‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 39 sur 169 · JOURNAL DE JULIE · texte numérisé non relu

JOURNAL DE JULIE

(Suite.)

« Le 17 .... au soir.

» Mon père est triste depuis quelques jours.

» Pourquoi ?

» Il s'est entretenu avec grand-papa Duplessis, qui avait des regards bien méchans en entrant dans le cabinet.

» Du salon où j'étais, la fin de leur entretien est arrivée jusqu'à moi :

« — Je suis ruiné, disait mon père.

» —Il ne tient qu'à vous de ne pas l'être, » répondait » grand-papa. « Dites oui. »

» Enfin, après un grand silence, papa a répondu :

« — Vous le voulez, homme impitoyable? Hé bien I Oui ! » mais que la responsabilité en retombe sur vous seul ! »

» Jo n'en ai pas entendu davantage. Le nom seul de M. d'Aronde a frappé mon oreille dans la suite de leur conversation.

« Le 18.

» CepauvroM. d'Aronde! il lui est arrivé malheur. Jo ne le sais que d'aujourd'hui. On prétend qu'il s'est mal conduit dans un duel. Je ne puis y croire. Et cependant mon père le laisse entendre, et grand-papa l'affirme.

» Je suis encore tout émue de la singulière rencontre que j'ai faite dans la journée en allant au jardin des Tuileries. Jo me suis croisée en chemin avec la jeune et jolie femmo du prisonnier. Je l"ai reconnue tout de suite, malgré sa robe d'indienne et son petit bonnet. Je n'osais d'abord m'arrêter, de crainte de l'humilier , mais elle est venue à moi, sans fausse honte et sans embarras, et m'a assuré que, de toute notre maison, qui lui a été subitement si fatale, elle ne regrettait que moi.

» Mes parens se font les accusateurs de son mari. Elle ne me verra sans doute plus. Je le regrette. C'était une aimable connaissance déjà, c'eût été plus tard une aimable amie,

» Quand j'ai parlé de cette rencontre en rentrant, mon père a fait semblant do me rire au nez, mais j'ai bien vu à son inquiétude qu'il en était touché malgré lui.

» Do mon côté, j'ai feint alors de mo révolter contre sa

dureté, et j'ai parlé do venir au secours de ce pauvre ot intéressant ménage.

» — Cela ne se peut pasl » s'est écrié mon père, plus troublé que jamais, a II est des circonstances où la charité » est un danger. »

» — J'ai insisté, car je ne veux pas lui laisser perdre la bonno habitude d'obéir à mes petites fantaisies.

» — Je le veux! » ai-je dit avec cet air mutin qui me réussit toujours.

» — Eh bien I je t'en prie, je t'en conjure, » a-t-il ajouté: « ne fais pas cela : ton grand-père serait furieux.

» — Il n'est pas indispensable de le lui dire.

» — Il pourrait l'apprendre par hasard, et je serais per- » dul »

» A ces mots, mon amour filial l'a emporté sur ma résolution. J'ai cédé, mais cela ne m'arrivera plus de longtemps.

» J'ai tout raconté à Lafolie.

«—Vous avez raison, mademoiselle; il ne faut pas » désobéir à votre père, » m'a-t-il répondu.

» — Mais loi ai-je dit, cette bonne Estelle souffrira donc » du froid et de la faim dans sa pauvre mansarde?

» — Espérons le contraire. Je connais une dame très charitable; je lui recommanderai votre protégée.

» — Ne craignez-vous pas qu'un secours offert par une » main étrangère ressemble trop à une aumône?

» — Oh! ce n'est pas tout-à-fait une étrangère pour ma- » dame d'Aronde. Vous pouvez d'ailleurs participer d'une » manière détournée à la générosité de celte dame. Elle » tait eu ce moment une loterie d'objets d'art, de travaux » à l'aiguille, de dessins, de bijoux," que sais-je 1 au profit » de ses nombreuses protégées. Madame d'Aronde sera né- » cessairement du nombre. De cette manière on n'aura * rien à vous reprocher.

» — Mais qu'enverrai-je à cette dame pour sa loterie de » bienfaisance ?

» — Oh I mon Dieu, une bagatelle, un rien, le collier de » jais, par exemple, que vous portez en ce moment.

» — Mais c'est un bijou de deuil.

» — Raison de plus. Il est des personnes qui affection- » ncnt particulièrement le noir. C'est parfois une façon de » porter incessamment le deuil de son bonheur passé. »

» J'ai remis le collier à Lafolio. Pourquoi ce bon serviteur a-t-il paru si content d'une action si naturello? »

« Le 19.

» En voici bien d'une autre ! Mon père parle de me marier.

« Et avec, qui? » avec un inconnu, un soi-disant amoureux, qui lui peint sa flamme du fond de l'Allemagne, et qui lui a fait payer trente sous de port pour cette étrange déclaration.

» Il paraît que le plan de ce monsieur n'est pas nouveau. Il m'avait déjà fait l'honneur de me remarquer du vivant de ma pauvre mère. Il se nomme Dabiron. C'est un spéculateur qui est allé faire fortune de l'autre côté du Rhin.

» — Je n'ai jamais eu un grand faible pour lui,» m'a dit mon père, a Je lui avais même refusé mon consentement; » mais le voici à la tête d'une fortune princière; c'est un » assez beau cavalier, et, ma foi, le parti me paraît très » sortable.

» — Mon père, ai-je répondu, voici mon ultimatum : » Je ne veux pas entendre parler de votre spéculateur » allemand. J'ai mes raisons pour cela.

» — Et quelles raisons, ma chère enfant?

» — J'en aime un autre. »

»Mon père à ces mots a paru stupéfait.

» — Que dites-vous, mademoiselle ? » s'est-il écrié. « Hé » quoi ! déjà 1 et sans ma permission, qui pis est ?

y> — Je n'ai pas encore la vôtre, » ai-je répondu, « mais » elle viendra. En attendant, j'ai celle des grands parens, » et c'est bien quelque chose. »

LE SIÈCLE.— XI V

« Et je lui ai montré la lettre que m'a remise M. Léonce Duplessis, de la part de ma pauvro mère-grand.

"—C'est vrai, » a dit mon père ; « mais à lettre, lettre et » demie. Une mère est naturellement une autorité une » fois plus forte qu'une grand-mère. Or, mademoiselle, » votre mère elle-même désirait le mariage que je vous » offre aujourd'hui. J'en ai la preuve écrite dans mes » papiers. Elle a sollicité huit jours mon consentement. » Je le refusais alors : le prétendu était pauvre comme » Job. Il y avait d'ailleurs un autre motif qui ne t'intéresso » pas et qui a perdu toute son importance avec le temps. » Mais aujourd'hui, s'il persiste dans sa déclaration, ac- » compagnée de plusieurs millions à placer par mes soins, » il n'y a plus d'objection possible. Hein! mademoiselle la » séditieuse, que dites -vous de cette série d'argumens?

» — Je vous répondrai quand vous m'aurez fait voir l'é- » criture de ma mère au sujet d'un pareil mariage. »

» Etje suis allée pleurer seule dans ma chambre.

