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lu vas tout savoir. Son apparie il cal du côté d [un jardin cl<
deux -8 1'tpai le Clain.ia voulais vol; a lumière de la lampe (pu
veille a côté dVlle Je ne pouvais franchir lea mui i le do cendisdans
l'eau, ie remontai le courant Jusqu'à ce que Je fuase en li le i
maison el là au milieu de la nuit, je demeurai doux heures, immobile ù regarder ce mur unir; car les renôtres, bien cloBeB, ne lnisgaie.nl pas morao percer cette lueur qui fût venue me dire i Me Entin, au risque de la perdre, de me perdre-, j entrai dans le jardin, j'allai jusqu'à sa fenêtre : ne pouvant la voir, il me sembla mie je l'entendrais. C'était un ailence glacé. Elle dormait d'un son \é < ici heureux Mme doute, tandis que je pleurais el que je souffrais si près d.'olle. Cela m'irrita. Je fus sur le point de heurter à celte en d'éveiller Victorine, de lui faire peur, .l'appeler son mari, de provoquer nue Bcène, mi crime, que sais je? Je souffrais trop pour ne pas vouloir quelle souffrît avec moi. Je compris que ma tôte se perdait ; [e m'enfuiael je rentrai chez moi au point du jour, dévoré d'une fièvre ardente, el animé d'une colère que je ne puis te «lue. Le médecin ordonna nue application de sangsues sur la poitrine. Je n eusse peutêtre pas suivi cette ordonnance, si je n'avais été décidé a ne pas retourner elie/. madame Cantel. Mais je voulus ajouter un obstacle physique à la force de ma volonté. Jusqu'à l'heure où j'avais coutume d'aller ehe/. elle, je ne doutai pas un moment de mon COUrageà tenir ma résolution; niais quand cette heure sonna, je ne puis rien te dire, mais c'est une puissance surnaturelle, inouïe... Je compris la voix des démons, qui appellent à certaines heures les âmes maudites à d'infernales aissemblees. Malgré moi, je quittai mon litji'étreignis, je comprimai bous des bandes nouées autour de moi mes blessures saignantes; je m'habillai, je sertis, el sans pouvoir dire «pie je l'aie youIu, l'ail, u ehez elle et j'\ arrivai pâle, tremblant, défait. Ëlleétait
ealine.'helle, réjouie. Ohl celle luis, je me sentis un courage plus fort que mon amour. Le soir était venu et l'obscurité avec lui. Elle étail devant son piano et au bout du salon. Je m'approchai, el ie lui dis tout bas. avec .un désespoir qui eût dû me tuer: «Adieu ! .jamais je ne vous reverrai. » Je ne voulus pas entendre sa réponse, et je m'éloignai ; mais je n'étais pas au bout du salon, que j'entendais le son de l'instrument; il préludait tristement... Je m'arrêtai, et bientôt ces sons \ agues et distraits chantèrent doucement cet uir dont les paroles étaient un aveu :
Lasl il se plaint de ma rigueur ;
Suis-je donc trop sévtre?
Quand il m'exprime son ardeur,
Ai-jo un aii Je ooliio 9
Il nie sembla que le ciel s'ouvrait; mais j'avais trop souffert; je doutai, ou plutôt je ne voulais plus douter. Je retournai près d'elle : elle axait quitté son piano, comme honteuse de sa faiblesse. Je fus sans pitié à mon tour, et je lui dis comme elle passait près de moi :
— 11 me semble que cet air doit plaire à M. de Graverend.
Elle s'arrêta comme terrassée, et ne répondit qu'un mot, mais d'une voix qui me dit que je l'avais fait souffrir autant que je souffrais:
— Oh! ingrat! me dit-elle, et elle s'enfuit.
N'était-ce pas un aveu? ne m'aimait-elle pas? ne dois-je pas croire qu'elle m'aime? .
Lucien avait écouté son ami avec un air d'intérêt compatissant , et quand celui-ci lui demanda s'il ne devait pas se croire aimé, il lui répondit avec une amertume sérieuse :
Ohl oui, tu dois le croire : je l'ai bien cru, moi qui avais déjà
été trompé; moi qui savais qu'il est des femmes pour qui les tortures du cœur d'un homme sont une volupté dont elles ont soif.
