‹ Les aventures du chevalier de FaublasChapitre 2 sur 37 · VI NOTICE · texte numérisé non relu

VI NOTICE

libertin quelquefois sensible, toujours spirituiel et Français ; mais nous craignons d'avoir à instruire un grand nombre de lecteurs, si un grand nombre de lecteurs affronte cette courte préface, de ce que fut Fauteur de ce brillant et frivole ouvrage. Étrange différence entre la vie de Técrivain et celle du héros! Tune est toute voluptueuse, lautre semée de combats, de périls, et de souffrances. Et quelle imagination a tissu les fils légers de ces riantes fictions ? celle d*un homme de probité et de mœurs rigides ; membre illustré de cette Convention si funeste; député de la Gi.ronde ; le premier agresseur de Robespierre ; un martyr enfin de la cause de la liberté.

Jean -Baptiste Louvet de Couvray était né à Paris, dans Tannée 1764. Sa Jeunesse, consacrée à Tétude, n'offrit rien de remarquable. Destiné à ' la profession d avocat, mais rebuté par une occupation peu conforme à ses goûts, il se livra à la littérature. Son début fut ce même roman de Faublas, dont la première partie fut publiée en 1787. Un style vif et piquant, beaucoup de vérité dans une vaste série d'événements, des détails rendus avec grâce, firent de cette production un livre à la mode.

Ce n'îcst pas que Louvet dépeigne toujours avec une rigoureuse exactitude la société qu'il met en scène ; ses personnages sont plutôt conçus qu'étudiés ; mais le monde qu'il se crée n*est pas hors de la nature ; les passions qu'il f^t agir, sont les

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SUR LOUVET. Vil

nôtres; et il est doux quelquefois d'oublier une affigeante réalité , pour parcourir , sans contrainte, les champs de Timagination. Le marquis de Lauraguais donne aux aventures de Faublas une origine historique. Selon lui, ce personnage vivait sous Louis XIV, et s'appelait l'abbé de Cl^oisi. Étant prêtre et faisant sa cour à madame de Mâintenon pour en obtenir quelque bénéfice, il lui 4édia une traduction qu'il fil de l'imitation de Jésus Christ, avec cette épigraphe saintement plaisante : Concupiscit rex décorum tuum, et quoa ne peut traduire, dit-il, un peu décemment qu'ainsi : Tes charmes ont excité la concupiscence du roi. Ce même abbé de Choisi publia ses Mémoires sous le nom d une femme, la comtesse des Barres, et il avait joué ce rôle de femme auprès de plus d'une marquise de B***, et de plus d'une comtesse de Lignole.

Quoi qu'il en soit, Louvel vécut longtemps à la campagne près d'une femme à laquelle, depuis la plus tendre enfance, il était passionnément attaché. Un hymen forcé les avait en vain séparés; libres après six ans d'absence, ils s'étaient réunis pour ne plus se quitter. Heureux par sç3 affections et sa philosophie, Louvet poursuivait son ouvrage dont les premiers fruits suffisaient à ses besoins : éloigné du monde, il se croyait à labri de ses orages. Mais la révolution avait éclaté : avec la bastille' tombait le joug qui pesait sur la France* Louvet reçut la cocarde tricolore des

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