» 0 Léonce 1 Léonce I Le ciel m'est témoin que si je n'écoutais quo mon cœur, vous seul seriez mon mari ; mais si ma mère mourante avait disposé de moi, ne devrais-je pas lui obéir, par respect pour sa mémoire si chère ? »

« Le 20.

» Ce matin, en rangeant ma chambre, Rosine m'a remis un papier qu'elle croyait m'appartenir : c'est un petit billet qui sera sans doute tombé de son enveloppe, et qui est écrit par une main de femme. Voici ce que j'y ai lu :

« Non 1 Pas de grâce ! Si vous ne rétractez pas vos im- » possibles accusations, il est inutile de vous présenter dé- » sormaischez moi. Je serai inexorable. Comment voulez - » vous, bel amoureux, que je croie à vos sermens, quand » vous vous préparez à un parjure? Réfléchissez.

» Simonne. »

» —A qui peut appartenir ce papier ? » ai-je demandé en le montrant à Rosine, « et comment peut-il se trouver ici? »

» Ma femme de chambre n'a pas répondu.

» — Ce ne peut être mon père, » ai-je ajouté : « il y a » bel amoureux, et papa a les cheveux tout gris. »

« Rosine s'est mise à sourire. Je m'y perds 1 »

« Le 21.

» Je suis allée à la messe aujourd'hui.

» Léonce était à la même place où je le revis pour la première fois à Paris.

» lia l'air triste, Est-ce un pressentiment?

» A ma sortie de l'église, il avait l'air de vouloir se rapprocher de moi dans la foule.

» En effet, il m'a rejointe sous le portail, et il allait me parler, mais la vue de Rosine l'a rendu muet. Il s'est contenté d'un affectueux salut.

» C'est étrange ! Moi d'ordinaire si peu timide, je tremble involontairement en sa présence.

» En ce moment, nous étions tous deux près du bénitier. La dame noire et voilée, que j'y rencontre assez souvent le dimanche, a trempé le bout de sa main si blancho et si potelée dans l'eau bénite ; elle nous en a offert à l'un et à l'autre, et tous les trois nous avons fait le signe de la croix ensemble.

» Je suis rentrée à la maison, toute préoccupée par une circonstance, purement fortuite sans doute. Il m'a semblé que la donneuse d'eau bénite portait aujourd'hui le collier de jais que j'ai remis à Lafolie pour la loterie de bienfaisance de sa dame de charité. Il y a parfois des apparences bien étranges! »

Enfin le moment arriva où Julie d'Appencherr eut à inscrire cette triste nouvelle sur son mémorial :

« Le 25... au soir.

» Mon Dieu! que viens-je d'apprendre! M. d'Aronde ra passer en jugement !

» Aujourd'hui, à dîner, en annonçant à papa cette nouvelle qu'il a sue je ne sais comment, car les journaux n'en

FRÉDÉRIC SOITIJE. - LEO LESPES.

disait rien encore, grand-papa Duplcssis paraissait rayonnant do jota

» Papa, au contraire, est devenu pAlecommo un linge.

n Qu'esfroe qui oela signifie 1

» Quant à moi, je nu* suis levée de table presque aussitôt , sous prétexte d'une migraine affreuse* (Quelle bonne invention que les migraines I) Le fait est ojoej'é prouvais an serrement do oo'ur qui avait besoin de solitude pour se l mIiiht. .le mus bien vite rentrée dans ma Cbambre pour être chagrino tout à mon .use.

» Pauvre obère Estelle ! Combien elle doit fttro inquiète I

» C'est Léonce qui s'est chargé do la délonso do M. d'Arondo.

» Mauvais début! » a continué grand-père, en riant d'un rire que je ne lui avais pas connu autre(ois,et qui m'a fait mal. C'est ainsi (pie doivent rire les démons. uMnis c'est » bien [ait I » a-t-il ajouté. «Gela lui apprendra à n'avoir » de sympathie que pour mes ennemis I Lo jour viendra » où ses regrets auront un motif plus cuisant encore. S'il » compte sur les libéralités de ma succession pour se dé- » dommager de l'insuccès judiciaire dont cette première » cause est lo fâcheux augure, il se prépare là une cruelle » déception ! »

» Je no comprends en vérité rien à l'inimitié de grand-père pour les d'Aronde et pour tout ce qui s'intéresse à eux. Mais il a beau dire, Léonce no pouvait choisir un plus digtié client pour son coup d'essai. Je suis convaincue de l'innocence de M. d'Aronde. Léonce est trop honnête homme lui-même pour se charger d'une cause qui lui paraîtrait déloyale.

» Oh 1 que je voudrais l'entendre plaider ! Je ne sais si les femmes peuvent assister sans inconvenance à de pareils débats. Je lo présume, quand elles sont amenées là par l'intérêt qu'elles portent à l'accusé, et non point par une vaine curiosité. Je consulterai Latolie à ce sujet.

» Quoi qu'il eh soit, j'ai le pressentiment d'un brillant triomphe pour mon cousin.

» Quelle belle carrière que celle du barreau 1 Utilité, fortune, considération, gloire! Mettre ainsi son intelligence, son savoir, son courage et son éloquence au service de l'innocence méconnue ! Quelle noble mission ! Je n'avais jamais réfléchi à cela jusqu'à présent. Quand on parlait d'avocat devant moi, je me représentais toujours un prétentieux et intarissable bavard, pompeusement aflublé, par en haut, d'une robe noire, d'un rabat blanc et d'une toque à plusieurs angles, et se terminant grotesquement, en bas, par un pantalon et une paire de bottes, comme il m'est arrivé d'en voir dans les images du Journal des demoiselles. Ah I certes, il n'eût pas fallu me parler alors d'épouser une pareille caricature !

» Ce qui me plaisait dans ce temps-là, c'était l'état de notaire. J'aurais été charmée d'être notairesse.

» Hé bien! maintenant, les avocats ne me font plus peur. Je trouve même que leur costume est très gracieux, très élégant. Mes préventions étaient vraiment injustes. Je n'aurais pas du tout de répugnance à être madame l'avocate; mais, là, du tout, du tout!...

» C'est étonnant comme les idées changent en vieillissant!

» Minuit sonne. Il est temps que je m'arrête, car je ne tarirais pas sur cette matière.

» Je ne déposerai cependant pas la plume aujourd'hui sans avoir fait, moi aussi, un grand acte de justice. J'ai à donner une verte semonce à l'indiscret, quel qu'il soit, qui se permet de jeter les yeux sur les feuillets de ce journal !

» J'avais déjà remarqué plusieurs fois qu'ils n'étaient plus tout à fait, ni à la place, ni dans l'ordre où je les avais laissés la veille, au fond du tiroir que je leur ai consacré dans ce petit meuble. J'attribuais ces légers dérangemens au plumeau de Rosine. Mais cetto explication n'est plus possib e. J'ai observé, il y a quelques jours, qu'il manquait plusieurs cahiers à la collection, et voici qu'aujourd'hui les cahiers manquans sont revenus, tandis que les suivans sont partis à leur tour !...

» Evidemment on les emporte sournoisement pour les ire plus à son aise.

» Qui ?... Je ne puis que lo soupçonner.