— La crois-tu donc si désireuse d'inspirer de l'amour?
— Non, reprit Lucien brutalement; je ne lui fais pas même cet honneur. 11 doit y avoir un but plus vil encore dans le manège de cette femme.
— Je te dis qu'elle m'aime, s'écria Eugène; je le sens, je l'éprouve, elle me l'a dit.
— Quel gage en as-tu?
Eugène parut embarrassé de répondre; mais surmontant la crainte qui le retenait, il reprit en montrant à Lucien un médaillon renfermant un morceau de papier :
— Tiens, le voilà ce gage.
— Une lettre? voyons...
— Non, mais sur ce papier il y avait écrit...
— 11 y avait? dit Lucien.
— Écoute-moi, et tu verras si je suis aussi trompé que tu feins de le croire. Quelques jours après la scène dont je viens de te parler, j'arrivai chez elle par l'extrémité du jardin dont la petite porte reste ouverte jusqu'à la nuit. A travers sa croisée ouverte je l'aperçus : elle dessinait, et semblait tellement préoccupée de ce qu'elle faisait, qu'elle ne s'aperçut point de ma venue. Je m'avançai doucement, j'entrai dans le salon : elle n'entendit rien. Elle avait bien un dessin devant elle, niais elle écrivait. Je voulus savoir quelle pensée la préoccupait si profondément. Je m'approchai, et je pus lire, sur le papier
nu elle i layail son crayon, mon nom écrll dix fois... « Eugène! lai- eue ! Eu une! a el enfin, au coin do ce papier à qui elle confiai! son cœur, ces mol une, je l'aime! » Je pous li un cri de bon-
heur : elle se retourna, me vit, et devin! rouge el confuse, i • voulus aisir ce papier, mais elle s'en empara; ul tandis que ji lui tenais une iii.iin in la suppliant de me le donner, elle le déchirai l de l'autre ma mi avec ses dénis, en mu ri n nia ni d'une voix étouffée : Jai
jamais! « Il semblait qu'elle voulu) l'aire rentrer dan i cet
aveil que j'avail surpris : car elle uiaeha il et' papier en pleurant, et
je n'ai pu saisir que ce débris que j 'an iu moment
où elle allait le détruire. Elle mu le redemnnda avei des larmes; mais je le gardai, quoiqu'il ne resta! paj une lettre de ce qu'elle n lit écrit : je le gardai, el il est pour moi un gage d'autanl plut sacré,
que je puis seul \ lire l'aveu qu'il a reçu...
— El qui n'y est plus, dit Lucien ; el sans doute depuis elle to l'a
laissé î
— Oui, elle nie l'a laissé en me disant : « Il vous apparlienl ; il a reçu mes confidences, el il a touché mes lèvi'66. »
— I nia mie ! s'écria Lucien en se levant avec violence. Oh ! quelle
femme ! quelle femme !
— Mais qu'as-tu donc? reprit Eugène
— Rien, rien, dit Lucien. M, us nous allons aujourd'hui chez die, parlons de bonne heure; je veux la voir, je veux lui parler... ou
plutôt, cela vaut mieux, tu vas lui écrire. Demande-lui une réponse, un mot, mais une réponse écrite, un moi écrit.
— En veux-tu faire im usage contre elle ? dil Eugène avec hauteur.
— Si elle, t'aime, non. Je l'ai aimée, moi, c'est vrai; uni si eLIc t'aime, je croirai que je suis un fou d'avoir pensé d'elle ce que j'en pense. Je ne serai pas jaloux de Ion bonheur; il te coûtera cher. Mais, quoi qu'il doive le coûter, je ne serai plus un censeur fâcheux; je le. plaindrai, mais je le servirai. Oh ! quand l'amour est vrai, quand il est puissant comme le lien et qu'il rencontre un amour égal, qu'importe ce qu'il coûte, fùl-ce l'honneur, fût-ce la vie ! Mais il faut lui écrire, il faut lui dire que je suis venu te chercher, que tu pars, et que tu ne resteras que si elle t'aime... que si... tu me comprends... et elle te comprendra.
— Et si elle me laisse partir ?
— C'est qu'elle ne t'aimera pas el qu'elle te trompe.
