accordeur aveugle
Montai ; il l'a montré aux prises avec les difficultés que rencontrent presque tous les accordeurs aveugles lorsqu’ils cherchent à s’établir dans une ville ou dans un pays qui n’a point encore été exploré par un enfant d’Haüy. Je vais reproduire ici tout un passage de cet intéressant opuscule qui complétera et confirmera ce que j’ai dit de la classe d’accord de l'Institution de Paris.
« L'accord des pianos fut longtemps en France une pratique routinière laissée à des ouvriers plus ou moins exerçés, mais étrangers à toute théorie raisonnée. Le premier qui appliqua les procédés de la science et de l’art à l’accord des pianos fut un aveugle, ce fut Claude Montai. Il prit possession, pour ainsi dire, de cette industrie et en décrivit les procédés : il fut accordeur habile, et il consigna son expérience dans un livre qui est devenu règle en cette matière. Il est donc juste que ses compagnons d'infortune soient les premiers dans la voie qu'il a, sinon ouverte, du moins considérablement élargie.
« Dès 1821 ou 1822 un autre aveugle, sorti de l’Institution de Paris, M. Dupuis, avait compris que l’accord des pianos n’était pas inaccessible pour lui ; il s’était livré à la pratique de cet art, et aujourd’hui il est, depuis plus de trente ans, l’accordeur le plus recherché de J a ville d’Orléans ; mais c’est là un fait isolé, et c’est bien réellement dans l’Institution de Paris, c'est par Montai que l’art de l’accordeur est devenu, en France, une industrie sérieuse pour les aveugles.
« Montai fut élevé à l’Institution de Paris. Il y fit de bonnes études ; il y devint musicien, médiocre exécutant, mais théoricien profond. Dans l’Ecole même, il étudia sérieusement l’accord des pianos, car il pensait déjà qu’il pourrait un jour se faire de cette industrie un moyen d’existence, s’il venait à quitter l’établissement. Voici comment il y fut amené :
l’accordeur aveugle
« Les pianos de la maison étaient entretenus par un accordeur voyant ; mais cet entretien laissait à désirer et les instruments restaient souvent dérangés plusieurs jours de suite. Montai et un de ses camarades essayèrent d’accorder eux-mêmes ceux dont ils se servaient ; l’accordeur se plaignit et il fut interdit aux deux élèves, par le directeur de cette époque, de toucher aux pianos. Alors, le camarade de Montai se lit donner par ses parents un vieil instrument en très mauvais état, et il obtint que cet instrument fut placé dans l’antichambre même de l'appartement du Directeur. Les deux amis démontèrent le piano, y firent les réparations nécessaires et le remontèrent ensuite, tout cela afin que le Directeur eût l’occasion de les voir à l'œuvre, et de comprendre que des aveugles peuvent accorder un piano. L’expérience fut décisive.
« Montai devint professeur à l’Institution de Paris ; il avait été à même de se convaincre plus d’une fois que les accordeurs voyants ne procédaient guère que par routine, que peu d’entre eux étaient capables de raisonner la théorie de leur art. Il comprit qu’il y avait une meilleure route à suivre et il résolut de faire servir les connaissances qu’il avait en acoustique et en musique à l’étude méthodique du tempérament ou système de tolérance dans l’accord des instruments à sons fixes. Il se mit donc à consulter les ouvrages qu’il put se procurer sur la matière. Il appliqua toutes les théories et chercha à les concilier dans la pratique en imaginant une manière nouvelle de faire la partition, manière qui le mit à même d’accorder un piano plus facilement qu'avec les théories connues. »
Comme Montai avait foi en son art, il quitta rinstitution et chercha à prouver que l’aveugle pouvait, aussi bien et même mieux que qui que ce soit, accorder un piano ; mais la chose était nouvelle, et le hardi novateur eut à surmonter bien des obstacles, à vaincre bien des préjugés.
