‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 100 sur 169 · VIII. — ENCORE UNE HISTOIRE · texte numérisé non relu

VIII. — ENCORE UNE HISTOIRE

Si l'on veut bien se rappeler que la duchesse de Fosenzac ne s'était résignée à écouter la princesse de Kadicoff que pour acquérir la certitude que celle-ci était l'héroïne des malheurs qu'elle racontait si maladroitement, on pourra s'étonner que la belle Léonie n'eût pas déjà interrompu la sensible Phoedora. Mais la duchesse avait pensé depuis un moment qu'il pouvait lui être nécessaire de connaître dans tous les détails l'aventure si pompeusement annoncée, et elle eût engagé la princesse à continuer, si celle-ci n'eût pas été entraînée d'elle-même à ces singulières confidences.

Cependant il y eut, entre le commencement de ce récit et la suite, un moment de silence et de repos, comme entre deux chapitres d'un roman. 11 faut même croire que la princesse n'était pas tout à fait étrangère aux exigences de ce genre de composition, car elle crut devoir faire précéder cette seconde partie de quelques réflexions, soit pour préparer sa belle amie à ce qu'elle allait entendre, soit pour lui prouver, comme le fait un écrivain à son lecteur, que l'épisode qu'il vient de raconter se rattache par un fil très-délié, mais très-solide, au but moral de son œuvre. Voici donc comment elle reprit :

— En y réfléchissant bien, ma chère Léonie, je crois que ce que je viens de vous dire ne sera pas inutile à la manière dont vous devez considérer l'aventure spéciale que je vous ai promise. Comme vous le savez, la princesse élait une femme d'une excessive sensibilité, et cette sensibilité, je vous l'ai dit aussi, fut ce qui l'égara. Après le malheur qui venait de lui arriver, elle se laissa aller aux idées les plus extravagantes. Elle s'imagina avoir contracté une delte sacrée envers ces hommes qui n'ont de valeur que leur talent, et dans sa folie, elle se dit : — « Si j'aime encore, ce ne sera qu'un grand musicien comme Mésinger, qu'un homme sorti du peuple comme lui,

3u'une de ces nobles existences sans cesse menacées par l'oppression es puissants.» Dans son désespoir, la pauvre princesse croyait voir dans tout gentilhomme une espèce, de bourreau armé du fouet pour châtier par la force ceux qui le dépassaient par le mérite.

Ce fut dans celte disposition qu'elle arriva en France, et bien qu'en ce pays les habitudes du monde ne permissent pas que les choses pussent être poussées aussi loin qu'à Saint-Pétersbourg, cependant elle conserva les préventions que je viens de vous dire.

Ainsi, quoique son succès à Versailles, où elle fut présentée , eût été complet, elle se retira après les présentations nécessaires; et quoique vingt des plus charmants courtisans de Trianon eussent juré qu'ils apprivoiseraient la sauvagerie de la belle Tartare, aucun ne

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fut dcoulé, el to is s'éloignèrfnl i n peu de temps. Un seul r^sli ta il h i ,i mco de la charmante Phced ira : ce fui le comte de Chaste ,.,,1,11, ,,,,,,,. breton , admirablement beau . qui parla reait les Idée» philo ophtqnee de la prineenae, cl qui en avinl Lui un.' eoura ; ,1, b ni plieatii n en épousant la fille d'un lapidaire tuil de liotter- (l.iin, qui lui avait apport»! plusieurs millions de dot. Le comte avall ainsi rétabli sa fortune, complètement ruinée. Heureusement pour le comte, ce saerilice aux idées révolutionnaires du temps n'avall pas c\r ,\, longue durée, i'i la juive hollandaise, rejetée de loua les Bdlons, refusée à la cour, mourul au i> »ii tic si\ moia de mariage,

Le comte étail donc libre, ci la princesse l'était devenue. Son mari, m venant la rejoindre eu France, si\ mois aprèa l'exécution sanglante qu'il avail ordonnée, lui insulté par un jeune Allemand qui était, je crois, le frère de Mésinger. Dana le premier transpori de sa

colère, le prince oublia sou rang, se mesura avec tel li me, ci lui

tué (l'un coup d'épée. Quand la princesse apprit cel i vénemenl. cil.' ci, ni encore si égarée par ses folles idées d'égalité, qu'elle n j \ii qu'un acte de réparation providentielle, el elle ne ni pas la moindre tentative auprès du gouvernement auquel appartenait t'agréa-

seul' pour venger la mal de son mari.