— Ou peut-être qu'elle ne voudra pas être coupable, même en m'aimant.
— Et s'il en est ainsi, ce sera une honnête femme, qui préfère son honneur à son amour, et toi, tu serais un malhonnête homme de prolonger un combat où elle finirait par succomber. Quoi qu'il en soit, laisse-toi guider par moi. J'ai des raisons d'agir comme je le fais, qui to révolteraient si je le les disais; si je me suis trompé, je te les cacherai éternellement. Je ne te répéterai pas une calomnie sur une femme que lu aimes avec celte passion; je ne verserai pas sur cet amour une goutte d'un poison qui le le rendrait amer au milieu de ses plus pures délices. Je vous laisserai au hasard qui peut vous proléger assez longtemps pour que cette passion s'éteigne; au hasard qui peut vous perdre, avant même que cette passion ne vous ait perdus l'un et l'autre.
— Oui, je lui écrirai, dit Eugène; car tu as fait ce que tu ne voulais pas faire, tu as assez troublé la sécurité de mon âme, pour que maintenant il me faille tout ce que peut me donner encore Victorine pour croire à ce qu'elle m'a déjà donné.
Eugène se mit à son bureau, écrivit et montra la lettre à Lucien.
« Victorine, il faut (pie je vous parle cette nuit, celte nuit même. Ne me refusez pas si vous m'aimez. Je puis rentrer par la petite porte du jardin, vous pouvez y venir; venez-y, c'est de ma vie, de la vôtre peut-être qu'il s'agit. Ne l'oubliez pas. »
Lucien lut la lettre; il parut la méditer, et dit lentement :
— Oui, tu l'aimes bien, car tu écris en le sentant un de ces billets insensés avec lesquels on trompe les femmes, quand on ne les aime pas. Si tu penses ce que tu dis là il y va véritablement de ta vie et de la sienne.
— Oui, oui, dit Eugène.
— N'importe, dit Lucien, remets cette lettre. Je serai là. Eugène cacheta la lettre, et un moment après les deux amis partirent pour la ferme du Pressoir.
Eugène et Lucien arrivèrent bientôt chez M. Cantel. Une sombre préoccupation qui leur a\ait fait garder le silence durant tout lo chemin avait suivi leur entretien. Mais ils réussirent l'un et l'autre à la dissimuler pour répondre comme ils le devaient à l'accueil plein de cordialité que leur lit M. Cantel. Le commandant, en les voyant venir de loin, s'était porté à leur rencontre, et après les premières salutations el la présentation de Lucien, il dit aux deux amis :
— Je suis venu au-devant de vous pour vous prévenir de ce que non-- avons décidé avec ma femme, relativement à l'entrevue qui va avoir lieu. Je ne vous cache pas que le résultat de cette entrevue peut être un grand événement pour ma maison. C'est de l'issue du procès dont vous allez parler que dépend le mariage de ma fille avec M. de Graverend; car les cinquante mille francs dont il s'agit sont à peu près toute sa fortune. Amélie se flatte de l'espoir qu'un anan-
CONFESSION GÉNÉRALE
gomcnt amiable va tout terminer, à des conditions qui laisseront à M. Philippe de Graverend une somme encore assez considérable pour que j'accepte ses propositions. Amélie peut avoir raison, et alors sans cloute nous ferions un bon et joyeux dîner, presque un dîner de fiançailles, Mais il peut arriver tout le contraire de ce qu'espère Amélie, et alors notre réunion à table, à supposer même qu'elle pûl avoir lieu après une explication fâcheuse, notre réunion, dis-ie, serait tout au moins gênante. Nous aurions des adversaires déclarés en présence, des \ isages chagrins, des larmes mal dissimulées, un éclat, peut-être : j'ai voulu prévenir tout cela, l'as un mot d'alVaires.ni avant ni pendant le dîner. D'ailleurs, durant ces trois heures d'attente, M. Deville et M. de Graverend auront pour ainsi dire le temps de faire connaissance ; il y aura plus do laisser-aller dans cette entrevue, et si après tout elle ne mène à rien, on pourra se quitter immédiatement, sans être obligé de se faire bonne mine à contre-cœur.
