOISIN
Mais enfin, mon frère!... le comte Leoni!...
LAMBERT
Leoni! Leoni! qui vous prouve que ce soit là son nom? Ces nobles italiens poussent comme des champignons. Celui-là vous a séduit par quelque chose d'étrange.
BEAUVOISIN
Ceat vrai!
ISll’RB.
Moi, il y a des moments oê ses regards me font peur!
LAMBERT
11 ne s'habille pas comme tout !e monde... il porte la moustache et (varie guerre et batailles comme s’il avait commandé des années... voilà du moins ce que vous n’avez écrit... Sont-cc là des titres bien sérieux , je vous le demande , pour obtenir la | main d'une jeune fille, et ne devriez-vous pas interroger le | passé de ce jeune homme?
ISAURE, 4 *a mère.
Connue il (tarie bien, mon oncle!
LAMBERT
Je me résume et je vous dis : prenez garde d’avoir affaire à | des intrigants.
MADAME BEAUVD1SIN.
Vous avez raison, mon frère.
BKAUVOISIN.
Ta! ta! ta!... Je sais ce que je fais... (a Thomas) Voyons, et I ce couvert? »
(Oa enleml le bruit d’un eanroMC.)