» Ce n'est m Rosine ni Lafolie, car ma vie ost tellement h jour pour eux, que ce mémento no lour apprendrait rien do nouveau.

» Ce n'est fias non plus un des gens de papa, car aucun d'eux n'entre ici. Rosine et Lafolie sont les deux seuls serviteurs qui aient le droit d'y pénétrer.

» Jo lo vois bien : ce no peut être que papa. Mais quand et comment s'y prend-il, lui qui vient chez moi bien moins souvent encore définis quelque temps ?

» 11 n'importe 1 c'est lui très certainement, puisque, ce no peut être personne autre. Et voilà pourquoi jo n'en formerai pas davantage mon secrétaire. Ce serait mal. Un pèro a le droit et le devoir do veiller sur toutes les actions de sa fil lo, et de connaître ses plus secrètes pensées. Si donc jo lui en veux en cetto circonstance comme en beaucoup d'autres, ce n'est pas pour la chose en elle-même, c'est seulement pour la manière dont il l'exécute. Pourquoi ne m'avoir pas demandé tout simplement cette communication? Je la lui aurais faite avec plaisir, et du moins elle n'eût pas été doublement désagréable» pour moi comme surveillance, pour lui comme indiscrétion.

» Je suis bien aise de vous dire cela, monsieur le curieux, puisque cos lignes sont destinées à passer sous vos yeux comme les précédentes!

» Mais cela dit, allons prier le bon Dieu pour lui, pour moi, pour madame d'Aronde et pour le succès oratoire do mon cousin Léonce 1 »

Julie se trompait dans ses conjectures : l'indiscret n'était pas M. d'Appencherr. Le pauvre baron avait bien d'aubes soucis en tête, que celui de fourrager dans les paperasses d'une bambine de dix-sept ans et demi, comme il l'appelait, et de s'amuser à déchiffrer des pattes de mouche qu'il eût traitées de gribouillages.

Ce n'était pas même la marcho de ses affaires qui le préoccupait le plus, bien que chaque jour elles s'en allassent davantage à la dérive. Il était trop faible, tropétourdi> trop léger, trop insouciant de caractère, pour s'en inquiéter sérieusement, autrement qu'à la dernière extré • mité, quand il serait trop tard peut-être. Ce trop lard fût venu depuis bien longtemps, si, pendant plusieurs années, d'Aronde n'eût été le véritable directeur do l'importante maison, sous le modeste titre d'employé principal. Mais, depuis que le jeune commis s'était retiré pour so créer une position indépendante, les choses n'avaient cessé d'aller de mal en pis, par suite de fausses spéculations, d'opérations imprudentes, de faillites considérables, de prodigalités dont la galanterie seule des anciens fermiersgénéraux eût pu offrir l'exemple. Il fallait toute la solidité des fondemens sur lesquels le premier baron d'Appencherr et son associé, M. Duplessis, avaient établi, à Paris, cetto succursale de leur maison de Francfort, plus de vingt-cinq années auparavant, pour qu'elle ne se fût pas écroulée, cent fois déjà, sous l'administration de leur fils et gendre. Encore n'était-ede restée debout que grâce aux secours que M. Masson lui avait fournis, une première fois, pour parer au contrecoup d'une banqueroute énorme, comme nous l'avons dit;— grâce aussi, la seconde fois, aux s;x millions environ composant le dépôt fait jadis, dans la caisse de ladite maison, par le chevalier de Limbourg, et dont ce même M. Masson avait remboursé le montant entre les mains de Pied-de-Céleri et de Roussignan-Muller, ainsi que nuis l'avons vu;— enfla, grâce au demi-million que son beaupère venait de lui remettre, à titre d'à-compte, en récompense anticipée de la déclaration qu'il avait faite au juge d'instruction dans l'affaire d'Aronde, avec promesse do six fois autant s'il y persistait jusqu'au bout.

Non, ce qui tourmentait le plus le baron, ce n'était pa? le mauvais état de ses finances, c'était le mauvais état do ses amours.

Forte des renseignemens qu'elle avait reçus de madame

LE VEAU D'OR

d'Arondo sur toutes les circonstances du duel, Simonne avait pu suivro ponctuellement les recommandations de son mystérieux correspondant. Elle avait d'abord opposé sa version à celle du baron, qui était resté stupéfait do tant d'exactitude; puis elle l'avait grondé du peu do franchise qu'il montrait dans cette affairo, lui avait fait honte do sa couardise, l'avait supplié d'être plus véridique à l'avenir, le lui avait ordonné, lui en avait fait une condition absolue pour la continuation de ses visite.*; et enfin, comme il n<- pouvait se résoudre à renoncer aux indispensables générosités de son beau-père, elle l'avait congédié nettement jusqu'à parfaite résipiscence.

« — Mais, adorable tyran, lui avait-il dit, je vous certifie que ma déclaration devant le juge n'est pas de celles qui puissent charger beaucoup l'accusé. Elle est si embrouillée, qu'il est impossible a'en conclure quoi que ce soit pour ou contre. Je veux que le diable m'emporte si j'y comprenais rien moi-même! Elle ne repose d'ailleurs que sur un seul des points essentiels du débat : la question de temps. Quant au reste, je me suis montré d'une impartialité vraiment antique Lorsquo le magistrat , par exemple , m'a demandé s'il était exact, comme on l'assurait, quo le prévenu battît régulièrement sa femme, je n'ai pas hésité à répondre négativement, avec une énergie dont vous eussiez été fière, à ce que je vois. Or, si favorable sur certains points et si nébuleuse sur certains autres qu'ait été celte déclaration, mon beau-père, qui aime sans doute le clair-obscur, a bien voulu m'exprimer la satisfaction qu'elle lui cause à son point de vue. Pourquoi vous montrer plus ex géante au vôtre? Laissez-moi faire ainsi votre bonheur à tous deux, en même temps que le mien par-dessus le marché.

» — Vous me demandez , monsieur, pourquoi je suis plus exigeante que votre beau-père? répondit Simonne avec un o froide amertume. Le voici. C'est que, moi, jo ne me contente plus , pour en faire ma société, de gens qui ne soient pas malhonnêtes tout à fait ; je veux, désormais des gens qui soient tout à fait honnêtes. C'est donc à prendre ou à laisser. Quand vous serez décidé à l'honnêteté complète, écrivez moi votre résolution, et vous pourrez revenir, comme d'habitude, assister à mes prônes, accaparer mes billets do loterie au profit des pauvres, et m'aider même à faire de la charpie pour mes blessés. Mais si vous persistez dans l'impénitence finale, si vousvoulez rester malhonnête à moitié, dispensez-vous- de venir, de m'écrire, de m'envoyer quoi que ce soit, fût-ce même , pour mes indigens, les millions que vous n'avez pas. Je ne veux plus vous voir. Vous me feriez horreur, et je croirais me damner moi-même en continuant de placer philanthropiquement vos fonds, pour le compte de notre salut commun. »

Depuis que cet arrêt lui avait été signifié, le baron n'avait cessé de venir chaque jour sonner à la porte de Simonne dans l'espérance de le voir cassé.