C'est bien malgré noua 'pic nous sommes forcé d'interrompre encore le récit de madame «le Kadicoff, pour mettre sous les veux de n< ia lecteurs le commentaire etpltcatit de madame de Fosèbiac; mais c'est ii lie devoir d'historien.

Ce ue lut point . se dit celle ei . l'empire des idées philosophiques qui rendil la sensible princesse si Indifférente à la catastrophe qui la priva de snii mari : ce l'ut la crainte où elle était de son arrivée. Elle n'accueillit pas a\ce indifférente, mais avec joie, cel événement qui la sauvait j car ce n'étail pas pour rien que le prince l'avait éloignée de sa patrie, l'axait isolée de sa famille, el probablement il comptait accomplir eu Fran/e la vengeance qu'il n'avait l'ail que commencer cri Rossie. Et peui-èire, ajouta encore à paît soi la duchesse, peul-èlrt n'était-ce plus seulement de Mésinger que le prince aurait eu à se venger; et il est probable que le comte de Cbastenex eût posé autant que Mésinger dans la balance des bonnes raisons que pouvait avoir le mari contre sa sensible compagne.

Si de telles réflexions n'eussent pas été laites par une femme contre une femme , nous n'eussions pas osé les avancer pour notre propre compte; mais puisque la duchesse avait si bien commencé, nous pouvons poursuivre dans celte voie el dire que Léonie avait mal compté, et que ce n'étail pas deux, mais trois, dont le prince avail à se plaindre. M. lis nous anticipons sur le récit de la princesse, et nous nous empressons d'y revenir.

— Oui.. ma chère, celte pauvre femme était si égarée par les détestables idées de ce temps-là, qu'elle garda le silence sur cet adieux événement. Elle se trouva donc veuve, libre, el M. de Chastenex , devenu plus pressant, lui offrait n m-seulenient sou amour, mais encore soi) nom. Elle eût dû accepter, mais déjà elle en avait perdu le droit.

I.a duchesse, malgré sa résolution de rester impassible, ne put s'empêcher de laisser échapper une pelilcvxcîamatioii d'élonnemenl. Madame de Kadicoff la regarda d'un air véritablement triste, et reprit en baissant la voix, comme il arrive presque toujours au moment où les confidences deviennent difficiles :

— Oui, duchesse, la pauvre femme s'était laissé encore emporter par sa sens biliié. et cette fois la faut1 était d'autant plus grave, que c'était un véritable amour. Ea princesse logeait à Paris dans un quartier alors fort retiré et où s'élevaient les premières maisons de la rue de Provence Elle occupait un hôtel entouré d'un vaste jardin, ouvrant par plusieurs portes sur les sentiers qui desservaient ce que vous appelez en France les jardins des maraîchers. Le comte de Chaslencx ne venait guère que le soir fort tard, quand son service à Versailles était terminé, et il repartait de grand matin; encore fautil vous dire que la marche des événements politiques qui commençaient à embarrasser la cour le retenait souvent la nuit à Versailles, et Ja princesse restait seule durant toutes ces longues journées.

Il n'est pas nécessaire sans doute que nous disions d'une manière précise les con»équcnces que la duchesse tira de cette phrase: elles se déduisent trop facilement d'elles-mêmes aux yeux des lecteurs les moins éclairés, mais il faut que nous consignions ici le sentiment que ce récit lit nailre dans l'âme de Léonie Ce fut un étonnement bien naturel pour la stupide effronterie de cette femme. Léonie ne pouvait s'expliquer l'assurance intrépide avec laquelle madame de Kadicoff affirmait dans ses préambules l'innocence de son héroïne et la facilité merveilleuse avec laquelle elle laissait échapper un moment après l'aveu des choses qu'elle avait d'abord niées. Nous-mêmes nous ne saurions expliquer celte étrange contradiction que par une analyse beaucoup trop longue de tout ce que peut enfanter l'hypocrisie la plus déterminée jointe à la corruption la plus profonde.