— Voilà qui est d'une précaution charmante, répondit Lucien en souriant, c'est tout à fait l'hospitalité suzeraine de nos premiers barons que vous nous offrez. Nous en acceptons les lois en loyaux chevaliers; nous suspendrons nos armes au foyer avant de nous asseoir au festin, et nous ne les reprendrons que lorsque notre bote nous eu donnera la permission.
A cette réponse, M. Cantel fronça légèrement le sourcil, et il repartit d'un ton contrarié :
— Je ne suis ni suzerain ni baron, monsieur; mais je suis officier et non chevalier de la Légion d'honneur, et je tâcherai de vous recevoir du mieux que je pourrai, quoique ma maison ne soit pas une hôtellerie. Je vous quitte et je vais prévenir ces daines que nos conventions sont acceptées.
lies que M. Cantel fut à quelques pas, Lucien se tourna vers son ami en lui taisant une grimace, sans doute très-significative, car Eugène répondit sur-le-cbamp avec humeur :
— Pourquoi diable aussi vas-tu lui parler de barons suzerains, de chevaliers, d'hôte, d'hospitalité? Ne pouvais- tu pas lui dire tout simplement que tu le remerciais de son attention, sans l'embrouiller dans une phrase stupide ? tu as bien réussi avec ton esprit gothique et féodal, je t'en félicite.
— Au contraire, dit Lucien, je sais à qui j'ai affaire : M. Cantel ne (Minait de barons et de chevaliers, que les barons de l'empire et les chevaliers de la Légion d'honneur: un hôte veut dire pour lui un maître d'hôtellerie. C'est bien, c'est bien...
Eugène laissa échapper de vifs mouvements d'impatience et répondit :
— Ne vas-tu pas en faire tout de suite un imbécile ? Cependant il me semble que son accueil a été plus qu'obligeant, et qu'il nous en a exprimé la délicate intention d'une manière au moins convonablo.
— Oui, fit Lucien, c'est très-bien récité.
— Oh! c'est insupportable, dit Eugène; il valait mieux ne pas accepter que de venir avec cette disposition hostile contre tout le monde.
— Tu te trompes, dit Lucien; M. Cantel me plaît beaucoup : je lui trouve un air d'honnête homme qui me fait mal...
— Lucien ! s'écria Eugène en colère.
— Qui me l'ait mal, répéta Lucien en regardant Eugène, et qui me fait peur. On doit le tromper aisément, je le crois ; mais il faudra le tromper toujours, ce qui est bien difficile, et gare à l'instant où il découvrirait !...
— Voici Amélie, dit Eugène en interrompant son ami, en lui montrant une jeune personne qui était sur le seuil de la porte du salon.
— La fille de M. Cantel? demanda Lucien.
— Oui.
— Et tu aimes Victorine ? s'écria Lucien tout bas.
Eugène ne répondit pas et s'avança rapidement vers la jeune fille, qui séloigna et disparut, dans la maison presque aussitôt; M. et Mrae Cantel et .M. de Graverend s'avancèrent Jusqu'à la porte d'entrée, tandis qu'Amélie, toute honteuse d'avoir été surprise faisant le guet pour voir arriver les deux amis, se tenait dans un coin du salon. Les saints furent passablement empesés de part et d'autre, et surtout de la part de M. Philippe de Graverend, qui semblait fort inquiet de la manière dont Victorine et Lucien s'aborderaient; car il promena ses gros yeux de l'un à l'autre, avec une singulière curiosité. Lucien s'en aperçut, et prenant tout aussitôt un air gracieux, il dit au commandant :
— N'aurais-je pas l'honneur d'être présenté à mademoiselle votre
fille ?
Le commandant lui fit signe de vouloir bien passer dans le salon où il le suivit, et il le présenta à Amélie, qui salua en baissant les veux et en rougissant avec un embarras el un trouble qui voulaient dire qu'elle se savait en présence de l'ennemi de son bonheur. Lucien la trouva si charmante, et lui sut si bon gré de cette peur où se montrait toute la vérité de son amour, qu'il l'eût rassurée. , s'il n'avait craint de la troubler encore plus en lui faisant voir qu'il l'axait emprise. Alors, fort embarrassé lui-même, il se tourna vers M. Cantel pour lui parler, mais celui-ci le. quitta en lui disant :
— Pardon, j'ai un mot à dire a votre ami.
