‹ Les aventures du chevalier de FaublasChapitre 21 sur 37 · XXVIII NOTICE · texte numérisé non relu

XXVIII NOTICE

. •*• l'avait nommé consul à Palerme, et ses amis es-

péraient beaucoup du ciel qui l'attendait. Cette illusion ne dura pas longtemps; Louvet se voyait mourir avec une indififérence vraiment stoïque,

y. mais désolante pour ceux qui l'entouraient. Deux

"li i/ jours encore avant sa mort, il s'applaudissait de

>' finir avant la république.

Le 5 août 1797, il rendit le dernier soupir.

Voici le portrait que nous a laissé de lui ma-

;t dame Rolland, dont le beau caractère était fait

pour Tapprécier.

« Louvet est petit, fluet, la vue basse et l'habit M négligé ; il ne paraît rien au vulgaire, qui ne » remarque pas la noblesse de son front, et le feu » dont s'animent ses yeux a l'expression d'une » grande vérité. Les gens de lettres connaissent » ses jolis romans ; la politique lui doit des ob- » jets plus graves. Il est impossible de réunir » plus d esprit à moins de prétentions et plus de )) bonhomie; courageux comme un lion, doux » comme un enfant, homme sensible, bon ci- )) toyen, écrivain vigoureux, il peut faire trembler )) Catilina à la tribune et souper chez Bachau- » mont. »

Après avoir partagé ses périls et ses disgrâces, sa femme qui lui prodigua de si douces consolations, Lodoïska ne put se résoudre à supporter la perte de l'homme qu'elle avait tant aimé. Elle s'empoisonna. Sa famille avertie de ce funeste événement, la força de prendre un antidote qui.

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SUR LOUVET. XXÎX

en prolongeant son existence de quelques années, étendit le cours de ses regrets.

Louvet a été peut-être celui de tous les membres de nos assemblées délibérantes qui soit resté le plus invariablement attaché à ses' principes. Les temps et les circonstances n'eurent aucune influence sur lui, dans le cours de cette révolution où Ion vit tant de fois changer, sévanouir, et reparaître pour s'éclipser encore, les mille nuances de lopinion. Aussi Ta t on jugé démagogue sous la Constituante, modéré durant la Terreur, et républicain exagéré dans le conseil des cinq-cents. Qu'on examine sa conduite : toujours ennemi de Tarbitraire, quelque fut la forme qu'il empruntât, il l'attaqua sans relâche. Inaccessible à la corruption, comme à la menace, inébfanlable dans ses devoirs, il sacrifia la for tune aux intérêts du peuple, défendit la liberté au péril de ses jours, et la défendit encore lorsque, victime de l'anarchie, il eut payé par une proscription impitoyable l'honneur d un si beau dévouement. « Puisque même en un pays » que je croyais prêt à se régénérer, disait-il » en mourant, les gens de bien sont si lâches » et les méchants si furieux, il est clair que » toute agréation d'hommes , improprement » appelée PEUPLE par des insensés tels que » moi, n'est réellement qu'un imbécile trou- » peau, trop heureux de ramper sous un » maître. )»

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