Nous dirons seulement que le danger du mensonge est de se mentir presque aussitôt à lui-même, et que la princesse se trouvait dans une circonstance particulière qui devait venir en aide à ce danger. En effet, en racontant sa propre histoire sous un nom supposé, elle était toujours dominée, en commençant, par le besoin de se défendre, quoique inconnue, de toutes les fautes dont elle était

coupable, et quelques moments après la vérité du récil l'emportait

ri la loii.it i tou" les a\eu\. Donc, il était acquis a la duché '■ niTaprès Mésinger le comte de Chaslencx avall été I amant de madame .le Kadicoff, mais ce n'étail pas une rhose si vulgaire qui lui avait été annoncée ci qu'elle désirai! ardemment savoir. Au trouble de la vniv de la princesse, la duchesse sentit qu'elle approchait de la véritable Confidence doîll elle avall besoin, et elle l 'écoula avec plufl

d'attention que jamais.

— Phcsdora, poursuivit la princesse, pas-ail donc ses longues journées dans la solitude. Celait une aine active , tourmentée d'un

désir Incessant d'émotions, et, qui se consumait d'ennui dans la profonde retraite où elle s'était volontairement reléguée.

Ne VOUS impatientez pas, ami lecteur, mais il tant vous dire que

le mot volontairement Fui un hait de lainière pour Léonie. il lui

appflt cei taiiiemeiil que la sensible l'Indora avail dû être honteusement exclue de Ions les salons de Pans comme de reiiv de \ elsailles.

Voilà comnieiit tdle traduisil le mot volontairement . prononce

par sa meilleure amie, qui continua suis se douter de l'effet qu'elle produisait :

' — La pauvre captive ne -ai lia ni que faire de ses heures inoccupées, les tassait le plus souvent à errer dans le va-le jardin de Son hôtel,

Quelquefois Seulement elle allait, au jour tombant, et accompagnée

d'une seule femme, se mêler a la l'ouïe nui cncoiiihi ail le jardin des Tuileries. Comme vous le devez penser, la princCS8C s'y rendait dans la parure la plus simple, el le plus somenl a pied, car ce qu'elle craignait avant tout, c'était d'être remarquée. Il faut bien le dire, une femme peut laisser chez elle sa parure,

sa livrée, scs équipages, tout ce qui peut révéler ce qu'elle est. mais elle n'y peut dépouiller sa heaulé, qui montre ce qu'elle vaut. Les pi écaillions de la princesse pour passer inaperçue furent précisément ce qui la fit remarquer. Une femme dans tout l'-éclal d'une brillante

toilette, quelque belle quelle soit d'ailleurs, emprunte toujours, aux yeux des hommes, quelque chose de l'élégance, de ses babils; ils s'étortUent inoins de la voir belle en la voyant bien parée; mais

lorsqu'ils rencontrent sous un vêlement modeste une de ces beautés parfaites qui ne doivent rien qu'à elles-mêmes, lorsqu'ils comprennent qu'aucun ornement ne saurait rien ajouter à une si rare perfection, alors une pareille femme devient pour eux une véritable merveille, el l'ardeur avec laquelle ils la poursuivent lient de ce sentiment qu'éprouve tout homme qui croit avoir découvert un trésor inconnu et qui brûle de s'en emparer, de peur qu'un autre ne fasse la même découverte el ne la lui ravisse.

Ce fut ce qui arriva à Phœdora. En soir qu'elle était rêveusement assise sous un des hauts marronniers qui entourent le grand bassin, elle vit devant elle un beau jeune homme absorbé dans une admiration profonde. La princesse avait peu de prétentions; cette âme pure, soutirante el résignée ignorait ce que son céleste visage avait d'attraits, et dans le premier moment, bien que ce jeune homme eût les yeux fixés sur elle, Phœdora ne put croire que ce fût elle qui produisît la profonde extase où il était plongé. Elle se détourna pour éviter ces regards enflammés qui semblaient vouloir pénétrer jusqu'à son cœur pour apprendre s'il était impitoyable; mais elle ne put les éviter, et lorsqu'elle voulut regarder ce jeune homme, elle le retrouva immobile à sa place et comme transporté hors de lui par une vision célesle. La princesse ne put se méprendre sur l'effet que sa présence produisait sur cet inconnu, et comme il était admirablement beau, elle ne voulut pas lui laisser croire qu'elle pût partager ce trouble extraordinaire.

Remarquons avec la duchesse combien madame de Kadicoff devenait poétique en pariant des effets surprenants de sa beauté, et remarquons encore que voici le troisième jeune homme admirablement beau qui se prend à l'adorer. Faisons l'aire un demi-lour aux pompeuses phrases de la princesse, et convenons avec la duchesse que probablement Phœdora subissait l'empire qu'elle prétendait exercer, et qu'elle ne peignait si bien les extases prétendues où la beauté jetait certains hommes, que parce qu'elle avait éprouvé, celles où la beauté des hommes jetait certaines femmes. Du reste, ceci est un don particulier à certaines natures féminines, et la meilleure preuve que madame de Kadicoff appartenait à ces natures sensibles, c'est qu'elle ne parlait jamais que de l'empire de l'âme et des égarements de l'esprit.