Le commandant sortit du salon, et prit Eugène par le bras. Cela donna lieu à Lucien de se retourner vers l'endroit où Eugène était resté avec Victorine et M. de Graverend, et de remarquer que, lorsque Eugène se lut éloigné avec M. Cantel, il fallut une invitation de Victorine à M. de Graverend pour le taire rentrer dans le galon, Dans cette petite circonstance, il y eut tout un ebapilre d'observations pour Lucien. D'abord il s'étonna, que M. de Graverend, qui avait l'air si curieux de la manière dont lui, Lucien, aborderait Victorine, n'eut pas pris le moindre souci de la façon (tout il serait accueilli par sa prétendue. Ensuite, il lui sembla «pie, si le e,este avec lequel madame Cantel avait [nvité Philippe à rentrer au salon avait été simple et convenable, l'inflexion de la voix qui avait dit : — Rentrons ! avait un accent de prière qui n'était pas naturel. Enfin, le peu d'empressement de M. de Graverend à obéir pouvait faire croire que ce n'était pas près d'Amélie qu'il désirait se trouver; et comme on ne pouvait guère supposer une grande timidité d'amoureux à ce bel officier à la moustache rousse et ardue, et à l'œil luxurieux el Lucien en conclut que des soupçons qu'il n'avait pas encore révélés a Eugène n'étaient peut-être pas aussi extravagants qu'ils le semblaient au premier abord. 11 essaya de se les mieux justifier a lui-même p air pouvoir les faire partager à son ami, et s avançant ver- Viclorine; il lui adressa quelques phrases banales, tandis que celle-ci, montrant du regard Amélie à M. de Graverend, lui disait tout bas :
— J'ai à causer avec monsieur.
Puis elle alla s'asseoir à l'extrémité du salon, bien loin d'Amélie et de Philippe, et fit signe à Lucien de prendre place auprès d'elle.
— N'est-ce pas que je suis une mère de famille bien indulgente? lui dit-elle tout bas, en clignant les yeux et en mordanl sa lèvre inférieure, comme pour en comprimer le gai sourire. Je ménage des entretiens aux amoureux.
Lucien voulut tout de suite prendre position auprès de Victorine, et il lui répondit avec une humilité pleine d'impertinence :
— Ce n'est pas la première fois que vous m'accordez cette faveur. Une vive rougeur monta au visage de Victorine, et uu éclair de
colère brilla dans ses yeux ; un léger tressaillement l'agita, mais elle se contint, et contint d'un regard le mouvement visible que fit M. de Graverend pour s'approcher. Elle se tourna vers Lucien, et le regardant en face, elle lui dit en riant :
— Vous êtes donc toujours le plus méchant homme du monde?
— Non, mais je n'en suis plus le plus niais.
— Peut-être, répondit Victorine avec un de ces sourires railleurs qui irritent comme un défi.
— Vous vous trompez, je ne vous aime plus, repartit Lucien d'un air désintéressé.
— Ce quo voue me diten me prouve au cuiitia'uc cjuc j'ai rcii^on.
— Je ne comprends pas comment, dit Lucien.
— C'est que vouloir aujourd'hui me convaincre que vous ne m'aimez plus, c'est croire que j'ai été persuadée autrefois que vous m'aimiez, et pour un homme comme vous ce n'est pas adroit.
Lucien fut pris à son tour d'un vif mouvement de colère, et repartit :
— A ce compte, ce n'est pas moi qui ai été trompé.
— Ni moi, reprit Victorine, quoique vous ayez été un très-habile comédien.
— J'avais un excellent modèle sous les yeux, répondit Lucien emporté par l'envie de répondre railleries pour railleries.
— Vous avouez donc que votre prétendue passion n'était qu'un mensonge? dit Victorine.
— J'avoue... j'avoue... dit Lucien avec humeur en sentant que Victorine prenait l'avantage sur lui.
Il ne continua pas; car, ayant rencontré les yeux de M. de Graverend fixés sur lui, il préféra répondre par une attaque brutale et directe, et il repartit :
— Prenez garde, M. de Graverend vous observe.
