‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 77 sur 169 · X. — TRANSACTION IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

X. — TRANSACTION IMPOSSIBLE

Quoi qu'il en soit, la comédie que Victonne avait jouée était finie, et pendant ce temps Lucien en avait tenté une qui n'avait pas eu un moindre sucées. Comme Yictorine, il s'était proposé un but dans son entrevue avec Philippe et M. Cantel : ce but il y avait marché pas à pas, et il l'avait atteint complètement. Tout le commencement de la discussion entre ces trois personnages de notre histoire avait été de la part de Lucien un assez long plaidoyer en faveur de ses droits à la somme que lui disputait M. de Graverend.

M. Cantel avait écouté ce plaidoyer d'un air assez soucieux, tandis que Philippe avait montré par de nombreux signes d'assentiment qu'il reconnaissait la validité des raisons de M. Deville. Puis il arriva que, par un étrange contraste, le visage de Graverend s'assombrit quand celte espèce de plaidoyer arriva à une conclusion qui ramena la joie sur la ligure de M. Cantel.

— Vous le voyez, avait dit Lucien, mes droits sont antérieurs aux vôtres; ils sont assurés par des actes qui vous manquent. J'ai tout lieu d'espérer que ces droits seront reconnus ; et cependant, telle est

m | p. ,,,,,. ,i,.. procès, que j'ai accepté dei propositions de Iran** ri ,,,,,. ic suis inul prî i « en conclure une qui goll convenable,

( ,,.| i ces paroles que M. ' antel avait roprii i pérance, tandis ,.,„,' m dc Graverend avail montré un vil mouvement d'humeur.

VOy01 lu1, avail il dit sèchement, quelle est cette trans-

action que vous voulez me propû • ' '

i „, .„.,, ne parul pas lemr compte du Ion assez rogue dont i aie question Im fui faite, et il répondit aussitôt :

1 |.n||v ., ■!,, d honneur •pu se croient un droit égal U la p sion d'une somme d'arjeul. il ne peut v avoii qu'utUJ Iran

convenable : c'esl celle qui attribue à chacun d eux une pari dansl'objel contesté. U b agit de cinquante mille lianes entre nous.

.1,. VOUS en 'dire vingt cinq nulle.

M Cantel se retourna versson futur gendre avec un regard rayonnant qui «emblalt dire qu'il avail obtenu du premier coup tout ce qu'il pouvait espérer; mais M. de Graverend détourna la Utc d *\>i

air as^ez maussade et repartit:

y, ,us m'offrez vingt-cinq mille francs cl vous en gardez vingtcinq mille ■ c'est trancher entre nous deuv une difficulté qui, pour

moi n'existe pas; je crois à la bonté di ma effuse, je suis persuadé que.ie la gagnerai, el ce n'est pas sur de pareilles bases que je pui

Iranllger.

— (Miellés sont les vôtres, monsieur ? dil Lucien.

—Les miennes, les miennes, dit Philippe en grommelant, je ne puis

vous les dire-, je crois être sur que. d après la manière dont vous

venez de parler' de votre affaire, vous 1er. réinsériez.

— Qui sait? dit Lucien; il me semble que j'ai du moins le droit de connaître les vôtres, après vous avoir dit les miennes.

C'est tout simple., dit M. Cantel; allons, Philippe, que dj

iverend parut embarrassé de répondre, et c'cbI en malitié de ses mots entre ses dents qu'il prononça la phrase

dez-vous ?

M. de Grt

chant la moi suivante

— Eh bien ! voulez-vous trente mille francs, je me contenterai

de vingt mille. , ., .

— Àh I fit M. Cantel, il me semble, Philippe, que la proposition...

— Non monsieur, non, dit de Graverend en interrompant M' antel, mes droits sont clairs... et ce n'est pas là... ce que j ai promis a

' - Vous savez, lui dit M. Cantel, qu'en fait de fortune elle s'eâ ûfienne fort peu ; que c'est moi seul qui jugerai si la voire est ou n est puirmttUsaiftc \judi ivu* rui.L »umù in main de ma Iule.

— Certainement, dit Philippe, certainement: mais trente mille francs c'est si peu de chose ! je ne dis pas, si c'était quarante mille francs; encore...