« — Je ne sais quel empiro cette femme-là exerce sur moi, se dit-il les premiers jours. Elle me ruino, elle mo gronde, elle me chasse I Eh bien! rien n'y fait! Je suis aussi toqué d'elle que Marc-Antoine l'était de Cléopàlre. Avec ça que, do son côté, ello n'est pas moins dépensièro que ne l'était celte lorette couronnée. Mais n'importe ! Jo ne puis me priver do la voir, bien qu'on ne doive certainement pas dire que la vue n'en coûte rien ! J'aime cette natiire fantasque, qui s'amuso tristement, qui s'attrMc aient, qui sourit en gémissant,qui médite en dansant, qui termine une chansonnette par un sermon, et qui pleure à chaudes larmes dans son verre à Champagne. Elle aussi, du reste, elle a tellement pris l'habitude de me tarabuster, de me faire pirouetter, do me tourmenter, de se moquer de moi, que je ne dois pas lui être moins nécessaire. Jo parie que la consigne n'existe plus aujourd'hui. Assuronsnous-en. »

Mais la consigne existait.

Il envoya des fleurs et des cadeaux. Cadeaux et fleurs furent refusés dédaigneusement.

Il écrivit. Simonne répondit négativement, comme nous

l'avons vu dans le potit billet que le baron avait laissé tomber par mégarde dans la chambre de sa fille, et que celle-ci avait transcrit pour la postérité sur son mémento. Enfin, après une foule d'autres tentatives non moins inutiles, le baron résolut de changor de tactique, d'user do ruse et do jouer l'indifférence à son tour.

— «Cléopûlro rappellera Marc- Antoine, se dit-il. C'est indubitable, et c'est elle qui du moins aura fait les avances. Une femme qui veut enrichir tous los pauvres de Paris, qui désire faire rouler carrosse à tous les gens qui n'ont pas de souliers, qui se chauffe sans doute avec des billets de banque comme M. de Talleyrand, qui boit dos décoctions de perles fines comme la reine d'Egypte, et qui so sert do diamans pour ferrer ses chevaux comme celle do Saba; cette femme-là ne peut pas me consigner bien longtemps à sa porto, moi son unique trésorier, comme uno marchande de modes qui apporte son mémoire trop tôt. »

Et le baron fredonnait avec sufûsanco cot air d'opéracomique :

Espérance , Confiance, C'est le refrain Du pèlerin.

Mais le refrain paraissait avoir tort cette fois, ce qui est bien extraordinaire pour un refrain.

En tout cas, on comprend que les naïves souvenances de Julie eussent paru bien puériles parmi de. telles préoccupations. Le baron n'en était donc pas le voleur.

Le voleur, l'honnête voleur, c'était Lafolie.

Commettait-il ce larcin pour l'agrément do sa propre curiosité? Non. Pareil à cet expéditionnaire qui ne lisait jamais ce qu'il copiait, Lafolie dérobait et remettait successivement en placo les divers feuillets du journal en question, sans se permettre de jeter un seul regard sur leur contenu. Il n'en consultait que la pagination.

Pour quels yeux les enlevait-il donc?

Pour c< x de la dame noire, do la châtelaine de Chaillot de la donneuse d'eau bénite, de la protectrice des d'Aronde, de la mystérieuse donataire du collier de jais, à supposer toutefois que ce soit une seule et même personne; et alors nous la soupçonnerions véhémentement d'avoir inspiré à la jeune fille, par l'adroit intermédiaire de Lafolio, l'idée même de ce mémorial quotidien, dans le butpassablement machiavélique d'en connaître jour à jour la candide teneur.

Pourquoi? C'est ce quo la suite de cette véridique histoire éclaircira sans doute.

Les renseignemens do Julio étaient malheureusement beaucoup mieux fondés que ses soupçons. Lo lendemain mémo, les journaux judiciaires annonçaient le renvoi do d'Aronde par devant la cour d'assises pour la plus prochai ne session. C'est qu'en effet la chambre des mises en accusation n'avait pu partager les doutes de son honorable et sceptique rapporteur, car ses convictions à ello n'avaient pas eu à subir le tiraillement d'assertions personnellement contradictoires. Ello avait jugé sur pièces. Or, les faits étaient patens, les conjectures vraisemblables, les affirmations plus quo suffisantes de la part des témoins mêmes du prévenu. Il n'y avait pas à hésiter, surtout dans un moment où la tièvro des spéculations avait envahi la société tout entière, et où la moralité publique éprouvait le besoin don voir flétrir hautoment les déplorables conséquences. La chambre avait dore déclaré qu'il y avait lieu à suivre sur l'accusation d'homicide volontaire avec préméditation. Il ne s'agissait pas moins quo de la peine capitale ou des travaux forcés à perpétuité.

C'était le moment quo Tiennette avait fixé d'avance pour l'exécution do ses menacos contre lo vieux Duplessis, après la violente altercation qu'elle avait eue avec lui, le matin même du duel, lorsqu'il était venu en toute hâte lui en annoncer le résultat.

— «Ah ! mes fidèles lieuleiians,» s'était écriée Tiennette,

FRÉDÉRIC SOULlE. — LÉO LESPES.

après la sortie précipitée du vieillard, eo s'adressent au Balsnoier, au Cyclope et à la Tôte-de-Hpe, qui avaient entendu toute l'altercation du cabinet voisin où ils se tenaient cachés, et «i n i eo étaient soriis pour protéger leur buzoraine ; « ah I mea Aataroth,mesBelaébuth, vous oie deman • diex tout à l'heure de l'ouvrage, avant l'arrivée u> cet Ônergumènel Soyez tranquilles : on va vous eo donner! Vous avoz vu cet antique maniaque Y Hé bien I je vous le livre à persécuter, a torluror, à dépecer. Pas encore, toutefois, i.es maléfices sont chose précieuse, qu'il no faut pas gaspiller inutiloment. Attendons le résultat des menaces que je viens do lui faire, il doit savoir quo jo ho menace jamais on vain. La réflexion peut le calmer. Il ost possiblo qu'alors il so rotractoot abandonne, son plan pour revenir au mien. Mais si, au contraire, il persiste dans. von abominable systèmo devant le jugo d'instruction; s'il persiste à vouloir perdre d'Aronde , en le présentant, lui soo témoin, comme un homme qui s'est battu pour une misère , qui n'a voulu accepter aucuno conciliation, qui a outrepassé la durée convenuo du combat, et qui a frappé déloyalomont son adversaire, après le signal de trêve ; si, en un mot, il conlinuo à appeler sur la tôle de mon noble protégé une condamnation pour le moins infamante, hé bien l mes fidèles furios, pas de pitié pour le faux témoin !

— «Non, non, pas de pitié !» répétèrent les trois séides.

— « Acharnez-vous h sa poursuite ! cramponnez-vous a lui I faites-en votre jouet, votre amusement, votre proie I Ce vieillard n'a plus que trois passions au cœur, qui toutes trois convergent au mémo but, qui toutes trois doivent en fairo votre victime assurée : une jalousie insensée, une curiosité maladive, une soif inextinguible de vengeance. C'est là l'unique défaut de sa cuirasse : c'est donc là que vos coups doivent porter.

