‹ Les aventures de Mandrin [microforme]Chapitre 4 sur 41 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les MÊMES, DE Botrssro ; Puis CHRISTOPHE, TAUPIER, ere.

De Boissec (4e /a coulisse). — Allons, maraud, ouvre Ja portière, étends le tapis, drôle 1... Veux-tu donc que je macule de boue mes escarpins ?

LAMBERT.— Quel est ce bruit ?

BEAUvoIsIN.—C'est le marquis. il descend de carosse... Voyez, mon frère, le brillant équipage 1... Décidément, c'est un homme très honorable !.…

LAMBERT (enfre ses dents). —Ou un coquin fieffé !

De Boissec (av fona).—Germain, rentre le carosse... Fiontin, détèle les chevaux. (Aux paysans

et aux bandits.) Bonjour, manants, bonjour.

CApercevant Beauvoisin.) Ah! c'est vous, cher ami, désolé de vous avoir fait attendre; mais les chemins sont impraticables… impraticables, c’est le mot. (Regardant Lambert qui l’observe.) Quel est ce monsieur P

BEAUVOISIN (avec empressement). — Mon beaufrère, M. Lambert, entreposeur des fermes à Lyon, que j'ai l'honneur de vous présenter,

DE Borssec (à part). — Un employé de la

-ferme! oh! oh! (Æaut.) Monsieur est venu pour

assister au mariage de sa nièce P

LaMBEerT.—Doucement, monsieur, doucement, ce mariage n'est pas décidé encore. Mon beaufrère ne voudra pas, par une précipitation coupable, faire peut-être le malheur de son enfant.

BEAUVOISIN (bas). — Prenez garde, mon frère, vous allez blesser le marquis.

DE Borssec.—Le malheur, monsieur, le mot est dur. Quand un homme comme monsieur le comte Léoni..

LamgErT.—Encore faut-il avoir le temps de se bien connaître.

DE Boissec. — Mais il me semble qu'on nous connaît ici !.…

LAMBERT (à mi-voix).—Trop peut-être |

Brauvorsin. —Mon fière |

De Boissec.—Qu'est-ce à dire? Une insulte, à moi, le marquis de Boissec! Par mon épée! si ce n'était l'amitié que je porte à votre famille.

LAMBERT ( /roidement).—Que feriez-vous, monsieur ?.… vous me tueriez? En effet, ce serait un moyen de faire connaissance, mais ce n'est pas là

ce qui nous rendrait meilleurs amis.

PAUL (bas, à Lambert). — Allez toujours, mon oncle. :

BEauvoisiN. — Lambert, vous avez tort... vous croyez aveuglément aux méchants propos..J'aime, j'estime monsieur le marquis et vous me désobligez fort en parlant de la sorte.

De Boissec (à part). — Ouais! Cet homme est dangereux... Il faut à tout prix nous débarrasser de lui. (CAerchant des yeux et apercevant Taupier.) Ah! voici mon affaire ! (1/ lui fait signe; Taupier s'approche en tendant son chapeau. De Boissec lui jette une pièce de monnaie; bas ct rapidement.) Cet homme nous gène. (// désigne Lambert.) Une querelle. un coup de couteau... Va 1...

TAUPIER.—Merci bien, mon bon seigneur,

DE Boissec (à Lambert). — Je vois, monsieur, que l’on m’a noirci dans votre esprit ; ce n’est pas la première fois que je suis en butte à la calomnie… Mais cette fois, comme toujours, j'en triompherai… Si vous êtes un de ces hommes qui jugent sans passion, vous reconnaîtrez que l'on vous a indignement trompé, et vous regretterez, j'en suis sûr, les paroles un peu vives qui vous ont échappé.

BEAUVOISIN.— Tant de modération ! tant de noblesse ! ah ! mon frère ! mon frère !

LAMBERT.— J'ai peut-être été un peu loin, c'est vrai...

PauL.—Mais non, mon oncle !.…

LAMBERT.— Que voulez-vous ? je ne sais pas cacher mes impressions, et je vous avoue que j’arrive terriblement prévenu contre vous, monsieur le marquis, et contre votre protégé.

DE Boissec.— Convenez que c’est au moins de l'injustice, car le comte Léoni vous est inconnu.

LAMBERT.— Inconnu, c’est le mot. C'est la première fois que j'entends prononcer ce nom, et pourtant j'ai habité l'Italie.

DE Boissec (à part).— Diable |

LAMBERT. —Mais j'écrirai… je m’informerai…

PauL.—C'est cela, mon oncle, informez-vous.…

LAMBERT.— Mais puisque votre convive ne vient pas, je propose de ne pas l'attendre plus longtemps... A table ! allons ! à table! (On s'assiea.)

TAUPIER (jouant l'ivresse et heurtant rudement ZLambert).— Prenez donc garde, brutal !

LAMBERT (se reculant).—Que veut cet ivrogne ?

TAUPIER.—Ivrogne 1. Je crois. qu'il m'a appelé ivrogne…. C’est une insulte, ça!

LAMBERT (2 repoussant).— Allons ! hors d'ici! TAUPIER.— [1 m'a frappé! (77 fait un signe,

Roguairol, Christophe et plusieurs figures sinistres Daraïssent tout à coup.)

BEAUVOISIN. — Quels sont ces hummes ?

LAMPERT.—C'est un guet-apens !.…

DE Boissec (sans bouger de place). — Je vole à votre secours.

PAUL (voyant Taupier tirer son couteau).—Mon oncle |...

TauPiEr.—Tiens ! voilà comment je me venge, moi!... (77 lève son couteau.)

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