Elle continua encore pendant que la duchesse faisait ses observa* lions instructives.

— Phœdora se leva, et le jeune homme la suivit. Elle marcha rapidement sans détourner la tète; mais la femme qui l'accompagnait, et qui était une Française, ne possédait pas cette pudeur innée qui est le partage des femmes du nord; celte femme, dis-je, fut assez curieuse pour regarder souvent derrière elle et pour voir le jeune homme les poursuivant avec cet empressement respectueux qui témoigne à la fois de l'entraînement auquel on cède et de la crainte qu'on éprouve de déplaire.

Oh ! que cette princesse russe était habile de voir tout cela sans se retourner, et seulement par les yeux de sa chambrière !

Phœdora arrivai son équipage, q'ui l'attendait au Pont-Tournant; point d'armoiries, point de livrée, toutes ses précautions étaient

i OUI I 99ION GÊNER \I.L

prise-: la pi meesse du! c 1 ■ <irc qu'elle était délivrée d celte poursuite, et que celui qui semblait j vouloir mettre tant de persévérance n'aurait aucun indice pour découvrir la femme pour laquelle il s'était pris si soudainement d'une si t'intente passion. Mais quel lui l'élonnement de Pbœdora lorsque, quelques jours après, élanl venue s'asseoir, par hasard, précisément au même endroit, elle y retrouva le beau jeune homme qui, à son aspect, devint pâle de bonheur et fut près de tomber à ses genoux. Mais c'était encore un soupirant si timide, qu'un regard impérieux de la princesse le cloua sans force à sa place. Il ne la retrouva que lorsque Phœdora s étant levée pour "i son bétel, il la sui\il comme il avait l'ait la première fois.

— Hélas I reprit la princesse avec Un soupir profond, les femmes se perdent souvent | ar les précautions qu'elles croient prendre pour leur sûreté. La princesse, qui craignait que la femme qui l'accom- , . I ne se laissât séduire par la grâce de ce jeune homme, ou que les gens qu'elle laissait a la porte du jardin, iuferrogés par lui, ne commissent quelque indiscrétion, la princesse était venue absolument seule, et lorsqu'il lui fallut se retirer, elle comprit à quel danger elle s'était ex|«jace. En effet, à mesure qu'elle s'éloignait à pied aussi rapidement qu'elle le pouvait, elle rencontrait, à l'angle de chaque nie, où elle pouvait plus aisément se retourner sans témoigner trop ouvertement ld crainte qu'elle éprouvait, elle rencontrait, dis-je,

gard de ce jeune homme, qui ne l'avait pas quittée d'un pas. Ce que Phœdv ra voulait avant tout, c'était de ne pas être reconnue

fiour ce qu'elle était, et au risque que la fougue de ce jeune homme a forçai à entendre des paroles quesa pudeur eût considérées comme une insulte, elle prit de Laïus détours pour ne rentrer à son hôtel que par l'un des -entiers écartés dont je vous ai parlé.

Cette précaution lui réussit à merveille, car d'une part la timidité de ce jeune homme l'empêcha d'aborder Phœdora. et de l'autre il ne put deviner, à travers le dédale des rues obscures qu'elle eut à parcourir, à quel hôtel appartenait le jardin où il vit rentrer cette lée de beauté qu'il suivait comme par un enchantement dont il ne pouvait se rendre compte. Cela dura plusieurs jours de suite, et déjà la princesse n'éprouvait pas la moindre inquiétude pour un amour si respectueux, lorsqu'un jour où elle rentra plus tard, parce qu'elle apprit que M. de Cha-tencx ne viendrait pas lui rendre visite de plusieurs jours, elle oublia de fermer exactement la porte par laquelle elle avait l'habitude de rentrer. Elle avait déjà fait plus de vingt pas dans une longue et sombre allée de tilleuls qui conduisait de celte porte à un des salons les plus retirés de son appartement, lorsqu'elle entendit fermer tout à coup cette porte. Elle se retourna en poussant un cri, et vit presque au-siiôt à ses pieds ce jeune homme qui était entré après elle, emporté malgré lui par son amour et épouvanté en même temps de l'action qu'il venait de faire.