l’accordeur aveugle
« Cependant, il parvint à se mettre en rapport avec quelques professeurs du Conservatoire, et entre autres avec M. Laurent. Celui-ci avait chez lui deux pianos, l’un à queue et l’autre droit, sortis de deux ateliers différents. Personne encore n’avait pu maintenir au même ton ces deux pianos. M. Laurent demanda à Montai s’il croyait pouvoir le faire. Celui-ci offrit d’essayer ; il examina les instruments, reconnut les particularités de leur construction qui agissaient dans ■chacun d’une manière différente, comprit ce qu’il y avait à faire pour réussir et réussit : ce qui étonna tellement M. Laurent, que le lendemain il présenta Montai aux professeurs du Conservatoire comme le meilleur accordeur de Paris. Il le recommanda particulièrement à Zimmerman età Adam, qui l’accueillirent parfaitement, lui procurèrent l’accord des pianos d’une partie de leurs éléves et l’autorisèrent à s’appuyer de leurs suffrages ; cela lui fut du plus grand avantage dans le monde, et l'aida puissamment à vaincre le préjugé qu’il rencontrait toutes les fois qu’il se présentait dans une maison nouvelle. Je dis maison nouvelle, car ce préjugé tombait bien vite dés qu’on avait vu l’accordeur à l’œuvre.
« En 1832, Montai eut la pensée de faire un cours public d’accord du piano à l’usage des gens du monde. Ce cours fut très suivi et montra aux connaisseurs combien la méthode de l’accordeur aveugle était rationnelle et plus simple que toutes celles qu’on avait appliquées jusque là. La clientèle de Montai s’en accrut considérablement.
« L’Exposition des produits de l’Industrie en 1834 acheva de mettre Montai hors de pair parmi les accordeurs. La plupart des facteurs voulurent que leurs pianos fussent accordés par lui. Il profita de cette circonstance pour faire imprimer une petite brochure intitulée : Abrégé de l’art d’ accorder soimême son piano. Cette brochure, qui se vendait à l’Exposition même, sur les pianos des facteurs, fit sensation ; on en parla dans le monde artistique, et
l’accordeur aveugle
une moitié de l’édition fut enlevée en moins de huitjours.
« Montai faisait déjà un petit commerce de pianos, il achetait des instruments et les réparait, soit. par lui-même, soit par un ouvrier ; il eut un second ouvrier l’année suivante et alors commença réellement la fabrique de pianos à la tête de laquelle il est aujourd’hui.
« Toutefois son établissement était encore bien modeste ; il avait pour siège une mansarde de la rue Poupée, au quatrième étage. Montai faisait là des petits pianos droits dans le genre de ceux que Pleyel avait importés d’Angleterre et qui avaient alors beaucoup de vogue. Ces pianos confectionnés avec soin et intelligence se plaçaient aisément à l'aide des accords que le facteur était loin de négliger.
« En 1836, Montai publia un traité complet de l’accord du piano, ouvrage suivi aujourd’hui noa seulement en France, mais partout où s’exerce l’art, de l’accordeur. »
La maison Montai devint très importante ; elle eut la fourniture de l’Impératrice, du Roi de Hanovre et de la Maison impériale du Brésil ; et son chef, après avoir obtenu, de 1845 à 1 856, 11 médailles aux différentes expositions françaises ou étrangères, fut décoré de la Légion d’honneur pour les progrès qu’il avait fait faire à la construction des pianos (1).
Après lui, d’autres accordeurs aveugles se sont mis dans le commerce et la fabrication des pianos, et plusieurs d’entre eux, sans être arrivés a la réputation et aux honneurs qui ont récompensé les efforts persévérants de leur hardi pionnier,.
(1) Montai mourut en 1865.
l’accordeur aveugle
sont cependant parvenus à créer des maisons importantes et ont figuré honorablement dans diverses expositions où des médailles leur ont été décernées.