— « Des coups ? » répéta le Cyclope en retroussant ses manches. « Fameux l ça me va, quoique le particulier à démolir soit un peu cacochyme. Mais il y a longtemps quo je n'ai démantibulé personne. Je joue de guignon. Mon bras so rouille à ne Tien taper, et la main me démange en diable. Tant pis doncl il faut bien se contenter de ce qu'on trouve.

— « Silence, idiot I » interrompit Tiennetle.a II ne s'agit pas ici de coups de poing. Il s'agit de torture morale, et non pas de violence physique. Malheur à toi, si tu te permets la moindre chiquenaude!

— «Suffit! «répondit humblement le Cyclope, en rabaissant sur ses poignets les manches de cette longue redingote à la propriétaire, un peu graisseuse au collet, râpée aux coudes, d'indicible couleur partout, et ornée d'une longue canne suspendue à un des boutons, qui le distinguait parmi ses contemporains. « On se conformera à l'ordre du jour : on renfoncera ses torgnioles , on rengainera ses coups de poing au fond de son bras.

— «Qu'il en soit ainsi!» reprit énergiquement Tiennette. Je le répète: le cœur de cet homme n'a plus que trois fibres de vivantes: je vous les ai dites. Ce sont ces fibres-là qu'il s'agit de faire vibrer jusqu'à les rompre. Tous les moyens jsont bons, les plus fous comme les plus terribles. Et quand vous l'aurez tourmenté comme un possédé, s'il n'est pas dompté encore, s'il ne demande ni merci ni grâce, s'il persiste dans son imposture jusqu'en face de la justice, oh ! alors qu'il succombe honteusement, platement, sous le poids même de son mensonge ! Qu'il soit couvert d'ignominie en présence de tous ! Qu'enfin, car un revirement imprévu, sa vengeance lui échappe soudainement contre le mari, en assurant la mienne contre la femme! Il est bon de faire deux coups de son tonnerre : c'est de l'économie bien entendue. Je ne serai probablement pas ici lorsque se produira l'hypothèse dont je parle, si tant est qu'elle se produise. De graves intérêts, qui ne sont pas complètement étrangers à celui-ci, m'auront appelée en Allemagne pour un temps plus ou moins long. Mais si ma voix vous manque alors, que ma pensée reste avec vous et vous inspire. Lo Balancier recevra ses dernières instruc-

fons avant mon départi C'est de lui que vous aurez à recevoir votre Impulsion, conformément à mes ordres; et lo tmoment venu, quo chacun de vous trois concoure à l'œuvre commune selon ses aptitudes et ses moyens d'action.

— « Partez tranquille, la bourgeoise,» interrompit lo Cyclopo avec son ardeur habituelle. «Vous serez contento de nous. J'entrevois déjà, pour fairo damner lo Duplessis, un certain badinage des plus cocasses, dont vous me direz des nouvelles!

— « Et moi uno manièro d'agacement qui lui portera drôlement sur les nerfs ! » ajouta la Tête-do-Pipo.

— a Et moi,» dit à son tour le Balancier, « uno façon de balançoire qui lui procurera un fort vilain quart d heure on cour d'assises.

— « Bravo! mes noblos coursiers! » reprit Tiennette. « J'aimo à vous voir pialfer ainsi d'impationco, avant que le cirque s'ouvre devant vous. Conservez-la pour l'heure opportune. S'il so permet do toucher au d'Aronde, sus, sus au Duplessis! Je ne regarde pas à la dépense, cette fois! Cent francs par chaque déplaisir que vous lui causerez ! mille par chaque choveu blanc quo vous lo forcerez do s'arracher ! Dix mille par chaque larme de douleur que vous tireroz de ses yeux ! Quant aux éternels remords, ce sera pour mon retour. Je m'en charge : c'est ma partie, et vous savez comment je travaille dans ce genre-là. Allez. C'est la première et dernière fois pout-ôlre que vous auroz à manœuvrer vers un but vraiment moral. Que cotte considération exceptionnelle soit votre seconde récompense.

— « Merci, » répondirent les trois acolytes en s'en allant; « mais la première nous suffisait. »

Tiennette no quitta point Paris pour lo Wardenbourg sans avoir donné au Balancier les dernières instructions qu'elle lui avait annoncées pour l'hypothèse convenue.

Or, l'hypothèse était produite avec la mise en accusation de d'Arondo. Les dignes lieutenans de Tiennette se mirent aussitôt à l'exécution de son plan. C'était un canevas ingénieux mais simple, que chacun d'eux se plut naturellement à broder, ainsi que nous Talions voir, de toutes les fantaisies de sa propre imaginative.

Après avoir quitté définitivement Ernée, à la suite de la mort de sa femme, pour venir de nouveau se fixer à Paris, M. Duplessis s'était logé dans une des petites rues solitaires qui avoisinaient alors l'hôtel de son gendre, situé rue Bergère, aux confins de la Boule-Rouge. Le baron d'Appencherr, qui n'eût pas demandé mieux que d'hébergor un si riche papa beau-père, n'avait pu lui faire accopter l'hospitalité dans cette belle et luxueuse demeure. L'atrabilaire vieillard avait toujours eu l'horreur du monde, de ses gênes et de ses inquisitions ; mais son humeur sombre et sauvage n'avait fait qu'empirer encore dans ces derniers temps. L'unique passion qui remplissait désormais sa vie avait besoin de solitude pour méditer ses plans, et de liberté pour les mettre à exécution.

Le logement occupé par cet homme dix fois millionnaire eût paru mesquin pour un simple bureaucrate aux appointemens de quinze cents francs.

Cet homme, qui eût pu trancher du Lucullus, ne se nourrissait, à peu de chose près, que de pain et d'eau. Cet homme, qui prodiguait l'argent dans l'intérêt de sa haine, allait faire ses petites provisions lui-même et les marchandait sordidement, plus que ne l'eût lait un pauvre diable.

Quant aux soins ménagers dont il ne pouvait absolument [pas se charger, cot homme, qui eût pu mener un train de prince, avait accepté les services de sa portière, à raison de douze francs par mois. Il ne voulut jamais lui en donner quinze.

Ces contrastes de lésinerie et de prodigalité ne sont pas rares, tant s'en faut. L'indifférence peut être avare; la passion est toujours prodigue.

Mais la présence de cette étrangère lui déplaisait fort. Elle était bavarde et curieuse, deux défauts impardonnables aux yeux du vieillard, surtout dans les circonstances

LE VEAU D'OR

oïl il se trouvait. Il résolut donc de faire venir d'Ernée la vieille bonne allemande qui pendant trente années avait servi madame Duplessis avec tant de dévoûment. C'était une (emme tranquille, taciturne, soigneuse et d'unefidélité à toulo épreuve. Elle offrait d'ailleurs l'avantage, inappréciable à ses yeux, de n'avoir pas quitté un instant sa maîtresse depuis leur oépart de Francfort. Que de renseignemens utiles ia curiosité de son maître, sa jalousie, son désir de vengeance, sa monomanio, en un mot, pourrait obtenir d'une si ancienne camériste, avec un peu d'adresse, avec beaucoup d'or s'il en était besoin, maintenant que l'érudition de la confidente ne pouvait plus êlre retenue par la crainte de compromettre une bienfaitrice.

