SCÈNE V
MARGARITA, MANDRIN, DE BOISSEC, geôliers et soldats,
dans le premier compartiment.
MARGARITA, écoutant.
Iis s’éloignent... mais les soldats sont toujours là... de la prudence !
mandrin, à »olx buse.
Margarita !... ah 1 je comprends!... tu t’es dit ; Mandrin est homme hardi et habile, je le connais; il a des ruses pour tromper tous les geôliers, des ongles de fer pour user toutes les murailles. En ce moment peut-être il a déjà la moitié du corps hors de son cachot; il faut voir cela... une évasion!... Diable! cela pourrait être dangereux pour certaines gens!... et tu es venue, Margarita, et tu regardes mes ma ns garottées, mon corps enchaîné, ces barreaux scellés dans la muraille, ces pierres intactes, et tu te dis : Je suis tranquille, Mandrin ne s'échappera pas, celle fois, et dans quelque» jours, je pourrai le voir monter sur l'échafaud et savourer tranquillement ma vengeance ! (Brisant su fer* d'un effort convulsif et te dressas! debout devant
elle.) Tu te trompes, Margarita !... Mandrin brise ses fers, et do 1 ses fers brisés irsc fait une arme dont il frappe les traîtres!
MARGARITA, calme.
Écoule-moi d’abord... tu me tueras ensuite si bon te semble!
IE brigadier , trinquant avec 1«§ soldât*.
A votre santé, camarades!
MARGARITA
Je viens te sauver !
MANDRIN
Toi!
DE BOISSEC
Oh ! l’excellente créature !
MANDRIN
Mais n’est-ce pas toi qui m’a» jeté danc ce cachot?
MARGARITA
Depuis 1a disparition de M. de Simiane, ses dragons étaient en campagne pour retrouver leur chef, pouvais-je deviner qu’ils devaient ce jour-là même rentrer à La Côte-Saint-André?
MANDRIN
Mais cet officier maudit... j'avais, moi, ordonné sa mort... qui donc m’a désobéi?
^ C’est moi... et sais-tu pourquoi j’ai sauvé M. de Simiane?... c’est que j'avais prévu ce qui est arrivé, c’est que j’avais pressenti que M. de Simi.mc vivant, tu n’epouscrats pas Isaure, et que je ne voulais pas, moi, que ce mariage s’accomplit.
MANDRIN
Tu oses me dire cela, à moi !
MARGARITA
Maintenant que ce mariage ect à jamais impossible, maintenant que j’ai obtenu ce que je voulais, je te dis : Mandrin je l'apporte la liberté, la veux-tu?
MANDRIN
La liberté!... Oh! si tu di:. vrai, Margarita; si tu as réellement le pouvoir de faire tomber devant moi les porte-* de celte prison, eh bien ! j'oublierai iout, ta désobéissance, ta trahison !.. je le pardonnerai !
MARGARITA , avec tristetee.
Tu ne me pardonneras pas, Maudrin.et tu me tueras !.. Oui! un pressentiment... et tu sais si les miens me trompent... un pressentiment fatal me dit que c'est par toi que je mourrai!... N'importe!... sois libre, et que mon sort s'accomplisse!
MANDRIN
Quel est ton moyen?
MARGARITA
D'abord, ce pain... cette bouteille..
MANDRIN
Arrête !... tu me trahis encore, j’en suis sûr!
Que veux- tu dire?
MANDRIN
Ce vin est empoisonné I...
MARGARITA, poussant on cri.
Ah ! le malheureux! iTbocnas « le geôlier rotrcol dans le cachot.
Au heu»t do Icare pa», Mandrin reprend «ireineul u première position et rajuste te* débric de U chaîne.)