A Paris, de .nombreux accordeurs aveugles ont une bonne clientèle, plusieurs d’entre eux sont même facteurs de pianos ; et en province, des facteurs aveugles ont été ou sont encore établis à : Abbeville, Argentan, Aurillac, Auxerre, Bordeaux, Brunoy, Dijon, Elbeuf, Gisors, Grenoble, Le Havre, Maçon, Mayenne, Merville, Montluçon, Nevers, Nogent, Perpignan, Le Ferreux, Rodez, St-Brieuc, Tours, Trouville, etc,; et des accordeurs à : Abbeville, Agen, Albi, Alger, Les Andelys, Angoulême, Aniche, Argentan, Argenton, Armentières, Arras, Aurillac, Auxerre,
. Avallon, Avignon, Bailleul, Ballancourt, Bar-le- Duc, Bayonne, Beaune, Beaune-la-Rolande, Belfort, Bellême, Bergerac, Bernay, Besançon, Béthune, Béziers, Bordeaux, Bourg, Bourgoin, Brest, Brienne le-Château, Brunoy, Châlons-sur-Marne, Chalon-sur-Saône, Chambéry, Château-Thierry, Chauny, Clermont-Ferrand, Cognac, Compiègne, Conches, Condé-en-Brie, Corbeil, Cormeilles, Coulommiers, Creil, Le Creusot. Desvres, Die, Dieppe, Dijon, Douai, Dourdan, Dunkerque, Elbeuf, Etampes, Etreux, Evreux, Fécamp, Feurs, Fismes, Fontainebleau, Gap, Gisors, Granville,
l’accordeur aveugle
Grenoble, Gruchet-le-Valasse, Le Havre, Honfleur, Hyères, Ivry, .Joigny, Laval, Lens, Libourne, Licques, Lille, Lillebonne, Limoges, Lisieux, Lorient, Lyon, Longwy, Mâcon, Marseille,. Mayenne, Mazamet, Melun, Merville, Meymac, Millau, Milly, Montbrison, Montcornet, Montivilliers, Montluçon, Montpellier, Morlaix, Mortagne. Nancy, Nantes, Neuilly-Plaisance, Nevers, Nice, Niort, Nogent, Orléans, Pau, Pantin, Périgueux, Perpignan, le Perreux, Pithiviers, Poitiers, Pont-Audemer, Pontoise, le Puy, le Quillio, Rennes, les Riceys, Riom, Roanne, Rochefort, Rodez, Romans, Romescamps, Roubaix, Rouen, St-Amour, St-Brieuc, St-Etienne, St-Florentin, St-Galmier, St-Lô, St-Quentin, St- Vallier, Sancoins, Sartrouville, Semur, Sens, La Suze, Tain, Thibodeaux (Amérique), Toul, Toulon, Tourcoing, Tournon, Tours, Trouviîle,- Valence, Valenciennes, Vienne, Vire, Voiron, etc.
Le Professeur Aveugle
La cécité n’a jamais empêché l'homme instruit de communiquer son savoir aux autres par le professorat ; presque à toutes les époques et dans tous les pays, on a vu des aveugles parmi les maîtres des écoles les plus célèbres. Tels ont été Didyme,Nicaise de Malines, Phernandus de Bruges, Pontanus ou Pierre Dupont, Uldarich Schomberg, Saunderson, Moyses, Bérard, Penjon (i), etc.
(i) Didyme, au IVe siècle, occupa avec éclat la chaire philosophique de l’Ecole d’Alexandrie. Nicaise de Malines enseigna au XVe siècle le droit canon et le droit civil à l’Université de Cologne et fut consacré prêtre. Une chaire à l’Université de Paris fut confiée par Charles VIII à Phernandus de Bruges. Pontanus ou Pierre Dupont et Uldarich Schomberg, enseignèrent avec un grand succès les belles-lettres, l’un pendant le XVIe siècle à Paris, l’autre pendant le XVIIe siècle à Leipzig. Saunderson et Moyses, au XVIIIe siècle, professèrent les sciences en Angleterre avec une grande distinction. Bérard (1763 - 1844) fut professeur de mathématiques et même Principal du Collège de Briançon. Penjon (1782-1864), après avoir obtenu plusieurs prix de mathématiques au lycée Charlemagne et au grand Concours de la Sorbonne, se vit refuser une chaire de mathématiques à cause de sa cécité ; il ouvrit alors à Paris un cours public de mathématiques transcendantes dont le succès décida le gouvernement à lui accorder la chaire de mathématiques au
LE PROFESSEUR AVEUGLE
Aujourd’hui qu'en France les institutions de jeunes aveugles sont surtout des écoles de musique, l’enseignement de cet art est devenu une carrière suivie d’ordinaire par les musiciens aveugles qui y réussissent très bien et y acquièrent souvent une véritable réputation. En effet, c’est par l’oreille et pour l’oreille que s’enseigne la musique ; la vue n’est pas nécessaire en cela ; ce qui est indispensable, c’est la science, l’oreille et le goût. Nous allons voir que sans ces trois qualités il n’est pas de bons professeurs, et que les maîtres aveugles peuvent les posséder à un haut degré.