Il écrivit donc dans ce but au successeur de son neveu à Ernée, car la vieille Marguerite (tel était le prénom sous lequel on l'avait toujours désignée chez lui) devait encore habiter cette ville, où sa maîtresse en mourant lui avait assuré une honnête existence.

Le nouveau notaire répondit à M. Duplessisque Marguerite,en effet, était restéeà Ernée; qu'elle y avait acquis une petite maison, voisine du cimetière, et qu'elle partageait tout son temps entre l'église et la tombe de sa maîtresse; mais qu'au moment même où il écrivait pour la mander auprès de lui, la vieille bonne partait d'elle-même pour Paris, sous la conduite d'un inconnu qui était venu la chercher ; qu'elle avait résisté d'abord à toute proposition de voyage, mais qu'après la lecture do quelques mots écrits en langue étrangère par cet inconnu, et que les témoins de la scène l'entendirent prononcer en les lisant, mais sans pouvoir les comprendre, Marguerite avait poussé un grand cri, s'était presque évanouie, avait éprouvé ensuite comme un transport de joie, en s'écriant : — « Pauvre en- » fantl... est-ce bien possible 1... Merci, mon Dieu !... Par » tons, partons 1 »; et autres exclamations tout aussi peu intelligibles; qu'à la suite de ce véritable délire, elle s'était mise en route immédiatement avec l'inconnu ; qu'on ne connaissait pas le but définitif de son voyage ; que toutefois elle avait recommandé expressément qu'on lui envoyât le plus tôt possible divers objets dont elle n'avait pu attendre livraison dans la précipitation de son départ ; et enfin, que l'adresse laissée par elle était : a Rue du Bouloi, hôtel d'Allemagne, à Paris. »

Sans trop s'occuper de ce que ces détails pouvaient avoir de bizarre, M. Duplessis se félicita d'avoir Marguerite si près de lui. Il espérait vaincre de vive voix ses hésitations, plus facilement que par correspondance. Il se rendit donc aussitôt à l'adresse indiquée.

Chose étrange, un riche équipage stationnait à la porte de l'hôtel, et, sous la voûte assez obscure qui servait d'entrée à l'établissement, M. Duplessis se croisa avec une dame vêtue de noir et voilée, qui parut tressaillir en l'apercevant, et qu'accompagnait un homme dans lequel il lui sembla reconnaître Lafolie.

M. Duplessis s'arrêta pour mieux s'assurer du fait lorsque ces deux personnes, ayant dépassé la pénombre de la voûte, seraient arrivées sous la pleine lumière de la rue ; mais elles ne se retournèrent ni l'une ni l'autre, et montèrent toutes deux dans le riche équipage, qui partit aussitôt. M. Duplessis n'en put voir davantage.

Tout intrigué d'une telle rencontre, il se présenta au bureau et demanda si une femme âgée, du nom de Marguerite, n'était pas arrivée d'Ernée.

On lui dit qu'une femme, répondant à ce signalement, était arrivée, en effet, de cette ville, depuis la veille, mais que ce n'était pas sous le prénom de Marguerite qu'elle s'était fait inscrire.

— Sous quel nom, donc?

— Mais j'ignore, monsieur, en quelle qualité vous pouvez m'adresser cette question , objecta naturellement l'employé.

— C'est juste, répliqua Duplessis. Je suis son ancien maître ; elle est restée trente ans chez moi, comme servante de ma femme ; mais je ne l'ai jamais connue que par son prénom, ce qui est assez d'habitude, comme

vous savez, à ce point que je n'avais même jamais pensé qu'ello pût s'appeler autrement.

— Hé bien, monsieur, elle s'appelle Warchell de son nom propre, répondit le buraliste.

— Warchell 1... s'écria Duplessis, que ce simple nom avait fait tressaillir comme si quelque tuile lui fût tombée sur la tête. Comment dites- vous, monsieur?... War...

— Warchell, répéta le commis.

— Hé quoi ! Warchell?... C'est bien Warchell que cette... cette femme se nomme? Vous en êtes sûr?

— Pafaitement sûr, répliqua l'employé, un peu étonné lui-même de l'étonnement du vieillard.

—Oh! ce n'est pas possible I reprit celui-ci ; il y a erreur... quiproquo... je ne sais quoi... mais vous vous trompez.

— Je me trompe si peu, monsieur, que voici la note copiée textuellement de; son passeport même... Voyez plutôt: «Veuve Warchell (Marguerite) .. » Effectivement, elle se nomme aussi Marguerite, dit l'employé en interrompant sa lecture. Je ne l'avais pas remarqué. « Néo a Kermer, près Francfort,» continua-t-il.

— A Kermer!... près Francfort!... veuve Warchell !... s'écria de nouveau Duplessis, sur lequei chacun de ces mots produisait l'effet d'un 1er rouge. Allons, c'est cela !... c'est bien elle !... c'est la nourrice !...

— La nourrice?... dit l'employé en souriaBt. L'enfant, en ce cas, doit avoir fait ses dents depuis bien longtemps.

— Où loge-t-elle ? reprit Duplessis, car il faut absolument que je lui parle.

— Ma foi, monsieur, vous arrivez fort à propos ; cinq minutes plus tard, vous ne l'eussiez plus trouvée. Vous voyez dans la cour celte diligence tout attelée? La femme Marguerite Warchell, la nourrice en question, y a retenu deux places, une pour elle, l'autre pour un étranger qui l'accompagne.

— Et où va-t-elle donc ?

— En Allemagne.

— En Allemagne? Elle retourne dans son village sans doute. Raison de plus pour me hâter de la voir. Où la trouverai -je?

— Escalier C, troisième étage, chambre 12. Duplessis s'empressa de suivre cette indication.

— Infamie ! murmurait-il en gravissant l'escalier avec toute la légèreté d'un jeune homme. Ainsi donc, ma vénérable défunte avait trouvé piquant de garder toujours auprès d'elle la seconde mère de l'enfant, la nourrice du fruit de ses indignes amours, la confidente de celte odieuse intrigue ! Et moi, par conséquent, moi, durant de longues années, j'ai été non seulement la dupe, mais le jouet, mais la moquerie de ces deux femmesl Abomination ! Et l'on voudrait que je pardonnasse une injure qui a pesé sur la moitié de ma vie! Et l'on voudrait que ma juste vengeance eût expiré sur la tombe de la coupable ! Non, non! Haino et persécution à ses complices ! haine et persécution à tout ce qui survit de cette exécrable forfaiture! Calmons-nous cependant, avant d'aborder cette femme, et tâchons d'obtenir d'elle, par la douceur, par l'intérêt, n'importe comment, quelques nouvelles explications.

Tout en parlant ainsi, le vieillard était arrivé devant le numéro occupé par la voyageuse. Il entra sans frapper.

Marguerite Warchell ne détourna pas la tête. Elle achevait de ranger dans une valise les effets qu'on venait de lui expédier d'Ernée.

— Marguerite ! s'écria Duplessis, qui, dans sa préoccupation, oubliait l'infirmité auriculaire de son ancienne domestique.