— N'est-ce que cela? s'écria vivement Lucien ; eh bien ! va pour quarante mille francs; j'en garderai dix mille; je les emploierai à xm voyage en Italie, et ce titre de cinquante mille francs que je voulais faire valoir, sera comme si je ne l'avais jamais retrouvé dans les papiers de mon père.

M. Cantel s'approcha de Lucien, et lui serrant les mains, il lui dit :

— C'est plus que de la justice, c'est de la générosité, monsieur; je ne me connais guère en affaires, mais ce que mon avocat m'a dit de la votre me. fait croire que ce n'est point par crainte de la perdre que vous y renoncez.

Pendant que M. Cantel parlait ainsi, M. de Graverend se promenait avec humeur dans l'appartement, et il interrompit les félicitations que son futur beau-père adressait à Lucien , en s écriant : — Tout cela c'est très-bien , mais c'est encore dix mille francs que je perds.

— Ah! vous n'êtes pas raisonnable, s'écria M. Cantel; certes, je n'engagerai pas M. Deville à aller au delà de ce qu'il a déjà fait.

— Mon Dieu, je ne lui demande rien, repartit Philippe ; j'ai mes droits, je tiens à mes droits, je ne m'en départirai pas.

A cette déclaration, M. Cantel regarda M. de Graverend d'un air fort étonné, et Lucien ayant observé le regard sévère avec lequel le commandant regardait Philippe :

— Soit, monsieur, n'en parlons plus.

— N'en parlons plus,' repartit M. de Graverend.

— Vous n'avez pas voulu renoncer à vos droits, reprit Lucien; j'agirai autrement que vous : j'abandonne complètement les miens; vous aurez vos cinquante mille francs, vous épouserez mademoiselle Cantel, et je n'aurai pas été un obstacle à votre bonheur.

— Je ne vous demande pas L'aumône ! s'écria Philippe avec bailleur ; nous avons un procès, il se videra devant les tribunaux, et du moins celui qui gagnera ne devra rien à l'autre.

M. Cantel garda le silence ; mais son regard sévère et sou; neux ne quitta pas M. de Graverend. Lucien s'approcha du commandant, el lui dit en le saluant :

— Vous comprenez, monsieur, que, venu ici pour une transaction, je ne puis la pousser plus loin que l'abandon de tous mes droits; puisque cela ne suffit pa-, je n'ai plus qu'à me retirer.

CONFESSION GENERALE

— Et moi, dit M. Cantel en le reconduisant, je n'ai qu'à m'excuser près de vous de vous avoir dérangé dans une démarche où vous deviez trouver si peu de convenance, et, je dirai plus, si peu de bonne foi dans votre partie adverse.

— Monsieur! s'écria Philippe en s'avançant vers Lucien, et sans s'apercevoir que. dans su colère aveugle, il allait lui demande? compte de paroles qu'il n'axait pas dites;

— C'est moi qui parle, monsieur, lui dit .M. Lan tel en s'avançant à son tour vers lui, el vous me permettrez d'avoir avec vous une explication que celte entrevue vient de rendre nécessaire.

A ces mots, il quitta l'appartement avec M. Deville, el ayant aperçu Eugène au fond du jardin, ils allèrent le rejoindre.

Le projet de Lucien n'eût pas été accompli si son ami n'eût été. parfaitement instruit de la manière dont les choses s'étaient passées, et cela surtout de la bouche d'un témoin dont il ne pût soupçonner la véracité. Il dit donc à M. Cantel, dès qu'ils eurent rejoint Eugène :

— Monsieur, veuillez conter à mon ami et au vôtre ce qui vient d'avoir lieu; je sais tout l'attachement qu'il a pour votre famille, et s'il supposait que je n'ai pas mis dans celte affaire toute la condescendance possible, il m'en voudrait assez pour que notre amitié en fût altérée ; j'ose donc vous prier de me justifier à ses yeux : vous seul avez ce pouvoir.

D'après cet le in\ ilation, M. Cantel crut de son honneur de raconter longuement à Eugène tout ce qui s'était dit, les offres de Lucien et les relus de Philippe: et comme M. de Fremery l'interrompait à chaque instant par des exclamations d'étonnement, la colère de M . ( autel contre Philippe ne fit que s'accroître, et au bout d'une demiheure de conversation, il quitta les deux amis en leur disant d'un ton irrité :

— Et maintenant, je vais savoir quel est le mystère de cette étrange conduite, et je jure que j'en aurai raison.

Page 1