Pour enseigner quoi que soit, il faut savoir bien et beaucoup, il faut avoir fait de longues et consciencieuses études en vue du professorat. Car on approfondit bien plus les matières que l’on étudie lorqu’on sait qu’un jour il faudra les expliquer à d’autres.
La musique repose sur le solfège et sur l’harmonie ; ces connaissances doivent donc être familières au professeur. Sans savoir le solfège, comment pourra-t-il apprendre aux élèves à bien phraser la musique, à exécuter avec précision des combinaisons de valeurs diverses et parfois
lycée d'Angers ; il mourut décoré de la Légion d’honneur. Enfin j’ai déjà cité (voir page 8) M. Pierre Villey, Maître de Conférences à la Faculté de Caen, et M. Albert Léon, Professeur de philosophie au Lycée de Bavonne.
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très difficiles ? Sans savoir parfaitement l’harmonie et au moins un peu de composition, comment pourra-t-il reconnaître et corriger avec autorité les fautes d'impression des éditions courantes ? Comment pourra-t-il enfin se retrouver dans ces successions harmoniques neuves et hardies, qui, à la première audition, paraissent quelquefois étranges ? Avec la science, il faut encore au professeur de musique ce que l’on appelle de l’oreille ; c’est-à-dire qu’à l’audition, il doit facilement distinguer toutes les notes, et tous les accords. Cela est indispensable pour que le professeur saisisse tout à la fois la mesure, le jeu, le style de l’élève, en même temps que l’ensemble du morceau. Mais la science et l’oreille ne sauraient remplacer chez un professeur un goût sûr et délicat. Sans cette qualité, le maître ne pourrait former le goût de l’élève, ni lui donner un bon style, ni lui faire observer toutes les nuances ; et un instrumentiste qui exécute sans expression, eût-il un mécanisme remarquable, sera toujours plutôt curieux qu’agréable à entendre.
Les sérieuses études préparatoires qu’exige le professorat, sont justement celles que les aveugles ont faites dans leurs écoles. Pendant neuf ans, ils ont travaillé la musique sous toutes ses formes (solfège, harmonie, contre-point et fugue, composition), et cela en vue de l’enseignement. Ils ont été rompus à toutes les difficultés du solfège et de l’harmonie ; les règles de la compo-
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sition leur sont familières ; plusieurs d’entre eux sont même de bons compositeurs. La nécessitéa développé en eux la délicatesse de l’oreille, qui, chez la plupart, apprécie exactement les sons musicaux, et leur mémoire en garde la valeur précise. Tout jeune, en s’amusant, l’enfant aveugle s’est habitué à nommer les notes à l’audition ; on comprend d’ailleurs qu’en ceci, ce qui n’est qu’utile chez» les clairvoyants est indispensable chez lès aveugles, et que l’ouïe acquiert ainsi nécessairement une finesse, une sûreté rares. Ces qualités, jointes à une connaissance cornplète de l’harmonie, permettent au professeur aveugle de suivre la mesure et le jeu de son élève. Enfin, les professeurs aveugles ont eu le goût formé par l’étude raisonnée des bons maîtres desécoles anciennes et modernes. Ceux qui ont été élevés à Paris ont entendu les meilleurs artistes de l’époque, ils ont suivi pendant plusieurs années d’excellentes auditions de musique de chambre, les concerts Colonne et Lamoureux et ceux du Conservatoire, Ils ont ainsi entendu et joué des œuvres de tout genre, de tout caractère ; aussi, dans le choix de la musique qu’ils font étudier à leurs élèves, ils n’apportent ni parti pris, ni préjugé d’école.
En même temps que le piano, l’harmonium, etc., le professeur aveugle peut enseigner le solfège, le chant, l’harmonie et la composition, et comme il joue d’un instrument d’orchestre.