La bonne continua sa besogne, et ferma la ralise avec un i-oin minutieux.

Duplessis lui frappa alors sur l'épaule.

La vieille bonne se retourna, mais dès qu'elle eut aperçu la figure rébarbative de son ancien maître, elle recula comme à la vue d'un serpent.

— Le maudit! s'écria-t-elle les yeux hagards, et avec un geste d'horreur. Voilà le maudit ! Que vient-il faire ici?

Et tendant en avant ses mains maigres et tremblantes

PRfinfinif. soulie. — leo leppes.

d'émotion» elle sembla se garer d'avance contre les violences probables de l'irascible vieillard.

Pupleasis comprit qu'il fallait agir d'abord par la persuasion. Le tigre rentra ses grilles et lit patte de velours.

— Marguerite I ditrilavec toute l'aménité dont il ùtait capable, je voua ai tait demander pour être nu gouvernante. Nous âtes au courant de mes habitudes, el fa - la disposé a vous rendre l'existence heureuse. Vous serez mon tactotuni, ma suriutendante, et vous auroz uno largo placo sur mon testament.

Ces promesses étaient (aitei «l'un ton plein do câlinerie, mais c'était un luxe d'inflexions barmoniouses dépensé en pure perte. Marguerite ne pouvait pas saisir les paroles du vieillard.

Toutefois, elle avait pris la longue habitude d'intorpréter assoz sûrement le mouvement des lèvre-.

— Tu me flattes, je le vois bien, maudit I reprit-elle ; tu bio flattes comme tu flattais ma pauvre maîtresse, la veille de cette fête qui causa sa mort; tu me flattes pour me frapper plus certainement. Mais je no te crains pas : dans un instant je serai loin do toi.

— Ecoute, dit Duplessis : tu as été la confidente de cette maîtresse dont tu prends la défenso; tu as été la dépositaire doses secrets; tu as élevé l'enfant dont la naissance a déshonoré mon nom et détruit mon bonheur 1 Avoue ta participation, raconte tous les détails de ce drame intime si longtemps igneré, dis-moi tout, et jo t'assure pendant le reste de tes jours une fortuno indépendante; jo te donne de l'or, autant d'or que tu en voudras 1

Marguerite, fatiguée, non pas de l'ouïr, mais de le voir lui débiter tant de vaines paroles, secoua la tête d'un air railleur.

— Dieu, reprit-elle m'a fait la grâce de no pouvoir t'entendro, toi qui as assassiné la meilleure des fonmes I

— Sourde 1 s'écria le vieillard ; sourde 1 cela est vrai : je l'avais oublié. Quel malheur l j'ai là sous la main le témoignage le plus complet, et je ne puis rien savoir. Mais, j'y pense, conlinua-t-il ! j'ai sur moi un moyen infaillible de me fairo comprendre.

Et tirant de son portefeuille les papiers qu'il tenait do Monlreuil et dont il s'était muni tout exprès pour cette visite, il les plaça sous les yeux de l'ancienne confidente de sa femme.

La sourde les regarda avec attention.

— C'est moi qui ai signé ces lettres, dit-ollo en déignant les premières; c'est ma maîtresse qui a écrit les suivantes, et c'est le chevalier de Lirubourg qui a écrit les dernières.

— Ah ! tu reconnais tout cela? dit Duplessis, devenu pâle de colère, en appuyant sa question d'un geste explicatif.

— Oui, il y a bien longtemps 1 J'avais la main sûre alors.

— Et l'enfant? dit le vieillard en criant à pleins poumons.

— L'enfant? répondit Marguerite, qui avait lu ce mot sur les lèvres de son interlocuteur ; vous savez donc qu'il y avait un enfant ?

Duplessis, avido de révélations, se contint en répondant affirmativement par un signe de tête point trop furieux pour la circonstance.

— Alors je n'ai plus besoin de le cacher. Oui, il y avait un petit garçon, beau comme le jour. Ma pauvre maîtresse en raffolait.

— Ah 1 elle en raffolait 1 répéta le vieillard avec un souriro amer.

— Elle venait le voir toutes les semaines en cachette, quelquefois seule, quelquefois avec le père, un beau gentilhomme bien aimable. Ah 1 c'était le bon temps l

— Le bon temps l murmura le vieillard, qui voyait ainsi se confirmer toutes ses présomptions; dis plutôt le temps de l'opprobre et de l'ignominie l Ah! j'aurais voulu pouvoir douter encore; mais ce dernier aveu met le comble À ma haine et à ma douleur. Malheur à ceux qui m'ont

efienté, à commencer par toi, misérable instrument do ces boateuiea Intrigues i

Et il allait saisir Ta vieille servante par le bras, quand parut l'étranger ^\rv lequel elle avait fait i oée, et qui, par -on ooatume, semblait être un nomme confiance chargé de la conduire et de veiller sur elle.

— Parlons, madame, dit-il avec un peu d'accent allemand, et en Indiquant la porto delà main.

— Un instant I fit Duplessis, je veux oncoro fairo quelques questions à cette femme.

Lo compagnon do la femme Warchell répo-dit :

— Désolé de no pouvoir vous servir d'interprète, ruais les voitures publiques n'attendent pas ; celle-ci va pirlir, et nous n'avons que le temps de no pas arriver trop lard au liou do notro destination.

Et sur co, il emmena la femme Warchell, laissant Diplessis seul, consterné, anéanti, dans la chambre abandonnée.

— Malédiction 1 s'écria-t-il, malédiction sur l'enf ml rude cet amour coupable! sur ce d'Aron le quo j'ai ruiré déjà, que j'ai déshonoré déjà dans l'opinion publique, et quo bientôt, j'espère, je vais frappor encore par le glaive de la justice 1 Hien, pas môme l'ombro d'un doute, no parle plus en sa faveur l

Le lendemain même de cette scène, l'arrêt de renvoi do d'Aronde devant la cour d'assises vint donner à Dunlfl

uno des plus douces satisfactions qu'il eût jamais éprouvées. Mais ce fut la dernièro.

Les lieutenans de Tiennette commencèrent alors à lui faire une vie très peu agréable, conformément aux instructions qu'elle leur avait laissées.

C'était tout un système de petites tracasseries à exaspérer l'homme lo plus paisible, commo les petites flèches que l'on jette aux taureaux des arènes pour surexciter leur fureur.

Rien ne fut négligé de co qui pouvait rappeler sans cesse au vieillard la mésaventure conjugale dont il poursuivait la vengeance et lui en faire un tourment perpétuel.

Le jour, qu'il sortît, qu'il rentrât, qu'il se présentât dans un lieu public, partout enfin, il se trouvait toujours là devant lui, près de lui, derrière lui, quelques gais flâneurs s'entretenaut de femmes infidèles, de princes séducteurs, d'enfans nés ou à naître, de maris grotesquement dupés, avec toutes les circonstances, en un mot, dont il pouvait se faire à lui-même uno cruelle application.

Le soir, des orgues de barbarie s'en venaient jouer avec acharnement, sous ses lenêtres, des airs dont les paroles renfermaient de semblables allusions.

Une avalanche continuelle de lettres vint ajouter à son déplaisir tous les quolibets que la malignité peut se permettre impunément sous le voile de l'anonyme.