— Vous m'y faites penser, dit Victorine, sans paraître le moins du monde émue (le cette apostrophe. Je me suis charuée de vous convaincre pour lui que vos droits aux cinquante mille francs étaient fort douteux, que vous aviez intérêt à transiger... et sans doute il examine si vous avez l'air persuadé de ce que je vous dis.
— Pardon, dit Lucien froidement, maisM. Cantel m'a l'ait promettre de ne pas parler d'all'aires avant ce soir.
— Oui, entre hommes, quand toutes les paroles sont graves et précises, mais avec une femme, c'est presque sans conséquence.
— Et il en résulte alors que c'est inutile, dit Lucien eu se levant presque impoliment.
M. Cantel el Eugène arrivèrent; chacun qui! ta sa place, et Victorine, s'étant approchée d'Amélie, jeta en passant ces deux mots à Philippe, de manière à être entendue de lui setd :
— Soyez tranquille, il ne cédera rien, il est furieux.
Malgré les précautions de M. Cantel, la réunion ne promettait pas d'être cordiale et gaie. Eugène, préoccupé de l'explication qu'il voulait demander à Victorine, était soucieux el distrait; Lucien avait la conscience de son infériorité en face de madame Cantel, et gardait la mine d'un homme, battu; M. de Graverend était sombre comme un ours muselé qui a bien plus envie de dévorer les spectateurs que de faire des grâces devant eux ; M. Cantel battait la campagne en
CONFESSION GÉNÊR VLE
i «ayant de parler de ta pluie et du beau temps; ol Amélie roaiemblail ,i une accusée qui attend non jugement, Victorine seule, gracieuse, affable, souriante, ne paraissait éprouver aucune gène, et quelquefois on eût pu deviner dansle regard qu'elle jetait autour d'elle un len liment d'orgueil dédaigneux qui semblait dire :
— Pauvres gens ' n'avoir que cela à tromper !
Cependant Lucien, dégagé de l'étrange fascination de cette femme, avait eu le temps de se remettre. Il en était revenu à ses premiers soupçons, el s'était fait un plan de conduite pour les éclalrcir. Mais, prévoyant qu'il en laisserait échapper quelque chose, s'il retombait dans rentrelien de Victorine seule, il demanda à M. Canlel la permission de visiter sa propriété, el le commandant s'offrit à l'accompagner.
— Mon ami, dit Victorine à sou mari, je crois nue le petit pavillon est fermé ; prenez-en la clef.
— Remerciexmafemme,ditlecommandantavecgaieté,vousverrez
sa retraite : c'est une laveur qu'elle n'accorde pas a tout le monde.
— c'est que j'ai envie de séduire monsieur, dit Victorine en montrant Amélie du coin tic l'œil.
— chut! chut! lit M. f.antel en allant chercher la clef. Ne parlons
pas île cela : après dîner seulement, c'est convenu.
— Je n'en suis pas moins fort reconnaissant à madame de son extrême obligeance, dit Lucien.
— El mou extrême obligeance vous remercie de votre extrême reconnaissance, dit Victorine en riant au nez de Lucien, de ce petit rire qui signifie clairement : Je me moque de vous, mon petit monsieur.
Lucien sortit furieux, et Victorine, ayant aperçu M. de (iraverend qui avait laissé sa future dans son coin, lui dit vite, et bas :
— Ne quittez pas Amélie d'un moment.
— Mais pourquoi?
— Vous le saurez.
El sans attendre de réponse, elle alla s'asseoir près d'une des fenêtres du salon, d'où elle voyait le jardin dans toute son étendue; alors, prenant un métier de tapisserie, elle se mita travailler, la tête penchée et le corps incliné en avant. Eugène se plaça devant elle de manière à la cacher à Philippe, et lui dit assez haut :
— C'est toujours le meuble de votre pavillon que vous brodez?
— Toujours, lui répondit-elle d'un air distrait, en cherchant des soies autour d'elle; et dans ce simple mouvement elle eut le temps de jeter un regard à Philippe pour lui recommander d'être attentif près d'Amélie, et un coup d'oeil dans le jardin pour voir ce que taisaient Lucien et son mari. Eugène se pencha vers le métier et reprit :
— Cas Rpws spni délîriAnspRj puis il ajouta plus bas:
— Je vous ai écrit.