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il lui est facile de donner des leçons d’accompagnement ou d’ensemble ; en un mot, il est à même de faire une éducation musicale très complète. C’est une économie et un avantage au point devue de l’unité de l’enseignement de ne pas êtreobligé d’avoir recours à plusieurs maîtres de musique ; trop souvent, il arrive que le professeur d’accompagnement critique ou contredit le professeur de piano. L’élève ne sait auquel entendre, ne comprend pas ces contradictions, et perd la confiance qui est si nécessaire de l’élève au maître.
Ce que j’ai dit jusqu’ici montre suffisamment que les professeurs aveugles peuvent faire debons chefs de musique ou d’orphéon. D’ailleurs, là où ils dirigent une société chorale ou instrumentale, ils obtiennnent d’excellents résultats (i). Ils forment des exécutants, composent au besoin des morceaux de circonstance, et remplissent dignement leur rôle de chefs de musique.
Mais, dira-t-on, comment, sans y voir, peut-on apprendre à un enfant à connaître ses notes ? La réponse est bien simple : le professeur a un tableau sur lequel se trouvent en relief tous les signes en usage dans la notation des clairvoyants ; lorsque
(i) Ce qui atteste l’aptitude et la valeur des aveugles musiciens et instruits comme chefs de musique, ce sont les médailles que, dans les concours, il n’est pas rare de voir obtenir par les sociétés chorales ou instrumentales que ces aveugles dirigent.
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l’élève est arrivé à bien connaître les signes et la position qu'ils occupent sur « la portée », le professeur lui fait lire des leçons, des études, en suivant lui-même sur un cahier en relief. Ici, il est bon de rappeler que le professeur aveugle peut toujours avoir sous les doigts, transcrite en Braille, la pièce •de musique que son élève a devant les yeux, et comme l'aveugle est généralement méthodique et porté à tout expliquer, l’enfant comprend ce qui lui est enseigné et fait ainsi des progrès sérieux et rapides. Du reste, la preuve la plus concluante du succès que les aveugles obtiennent dans le professorat, c'est que, là où ils se trouvent, ils comptent parmi les meilleurs maîtres. Leur talent et leur savoir comme musiciens sont appréciés par les personnes compétentes et les font fréquemment appeler pour juger les concours ; enfin, leurs qualités personnelles, leur tenue réservée leur attirent souvent la confiance des mères de famille et des maisons d’éducation.
A Paris, plusieurs artistes aveugles exercent avec succès le professorat, l’un d’eux dirige une •école de musique ; et des professeurs aveugles ' -enseignent ou ont enseigné dans les villes de : Abbeville, Ablainzevile, Agen, Aire-surla-Lys, Aix, Alfortville, Amiens, les Andelys, Angers, Anglure, Angoulême, Anguilcourt-le- Sart, Aniche, Anizy-le-Château, Arbois, Ardres,
LE PROFESSEUR AVEUGLE
Argentan, Argenton, Arles, Armentières, Arras, AubervilHers, les Aubiers, Aubusson, Auxerre, Auxy-le-Château, Avallon, Avignon, Bahia (Brésil), Bailleul, Ballancourt, Bapaume, Bar-sur-Aube, Bazas, Beaugency, Beaune, Beaune-la-Rolande, Beauvais, Bébec (Turquie), Bellême, Bergerac, Besançon, Bessèges, Béthune, Betz, Beuvry, Bléneau, Blois, Bohain, Bonneval, Bordeaux, Bormes, Boulogne-sur-mer, Bourg, Bourg-la-Reine, Bourgoin, Bray-St-Christophe, Brest, Brienne-le- Château, Brillon, Bruay, Brunoy, Bruxelles (Belgique), Buire-le-Sec, Buironfosse, Bussang, Cadillac, Cahors, la Capelle, Carentan, Carmaux, Carvin, Cassel, Cazouls-les-Béziers, Champigny, la Charité-sur-Loire, Châtellerault, Châtillon-sur- Seine, Châtillon-sur-Sèvre, la Châtre, Chauny, Chelles, Cherbourg, Civray, Clamait, Clermont- Ferrand, Cognac, Compïègne, Conches, Condé-en- Brie, Condé-sur-EEscault, Corbeil, Cormeilles, Cosne, JeCreusot, Coutances, Crécy-en-Ponthois,. Crécy-en-Valois, Dammartin, Darney, Decize, Denain, Desvres, Digoin, Dijon, Divion, Doulaincourt, Dourdan, Draveil-Vigneux, Dunkerque, Ecole, Elbeuf, Entrevaux, Epinay-sur-Orge, Escam dain, Etampes, Evreux, Falaise, Faumont, Fécamp, Fismes, la Flèche, Fiers, Flines, Florensac, Fontainebleau, Fougères, Fraisans, Fresnes, Fressies, Frévent, Fumel, Gagny. Genève (Suisse), Gien, Gisors, Gournay, Granville, Gravelines, Grenoble, Grignols, Grignon, Gruchet-le-Valasse, Guérande,.