Enfin, il n'était pas rare qu'il trouvât dans son chapeau, dans ses poches et jusque dans sa tabatière, de petits papiers renfermant des caricatures de même genre, dessinées à la plume, et qu'une habile main était parvenuo à y glisser dans la foule.

Qu'opposer à de pareilles taquineries?

A qui s'en prendre ? Comment les faire cesser?

Nous n'avons pas besoin de dire que le Cyclopo devait être l'organisateur des unes, et qu'on eût pu retrouver dans les autres le talent calligraphique du Balancier.

Quand ces petits coups portés incessamment aux passions les plus vivaces de Duplessis leur parurent avoir jeté leur victime dans cet état de prostration où fléchissent souvent les plus fermes résolutions, la Tête-de-Pipo se présenta chez le vieillard pour tâcher de recueillir le fruits de ces énervantes manœuvres.

— Qui vous amène? lui dit brutalement le vieillard.

— L'intérêt que je porte à un homme d'âge tel que vous répondit hypocritement l'émissaire de TiennHte. Il paraît' mon brave monsieur, que, bien qu'absente, cetti malicieuse créature vous rend la vie un peu dure en ce moment?

LE VEAU D'OR

— Comment 1 c'ost ello qui...

— Mon Dieu oui; qui inspire et soudoie vos persécuteurs. C'est une femme si amusante !

— Ah I vous trouvez delà amusant?

— Damo! oui. Et vous? Pas autant, n'est-ce pas? C'ost ce que je pensais. Mais il vous est bien plus facile de vous en délivrer qu'il ne l'est à un pauvre caniche de se débarrasser do la casserole quo des «amins lui ont attachée à la queue. Un mot suffit. C'est demain quo M. d'Annulé paraît devant le jury. Dites la vérité, désistezvous , ne chargez pas le prévenu, laissez-lo acquitter : ce sera justice, et je vous promets qu'à partir de demain > vous couh rez des jours on ne peut plus monotones de tranquillité.

— Jamais 1 répondit Duplessis avec rage.

— En ce cas, j'en suis fâchée pour vous, mais vous n'êtes encore qu'à l'aurore de vos tribulations. Le branle-bas va redoubler sur toute la ligne. Sans compter les papiers que Tiennetto tient en réserve pour ce qu'elle appollo lo bouquet de ce feu d'artifice d'emberliûcotemens.

— Des papiers?

— Hélas ! oui; la suite, dit-elle, de ceux qu'elle a livrés à Montreuil, et quo cet intrigant vous a remis. Je les ai vus cent lois comme je vous vois.

— Mais comment donc cstte abominable créature se les était- elle procurés?

— Un jour qu'elle faisait une petite perquisition do jalousie chez d'Aronde, son amant d'alors, et qui était absent, elle les subtilisa dans un petit coffret, dont ensuite elle rétablit avec soin les bandelettes et les cachels de cire, afin qu'on ne s'aperçût de rien. Un vrai tour à la Bosco.

— Chez d'Aronde?... Oui, en effet, il était naturel quo ces papiers fussent en sa possession, interrompit Duplessis, dont 1 i curiosité jalouse se trouvait portée jusqu'au paroxysme. Hé bien I voyons, ajouta-t-il, cartes sur lable. Combien voulez-vous do ces papiers? Dix mille francs?

— Dix mille? répéta laTête-de-Pipe, chez qui une pensée de cupidité et de trahison venait de poindre tout à coup. Dix mille? Allons donc I ce serait presque à la livre. Cinquante mil e, je ne dis pas : la somme, à ce qu'on pretend, ne serait plus déshonorante.

— Cinquante, soit ! Comment ferez vous ? c'est votre affaire : cela ne me regarde pas ; je n'en veux rien savoir ; mais il me faut ces papiers I

— On tâchera, mon beau monsieur.

— Quand?

— Ce soir même.

— Allez. L'argent est là : j'attends.

Il était nuit quand la Tête-de-Pipe quitta M. Duplessis. Elle se rendit aussitôtehez Tiennelte, où ello était connue comme uno des habituées de la maison.

Kilo s était munie en route de petits gâteaux et do vin muscat, et monta jusqu'à la chambre que la femmo de charge occupait dans les combles.

Tiennt tte ayant naturellement emmené sa camériste en Al'emagne, cette femme de charge était le seul domestique à qui fussent remis en ce moment la garde et le soin do l'appartement. C'était une femme d'un certain âge, chez qui le goût des petits-fours, du vin doux et liqueurs fortes avait remplacé, comme chez la Têtede-Pipe» les passions plus impétueuses do la Jeunesse.

Aglaé, ou plutôt Glaé (c'est ainsi qu'on l'appelait par abréviation), Glaé donc et la Tête de-Pipe étaient deux excellentes amies, et ce n'était pas la première fois qu'elles faisaient dînette ensemble.

Mais celle fois la Tête-do-Pipo se ménagea d'autant plus qu'elle ménageait moins sa camarade. A la seconde bouteille de lunel, celle-ci se sentit prise d'une invincible envie de dormir. A la troisième, ello ronflait profondément assoupie.

La Tête-de-Pipe s'empara alors du trousseau de clefs quo la femme de charge portait à sa ceinture, descondit

les étages à pas de loup, s'introduisit chez Tiennetto sans avoir été aperçuo, retira la clef et referma la porte.

Elle se trouva seul" alors, dans l'obscurité la plus complète, au milieu do cet immense appartement. Mais ello avait songé à tout. Elle tira de sa poche un briquet chimique et alluma une des bougies placées sur la cheminée. Elle gagna ensuite le cabinet de Tiennette et en ferma les rideaux afin qu'on n'aperçût pas la clarté du dohors.

Cela fait, elle s'approcha de l'armoire do fer et l'examina avec attention.

— Ces huit ronds marqués do lotlres, dit-elle, doivent êtro placés de manière à former ce mot : T IE N N E T E j presque le nom de la propriétaire. J'ai vu cent fois la bourgeoise les disposer ainsi. Voilà maintenant, si j'ai bonn ) mémoire, il n'y a plus qu'un piston à pousser. Essayons.

La Tête-de-Pipe appuya fortement sur le piston de cuivre et sentit lo mécanisme obéir à la pression de sa main.

— Victoiro ! s'écria-t-elle. Ma fortune est faite I Et cetle fois du moins je l'aurai faite en gros, au lieu de ne pas même la faire en détail avec les mesquines rétributions do la bourgeoise. Et d'ailleurs la plupart des paperas es en question doit être chippées par elle, je puis bien les chipperà mon tour. Continuons.

Mais au moment où elle lirait vivement à elle les deux ba'tans d'une première clôture qui en recouvraient uno seconde, deux armes, dont la mégère ne soupçonnait pas l'existence et dont il eût été facile d'empêcher l'explosion en détachant une gâchette invisib'e, partirent subitement en croisant leur feu.

Le coup fut terrible : il était calculé do manière à ce quo les deux balles frappassent l'Indiscret en pleino poitrine.

La Tête-de-Pipe fit un bond en arrière, étendit les bras, chancela, et tomba morto devant l'armoire entrebâillée.

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