— Voyons, répondit-elle tout haut, prêtez moi vos mains pour dév ider cet écheveau; et elle ajouta tout bas à son tour, pendant qu'elle en défaisait les premiers nœuds : Pourquoi m'écrire aujourd'hui?
— Si vous saviez ce que je soutire !
Elle ne répondit que par un soupir étoufle.
— Prendrez-vous ma lettre? dit Eugène.
— Mon Dieu ! que vous êtes maladroit aujourd'hui, repartit Victorine gaiement; tendez donc vos mains comme cela.
Et en lui montrant comment il fallait tenir ses mains, elle lui montra, en y cachant son écheveau, comment on pouvait y cacher un papier, et elle ajouta :
— Comprenez-vous?
Il comprit, plaça sa lettre dans sa main pendant que Victorine déroulait sou écheveau de soie, et tendit ses bras; elle passa l'écheveau dans les mains d'Eugène, et y prit la lettre avec une dextérité merveilleuse. Mais à ce moment Eugène tit un mouvement assez vif; Victorine tourna la tête, et vit son mari et Lucien qui venaient de s'arrêter à l'instant même derrière le carreau de la fenêtre. Victorine fit un petit signe d'amitié à son mari, plaça le bout de son fil de soie entre ses dents, plia soigneusement en sept ou huit plis le papier qu'elle tenait visiblement dans sa main, et se mit tranquillement à pelotonner sa soie sur la lettre d'Eugène, sans que la moindre émotion put faire croire qu'elle venait d'être surprise dans une faute qui était presque un crime.
Son mari, ravi du gracieux sourire qu'elle lui adressait pendant cet adroit manège, lui envoya de sa main un tendre baiser d'amoureux, et reprit sa promenade avec Lucien.
— Ah ! lui dit Eugène d'une voix tremblotante, j'ai cru que nous étions perdus !
— Oh! taisez-vous, répondit Victorine en serrant les dents comme une femme qui comprime un violent mouvement nerveux; taisezvous, vous me rendrez folle !
El elle continua à dévider la soie, tandis que ses mains tremblaient et que de grosses larmes roulaient dans ses yeux. Eugène la regardait, admirant à la fois ce courage et cette présence d'esprit qui l'avaient sauvée, mais qui n'avaient pu survivre au danger et la laissaient en proie à l'émotion qui l'accablait. Il voulut parler; mais Victorine, lui imposant silence du regard, se prit à dire d'une voix qui tremblait encore ;
— Efa bien, Amélie, tu es doue bien occupée de ta broderie;? Vous êtes bien silencieux là-bas! Si VOUS n'avez rien à VOUS dire, veue/.
causer avec nous. M. de Fremerj est sérieux comme un diplomate,
aujourd'hui.
M. de Graverend s'approcha, Amélie le suivit, ci alors il s'établil entre eus une conversation générale sur rien, connue il arrive d'ordinaire quand personne n'a envie de dire Ce qu'il pense, xim'-lie seule se taisait; de temps à autre elle regardait avec inquiétude sa belle-mère ci Eugène, et puis Philippe, qui semblait l'encourager du regard; alors elle baissait les yeux et poussait de profonds soupirs, et
quand \ ictotïne lui dit en souriant :
— Allons, enfant, ne sois donc, pas triste comme cela ! A nous tous, nous viendrons bien à bout de faire entendre raison a M. De ville. Je. l'ai trouve fort disposé à tout ce qu'on voudra.
Amélie répondit en secouant la tète :
— (le n'est pas à cela que je prose maintenant.
— A quoi donc? dit Victorine. dont la voix décela un Iroiible plus fort qu'elle, tandis que, au lieu de jeter son peloton dans le petit panier où étaient tous les autres, elle le sériait dans sa poche.
— Je te le dirai, répondit Amélie en levant lis yeux su; Philippe.
— Quand tu voudras, dit Victorine assez sèchement.
Et elle donna congé à Eugène et au prétendu, en leur disant :
— Vous n'êtes pas aimables, vous oubliez que M. Canlel est s,,i| à faire les honneurs de son jardin, et que M. Deville s'ennuie peutêtre de l'exactitude de son propriétaire à lui faire visiter les moindres coins de notre domaine.
Ces messieurs se levèrent, et cette fois le dernier regard de Philippe s'adressa à Amélie, regard sévère et impératif.