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Je Havre, Hénin-Liétard, Herblay, Hesdin, Hirson, Honfleur, Houplines, Hyères, Ivry, Joigny, Joinville, Jouarre, Jouy-en-Josas, Joué-les-Tours, Lambres, Laon, Lapugnoy, Laval, Laventie, Lecelles, Lens, Levier, Libourne, Licques, Lille, Lillebonne, Lillers, Limoges, Lisbonne (Portugal), Lisieux, Livry, Loches, Lodève, Londres (Angleterre), Lomme, Longpont, Loos, Lorient, Loué, Luçon, Lyon, Mâcon, Marchiennes, Marest, Marines, Marmande, Marquette-lez-Lille, Marseille, Maubeuge, Meaux, Médéah, Melun, Merville, Metz (Lorraine), Meulan, Meymac, Mèze, Millau, Milly, Mirande, Mitry-Mory, Mondicourt, Mons-en-Barœul, Montauban, Montcornet, Montivilliers, Montluçon, Montpellier, Montréal (Canada), Mortagne, Mortain, Montreuil-Bellay, Mustapha, Nancy, Nantes, Nanteuil-le-Haudouin, Nemours, Nîmes, Niort, Nogent-le-Roi, le Nouvion-en-Thiérache, Olonzac, Orbec, Orléans, Orléansville, Orly, Pacy-sur-Eure, le Palais, Pantin, Paray-le-Monial, Pernes-en-Artois, le Perreux, Pesmes, Pierrefonds, Pithiviers, la Plaine-St-Denis, Pleyben, Plombières, la Pointe-à-Pitre, Poitiers, Pont-à-Marcq, Pont-à-Mousson, Pontoise, Pontarlier, Pont-Audemer, Pontivy, Précy-sur-Oise,
, Quiévy le Quillio, Rang-du-Fliers, île de Ré, Rennes, les Riceys, Rieumes, Rio-de-Janeiro (Brésil), Riom, Ris-Orangis, Rodez, Rochefort, Romainville, Romans, Roubaix, Rolampont, Rouen, Sainghin-en-Mélonthois, Sains-Richaumont, St-Amé,
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St-Boniface (Canada), St-Adresse, St-Amour, St- Donat, St-Estèphe, St-Florentin, St-Just-en-Chevalet, St-Leu-Taverny, St-Laurent-Blangy, St-Lô, St-Maixent, St-Malo, St-Maurice, St-Remy, St- Saulve, St-Sauveur, St-Vallier, St-Waast, Saintes, Sancoins, Salonique (Turquie), Samatan, Santorin (Grèce), Savigny-sur-Orge, Sébourg, Seclin, Sèvres, Singapour (Indes), Stains, Spezia {Italie), Suippes, la Suze, Tartas, Tain, Thiaucourt, Thibodeaux (Amérique), Tourcoing, Tournay (Belgique), Tonnerre, Toulon, Tournon, Tournehem, Tours, Troissereux, Tulle, Valence, Valenciennes, Valognes. Vannes, Vanves, Vénestanville, Vendôme, Verdun, Verdun-sur- Garonne, Vernon, Versailles, Vers-sur-Mer, Vesoul, Vienne, Vigneulles, le Vigan, Villeneuvesur-Yonne, Villers-Cotterets, Vire, Vitré, Villers-sur-Bar, Villers-sur-Marne, Vitry-sur-Seine, Voiron, Wambrechies, Warlaing, Wimille, etc.