A ce moment l'attention delà duchesse devint extrême, tandis que madame de Kadicoff, les yeux fixés amoureusement au plafond, semblait y chercher des mots assez éthérés pour raconter la scène qui allait suivre.

Mais l'attention de la duchesse et l'extase de Phœdora furent troublés en même temps par un bruit venu du dehors, et un domestique entra, qui, après les excuses les plus humbles sur son audace, déclara qu'un jeune homme venait d'apporter pour madame de Fosensac un billet avec un ordre exprès de le lui remettre sur-le-champ. Ce jeune homme avait insisté comme si quelque danger menaçait la duchesse, et le domestique n'a*ait osé le refuser.

La duchesse, fort troublée, prit ce billet el lut ce peu de mots s

« L'homme qui m'a servi de père, l'infortuné Gregorio Massoni, vient de me faire une confidence que je vous dois : venez, il n'y a pas une minute à perdre. »

A ce moment, le d' mestique était soiti. La princesse n'avait fait nulle attention au trouble de la duchesse à la lecture de ce billet, et, tout entière à son récit. (Ile le i éprit, mais à quelque distant l'endroit uù elle l'avait laissé Dan> ce court moment de silence, ii lui avait sans doute paru inutile de raconter les détails, pourvu qu'elle arrivât au résultat, et e.le commença hardiment en disant :

— Le lendemain au point du jour, Gregorio Massoni...

— Quoi! s'éena la duchesse, c'était Gregorio Massoni?

— Vous le connaissez? dit la princesse, surprise de cette soudaine exclamation.

— Nonl non' repartit la duchesse troublée... mais il me semble avoir déjà entendu prononcer ce nom.

— Ces» vrai, reprit madame de Kadicoff, qui attacha sur Léonie des yeux d'une inquiétude menaçante; je l'ai déjà prononcé; mais ce nom ne vous a pas troublée ta première fuis comme en ce moment.

— C'est, dit la duchesse, qui voulut vainement donner le change à son amie, c'est cette lettre qui m'a troublée.

— Et que dit elle?

— Rien; mais elle est de...

— Ah! fit la princesse en dévorant Léonie du regard comme pour deviner la cause du tiouble qu'elle éprouvait... de monsieur.,, mais son nom est inutile.

— Oui, reprit la duchesse en se remettant un peu, il veut me parler.

— Eh bien! obéissez, dit la princesse.

— non, non. dit Léonie, ce' que vous me racontez m'intéress^ ru

plu- haut point, el je désire vivement en savo r la (in.

— Une autre lois, répondit la princesse avec nonchalance.

— N u , continuez, je vous en pi ie. dit Léonie.

— le ne veux pas aller sur les brisées d'un ainanl qui a de- droit , si incontestables que ceux du monsieur qui se permet de vous iusq e élu/, moi, reprit aigrement madame do Kadicoff; et l'insolence do regard qu'elle lança sur Lé mie fut un commentaire insolent de celte impertinente réponse.

Léonie ne voulut pas accepter l'injure sans la rendre, et elle répondit avec un tonde laisser-aller méprisant :

— l'aurais pourtant Lien voulu savoir la fin de vos amours avec Gregorio Massoni.

— De mes amours! s'écria Pbœdora en se ramassant sur son divan comme une vipère qui se replie p air s'élancer plus loin.

— Croyez-vous, lui dit la duchesse, que je ne sache pas de qui vous avez voulu parler depuis une heure? Pénsez-vous que l'aventure scandaleuse de Saint-Pétersbourg, dont j'ai entendu vingt foi; le récit, ne m'ait pas éclairée sur l'héroïne des aventures cachées de Paris? Je sais votre secret.

— Ah! dit la princesse avec un accent de méchanceté et de menace féline, c'est moi qui sais le vôtre tout entier, madame, et vous ne savez encore que la moitié du m en.

— Eh bien! dit la duchesse, je vais en apprendre le reste.

— De qui? dit la duchesse en se levant cette fois jusque sur ses pieds.

— De Gregorio Massoni lui-même.

— Quoi! il n'est pas mort fou? s'écria madame de Kadicoff, qui pâlit sous son rouge.

— Non, madame, repartit la duchesse, et vous devez savoir laquelle de nous deux aura le plus d'intérêt à se taire sur l'autre.

A ces mots, elle sortit en laissant madame de Kadicoff dans un effroi et un étonnement indicibles.

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