‹ Les aventures du chevalier de FaublasChapitre 14 sur 37 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

moires mêmes de Louvet qull faut chercher ce tableau déchirant. On y verra des hommes vertueux lutter péniblement contre les dangers de tous les jours, de toutes les heures, de toutes les minutes, affaiblis par de longues fatigues, exté-' nues par de dures privations, chercher vainement une place où ils pussent reposer leurs têtes; ou verra le pays dont ils ont illustré le nom, refuser un appui à leur misère, et ne leur présenter, au lieu d^un refuge inviolable, que des poignards menaçants. Ils avaient compté sur des amis ! ' en est-il pour les infortunés? pas une porte ne s ouvre pour les recevoir; les citoyens dont ils allaient toucher les foyers, s'effrayant d'autant plus qu'ils avaient professé les mêmes opinions, regardaient la seule présence de. ces proscrits comme un crime dont il eût fallu se purifier, et attendaient en, frémissant le moment de leur départ.

Mais Louvet reconnut aussi que les grands cœurs s'élèvent et- s'épurent au milieu de ces adversités qui enfantent la corruption chez la plupart des hommes. Les âmes fortes ne calculent ni l'étendue des périls, ni les difficultés qui les environnent; elles n'envisagent que la grandeur, d'une entreprise ou la gloire d'un sacrifice ; pour agir elles n'attendent point d'impulsions étrangères, et s'élèvent sans effort au plus haut degré de l'héroïsme. Telle parut Charlotte Corday lorsqu'elle se prépara à délivrer son pays; telle, dans la GirQnde, madame Bonquey déroba les proscrits à

byGoogk

byGoogk

Toan^I.

byGoogk

5UiL,L,QUyET. iXXi

tarage de leurs oppresseurs; mais cette femmo dont rhospitalité étajit le seul crime,; tomba bientôt sous le glaive des bouri^aux.

Les députés, d^^rmai;^ s^as appui, 3e séparèrent pour échapper aux recherches et se dirent un ^dieu qui devaix lêtre éternel. Plus à plaindre dans leur isolement, ils sentirent s'affaiblir cçtte pui3s^nc^ de l'âme q^ui fait supporter, avec calme e| même avec quelque orgueil, dmjustes -perséqu? tipns.. Poureux^ plus 4'illusîon de bonheur public et de liberté; la tyirannie les enveloppe, les resserre, lesmepaçe; {a yiç ne se présente à eux que cpmme un douloureux^supplice. . «

. Louyet est encore capable d'une résolution : irrité,, et non a^battu par le poids des outrages* il repousse d'indignes terreurs, çt jure de s y soustraire. Au moment de commencer cette grande entreprise, il écrivait : « Je vous l'ai dit cent fois : » il y a des extrémités au-delà desquelles on ne li doit pas traîner lu vie. Cent fois je vous ai pré- » venus que, lorsque j'en serai à ce point de dé- » tresse, au lieu de me tirer un coup de pistolet, » je me mettrai sur la route de Paris. Mille à » parier contre un que je n'arriverai pas, je le ]» sais ; mais mon devoir est de le tenter. Ce n'est » qu'ainsi qu'il m'est permis de me donner la » moft ; ma^ famille, mes amis de vingt ans ont » encore sur moi cet empire. Il faut que mes » amis sachent qu'abandonné du monde entier, » je leur ai donné ce témoignage d'estime de i. 1

byGoogk

Page 1