L’Organiste Aveugle
L'Histoire de la musique nous a conservé le nom de plusieurs artistes aveugles, auxquels leur talent sur l’orgue a acquis une juste renommée (1) ; l’organiste aveugle n'est donc pas une nouveauté, mais il est resté une exception
(i) Francesco Landino, né à Florence vers 1325,. surnommé « François l’organiste », et comme tel, couronné solennellement à Venise en 1364. Conrad Paumann, organiste de St-Sebald, à Nuremberg, mort à Munich en 1473 ; Antoine de Cabezon, né vers 1510, organiste de la chapelle de Philippe II et compositeur, mort à Madrid en 1566 ; Francesco Salinas, né à Burgos en 1512, organiste du duc d’Albe, viceroi de Naples ; Pablo Nassare, religieux cordelier et organiste à Saragosse ; Jean-Martin Neth, mort dans le Holstein, en 1736 ; Bibault, organiste de la cathédrale de Meaux, en 1754, obtint, plus tard, au concours, l’orgue des Quinze-Vingt ; Alexandre Frixer ou Fridzeri, né à Vérone en 1741, organiste et compositeur, parcourut la France, la Belgique, les Provinces rhénanes, mourut à Anvers en 1825 ; Anneuse qui vivait à Lille en 1790 ; Ferdinando' Turini di Birtoni, devenu l'un des meilleurs compositeurs et orgajiistes de l’Italie ; les deux organistes espagnols, connus sous le nom d’Aveugle de Valence et d’Aveugle de Duroca, très populaires au XVIIIe siècle ; François Chauvet, organiste de la paroisse de St-Lazare vers 1783, dont le nom est resté au rang; des habiles, etc., etc.
l'organiste aveugle
jusqu'au jour où l’école fondée par Haüy s'est mise à former des organistes (1822). Depuis cette époque, plusieurs institutions de province ont suivi l’exemple donné par l’école initiale, et aujourd’hui beaucoup d’aveugles tiennent l’orgue dans des chapelles, des églises et même des cathédrales (1), où ils sont très appréciés par les personnes compétentes.
Malheureusement les qualités que peuvent avoir les aveugles ne sont pas encore suffisamment connues, aussi je voudrais en parler avec quelque détail.
Il ne faut pas juger de notre organiste par ces amateurs aveugles qui, sans direction et par une sorte d’instinct, sont arrivés à jouer plus ou moins bien du piano et de l’harmonium.
Non, les ^institutions de jeunes aveugles et en particulier celle de Paris sont de véritables écoles d’orgue, et les jeunes gens qui en sortent ont reçu, dès l’âge de dix ans, une éducation musicale, religieuse et intellectuelle ayant pour but de les rendre capables de remplir les hautes fonctions du véritable organiste catholique (2).
(1) On trouvera, à la fin de ce chapitre, le nom des principales églises dans lesquelles l’orgue est ou a été tenu par des organistes aveugles.
(2) Voir, dans Impressions et souvenirs d’aveugle-, l’étude : Un véritable organiste catholique consacrée à l’aveugle Louis Lebel pendant 35 ans titulaire du grand orgue de St-Etienne du Mont.
so
l’organiste aveugle
On ne saurait trop le redire : ils possèdent, depuis l’invention de l’écriture Braille, le moyen très rapide et très pratique d’avoir à leur usage toute la musique possible, ce qui leur permet de ne plus être, comme les musiciens aveugles d’autrefois, musiciens de routine, toujours obligés de recourir à l’aide d'autrui.
Indépendamment du solfège et de l’harmonie, que doit savoir tout musicien digne de ce nom, il faut que l’organiste ait étudié la composition et l’improvisation pour orgue. Ne doit-il pas donner une forme correcte aux passages que l’on est souvent obligé d’improviser polir allonger ou raccourcir, selon les exigences de l’office, le morceau que l’on exécute (i) ?
