‹ Les aventures de Mandrin [microforme]Chapitre 5 sur 41 · SCÈNE v · texte numérisé non relu

SCÈNE v

LES MÊMES, LÉoNI.

LÉONI (arrétant le mendiant et le renversant à ses pieds).—Arrière, bandit !.. (Zous les hommes suspects font un mouvement et reculent d'un pas.)

BEAUVOISIN.—C'est lui !

L£onr.—Retirez-vous... je vous fais grâce de la vie... mais ne recommencez plus.

T'AUPIER (a/butiant).—Certainement…si j'avais su... monseigneur.….

LÉONI (avec un geste impérieux).—AVez |

DE Boissec (à part). — Le niais!... avec ses manières chevaleresques, il gâte les meilleurs plans. (Sortie des paysans.)

LAMBERT (à Zéoui), — Permettez-moi de vous remercier... monsieur.

L£ont. — Monsieur, vous êtes l'oncle de mademoiselle Isaure?

LAMBERT.—Oui, monsieur.

Léoni.—Votre main, monsieur... (Lui prenant la main.) Nous sommes quittes..: mais vous avez

un moyen de me rendre éternellement votre obligé.

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LAMBERT.— Quel est-il, monsieur ?

Léoni.—C'est d'employer votre influence à me faire obtenir la main de votre nièce, (On s'assied autour de la table.)

BEAUVOISIN (bas, à Lambert). — Qu'en ditesvous ?

LAMBERT.—Heu ! heu!

BEAUvOISIN.— Etes-vous revenu de vos préventions contre lui. et contre ce digne marquis ?

LAMBERT. — Contre lui, c'est possible. contre le marquis, c’est autre chose... J'ai remarqué tout à l'heure certains signes.

BEAUVOISIN.—Vous êtes fou, mon frère, (Z/s vont s'asseoir. À ce moment Thomas sort de l'auberge apportant un plat qu'il dépose sur La table.)

CHRISTOPHE.—La superbe volatile.

ROQUAIROL.—Quel parfum !

Léon: (à ZLambert).—Puis-je vous demander maintenant, monsieur, quel était le motif de cette agression P

LamBErT.—Le sais-je moi-même... un ivrogne me heurte, je le repousse. il fait un signal, une bande d'hommes inconnus nous enveloppe... je vois un couteau levé sur ma poitrine. et.

De Boissec.—Et vous êtes arrivé, mon cher comte, comme le Deus ex machin&, pour changer le dénoûment tragique en dénoûment heureux. J'allais m'élancer.… il était trop tard ; vous m'aviez volé une belle action. Ce diable de Léoni, il faut toujours qu’il vole quelque chose.

BEAUVOISIN.—Savez-vous qu’un moment j'ai eu peur... en vous voyant entouré de ces figures sinistres. je me suis cru au milieu de la bande de Mandrin |

De Boissec.-Vertu-choux ! la bonne plaisanterie... Ah | ah! ah!

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Bmauvoisin.— C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire et j'en suis encore tout... altéré…. Thomas ! du vin !... beaucoup de vin

THomas.— Voilà, monsieur, voilà ! (Afportant six bouteilles.) C'est lourd ! c’est lourd !... (4 mesure qu'il marche, chaque bandit lui vole une bouteiile.) On s'y fait... cependant... on s'y fait! (S'apercevant qu'il ne reste qu'une bouteille dans le panier.) Oh! c'est étonnant |

BEAUVOISIN.——-Qu'y a-t-il ?

Tuomas.— Les bouteilles ont fui, monsieur.

BrAUvoIsIN.—Imbécile |...

DE Boisseo.—Moi, je vais bien vous étonner, mais je ne crois pas à Mandrin... Mandrin est un mythe, une fiction, un rêve... C'est le croquemitaine du brigandage, il n'a jamais existé que dans l'imagination des vieiiles femmes, des enfants et des poltrons ; personne ne l’a vu.

