‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 120 sur 169 · MISE RN SCENE · texte numérisé non relu

MISE RN SCENE

Nos lecteurs ont pu s'étonner du hasard qui avait amené précisément Balbi au moment où Valvins eût pu recevoir ces confidences qu'il avait cherchées. Mais nous avons déjà dit, ce nous semble, que le hasard étail le dieu de cette aventure, et c'est pour prouver qaeBes combinaisons extravagantes il arrange quelquefois, que nous aums écrit cette histoire. C'est pour prouver aussi ce que nous avons souvent soutenu, que la vie réelle est bien- autrement invraisemblable el immorale que toutes les inventions des romanciers, que nous publions ce récit, ipie nous déclarons être vrai dans toutes ses parties.

C'esl au moment où nous approchons de la dernière scène de ce drame si embrouillé, que nous sentons le besoin de renvoyer au dieu busard el au vice humain la responsabilité de tout ceci. Un jour viendra où nous pourrons poul-èlre expliquer comment Ions ces faits son? venus à noire connaissance; et alors, quoique les noms propres ne doivent pas pîus y être attachés qu'ils ne. le sont aujouni nui, on pourra mieux juger de notre véracité. Jusque- à nous prions nos lecteurs de vouloir bien nous en croire sur parole.

Donc ' alvins était retourné aux Invalides, ou plutôt au cabaret à la porte duquel il avait laissé Massoni. Ne le voyant pas dans la salle commune, il demanda si un vieil invalide n'était point là depuis deux heures. Le eahaielier lui répondit :

— Vous voulez parler du vieux Massoni, n'est-ce pas?

— Oui.

— Eh bien! il n'y a pas cinq minutes qu'il est parti.

— Est-d rentré à l'hôtel, que vous sachiez î

— Je né crois pas, dit le cabaretirr, et je ne pense pas que ce soit là que l'aient mené les deux gaillardes qui sont venues le chercher.

. — Comment! deux femmes sont venues chercher (iregorio?

— Oui, dit un invalide qui était dans un coin : une grande brune

assez réjouie, et finis une vieille petite blèrne qui a l'air d'une, figure de cin passé i de chez M. Curtius.

Ceci ressemblai! l'oit à la àuohease el a madame de Kadienff, et Yalvms se remit à s'empêtrer dans une foule de supp isi lions qui ne le menaient à rien.

— Mais, dit-il, quelle espèce de toi'elle ;iv;iienl e f>S deuv daines?

— I) s dames? d:t le cabaretier, \.us wuilez dire des coureuses : de vieilles rohes passées avec ('es tabliers et de méchants bonnets sales qui ont pu appartenir à des dames, unis qu'elles nul achetés à quelques fri| ières, enfui de ces airs, vous savez ..

Ceci n'éelaireissait pas les doutes de Valvins. 11 se refusait encore à croire que madame de KadicotV et la duchesse eussent pu descendre à un pareil déguisement; mais, en tous cas, dans quel but, et qu'étaient-elles devenues? il couru! à l'hôtel et trouva sur la porte l'invalide à qui Gregorio avait demie une espèce de rendez-vous. Celui-ci lui répéta que véritablement deux femmes étaient venues demander Gregorio, et que c'était lui qui leur avait indiqué l'endroit où elles le trouveraient. Mais cet homme confirma les s lupçons de Valvins en lui disant :

— Si j'osais, je parierais que l'une de ces femmes, la plus jeune, était celle qui est venue avec vous ce matin.

Valvins ne pouvait plus douter, et malgré lui, il frémit du motif qui avait pu décider deux femmes de si haut rang à are pareille démarche. Il voulait savoir de l'invalide s'il ne pourrait pas le renseigner sur ce qu'elles avaient pu devenir: mais il n'en savait pas plus que le cabaretier, et Valvins fut réduit à supposer qu'elles avaient enlevé Massoni, et que peut-être il était disparu à jamais.

Cependant il s'orienta, retourna au cabaret de la place de l'Esplanade, et de là, de pas en pas, interrogeant chaque commis-ionnaire, chaque boutiquier, les enfants qui jouaient devant les p utes, il parvint à savoir que trois personnes fin tout semblables à celles qu'il désignait avaient pris le chemin du boulevard des Invalides. La nuit était venue, et sur ce boulevard désert, il ne savait où retrouver leur trace, lorsqu'on passant sous la fenêtre d'un cabaret il entendit une voix qui criait, et crut reconnaître celle de Gregorio. Dans le premier mouvement, il voulut monter et entrer soudainement dans cette chambre: mais, après un peu de réflexion, il jugea plus prudent de surprendre le secret de celte réunion, el il demanda au cabaretier s'il ne pourrait pas lui procurer un cabinet attenant à celui où devait être mi vieil invalide avec deux femmes. Le cabaretier hésita et regarda attentivement Valvins.

— (.'est drôle I murmura-t-il.

Valvins lui mit, un napoléon dans la main.

— Hum ! fit le cabaretier, c'est bien drôle!

— En quoi ? fit Valvins.

— C'est qu'on m'en a donné autant pour ne laisser monter personne. Deux femmes à invalide, qui donnent un napoléon, ça m'a déjà semblé louche. Et voilà que vous, un ol'lieii r, sans doute, vous m'en donnez autant. Merci, ajouta-t-il en rendant le napoléon; je n'en veux pas; il y a quelque chose là-dessous qui n'est pas clair.

— Je connais Gregorio Massoni, dit Valvins.

— Je le connais bien aussi, dit le cabaretier; mais je ne vous connais pas, ni ces femmes non plus.

En ce moment, on entendit le rire bruyant de Gregorio et une voix de femme.

— Vous voyez bien, dit Valvins, c'est une plaisanterie qu'on veut faire à ce pauvre (iregorio, qui était autrefois dans mon régiment, et que je ne voudrais pas (pion poussât trop loin.

— Ah ! si c'est ça, dit le cabaroîier, je puis vous placer dans un endroit d'où vous pourrez tour entendre, sinotl tout voir.

Valvins monta dans un cabinet, séparé par une simple cloi-on, cl dès qtï'll y fut installé, il se mit en devoir d'écouter ce qui se passait près de lui.

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