LamBErr.—Vous vous trompez, monsieur ; je l'ai vu, moi!

Léon: Er DE Boissec (/aisant un mouvement de surprise). —Vous |

LAMBERT. — C'était la nuit dernière, le coche qui m'avait amené de Lyon s'était arrêté à Beaurepaire pour relayer et faire reposer les voyageurs. J'avais une heure environ à attendre, je voulus en profiter pour rendre visite à un vieil ami... il n'était que dix heures du soir; j'espérais le trou-

ver encore debout, sa imaison était située à l’ex- .

trémité de la ville : en m’approchant de cette habitation mon oreille fut frappée de cris confus, de détonations, de clameurs sauvages, je m'élançai en avant, suivi de plusieurs habitants de la ville réveillés en sursaut... Quand nous arrivâmes, j'aperçus, aux lueurs de l'incendie, des hommes qui fuvaien*, et, parmi ces hommes un personnage

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qui paraissait être leur chef ; il était armé jusqu'aux dents, portait un largé chapeau orné d’une plume, et'la vive clarté des flammes jetait sur son visage, encadré de longs cheveux noirs, de simstres éclairs... ce visage me frappa.… Tenez! c'est étrange, mais ce visage avait quelques traits de ressemblance avec le vôtre, monsieur le comte.

LÉONI (riant) —Avec le mien |

DE Boissec.—Verti-choux ! la comparaison est originale |

Léonr.—Mais qui vous a dit que cet homme fût Mandrin?

LAMBERT.— Qui? Mon pauvre ami Benoist que je trouvai percé de vingt coups de poignard ; et qui me donna le signalement et me dit le nom du misérable qui l'avait assassiné,

BEAUVOISIN.—Mais quel était le motif, le mobile de cet assassinat ?

LamBerT.—Le sais je ? la cupidité, un besoin féroce de répandre le sang,

DE Boisseo.—Benoist? Benoist ? c'était un entreposeur de la ferme ce me semble ?

LAMBERT.—Oui !..

DE Boissec.—Palsembleu ! voilà le motif tout trouvé !... On prétend que Mandrin a voué une haine implacable aux employés de la ferme.

LÉONI (avec une sombre énergie). —Oui.

LAMBERT. — Pourquoi ?

LÉONI.—Parce que... diton… son père, pauvre contrebandier, est tombé sous les balles de ces r:'5érables.

LAMBERT (se levant, vivement). — Arrêtez | monsieur, vous ignorez devant qui vous pariez..… j'appartiens à l'administration de la ferme.

L£ONT (rivement, surpris). Vous?

LAMBERT —Je suis entreposeur à Lyon, et mon

À fl (2:

devoir est de ne pas laisser parler ainsi de bons et fidèles serviteurs de Sa Majesté.

LÉONI.—Ah |

DE Boissec (bas à ZLéoni).—Comprends-tu maintenant pourquoi Taupier voulait jouer du couteau P

LÉONI (bas).--Partie remise, (Æauwt.) Vous avez mal interprété le sens de mes paroles, monsieur,.… je répétais les propos des bandits... mais je suis loin de partager leurs préventions... La ferme, monsieur, la ferme! où en serions-nous sans cette admirable institution !

BEAUVOISIN.—A la bonne heure! vous voyez que vous vous entendez à merveille, (Or entend un signal au dehors.)

DE Borssec (4as).—Le signal d'alerte ! que se passe-t-il ?

LÉéont (5as).—Il faut voir... (Æaut.) Marquis, avez-vous donné des ordres pour le départ? ces messieurs ont témoigné le désir de faire une promenade dans la forêt.

DE Boissec.—Vous m'y faites penser ; mon carosse est à leur disposition, je vais faire atteler,

Léoni.— Et moi, je vais faire seller mon cheval, je vous servirai d’escorte ; par le temps qui court, ce n’est pas une précaution inutile. Cinq minutes, et tout sera prêt. (Z7s sortent.)

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