11 faut qu’il soit familiarisé avec l’harmonie propre au caractère particulier de chaque mode de la tonalité grégorienne, qui diffère beaucoup, on le sait, de notre tonalité moderne. Il doit pouvoir transposer facilement, dans tous les tons, une pièce de plain-chant, l’accompagnement d’un motet ou d’un cantique, afin de mettre ces morceaux à la portée de toutes les voix. Enfin, la belle, la vraie musique d’orgue est écrite dans le style lié, avec une partie de pédales, souvent assez difficile et toujours importante, la pédale
(i) Un bon organiste doit être capable d'improviser les préludes, les morceaux d’entrée et de sortie et des pièces plus importantes, telles que : offertoires, communions, etc.
L’organiste aveugle
'étant la base de l’orgue. Or, le style lié et le mécanisme de la pédale ne s’acquièrent que par une étude longue et assidue, étude qui doit être •commencée lorsque l’on est encore assez jeune pour que les pieds et les doigts puissent se plier au maniement de l’orgue, claviers, registres. Aussi un pianiste, si bon qu’il soit, s’il n’est que pianiste, ne fera jamais que du piano sur l’orgue, et c’est un crime !...
Les organistes aveugles ont fait de l’orgue une sérieuse étude complètement à part de celle du piano, lis ont travaillé l’orgue sur de véritables orgues à tuyaux et à pédales en jouant la musique des grands maîtres : Bach, Mendelssohn, Lemmens, Franck, Guilmant, Gigout, Saint-Saëns, Widor, etc., et ces travaux ont été faits sous la direction quotidienne d’un professeur d’orgue très expert en son art (i).
Presque tous ces organistes jouent, en outre, d’un instrument d’orchestre tel que violon, violoncelle, etc. (2), et par conséquent ont fait
(1) L’Institution de Paris a pour professeur d’orgue et de composition M. Adolphe Marty, ancien élève de cette école, Ier Prix d’orgue du Conservatoire, où il a suivi le cours de César Franck, actuellement organiste du grand orgue de l’église de St-François Xavier, à Paris, et membre du jury du Conservatoire pour le Concours d’orgue.
(2) Beaucoup de compositeurs de musique religieuse ont souvent enrichi leurs motets d’une partie de violon ou de violoncelle. Aux grandes fêtes, l’exécution d’un morceau de ce genre contribue puissamment à
l’organiste aveugle
partie, pendant plusieurs années, d’une classe* d’ensemble instrumentale ; là, en étudiant, en analysant les chefs-d’œuvre des grands maîtres de la symphonie, ils ont appris l’art si difficile de mélanger avec goût et de faire ressortir avec à-propos les différents timbres des jeux de l’orgue, cet instrument symphonique par excellence. Non seulement ils possèdent toutes les connaissances requises chez l’organiste, pour en avoir appris la théorie et la pratique à la classe, mais encore ils en ont fait l’application, au moins pendant un an, à la chapelle de leur Institution, avant de se présenter dans une paroisse. Cet apprentissage a eu lieu devant leurs professeurs qui ont pu ainsi rectifier les erreurs, indiquer les mauvaises tendances, en un mot, corriger les défauts en prenant les fautes sur le fait. Arrivés en première division, les élèves organistes tiennent chacun à leur tour le grand orgue et l’orgue d’accompagnement de la chapelle. Ils s’habituent ainsi à conduire un office en public, et ce n’est pas peu de chose que de jouer devant un auditoire composé de maîtres et de condisciples. Ce public peu indulgent ne se gêne guère, la cérémonie terminée, pour critiquer assez vivement telle ou telle partie de l’office dans lesquelles l'organiste n'a pas été à la hauteur de son emploi.
relever une cérémonie ; aussi l’organiste capable de jouer un solo d’un de ces instruments est-il précieux. pour une église.
l’organiste aveugle
Les personnes qui n’ont jamais vu à l’œuvre un organiste aveugle véritablement instruit dans son art font, lorsqu’on leur en propose, plusieurs objections qu elles croient capitales et qu’il est facile de réduire à néant. Ici, comme ailleurs, on -est si peu accoutumé à voir l’aveugle faire quelque chose de sérieux qu’il semble que pour lui tout doit être difficultés invincibles, obstacles insurmontables.
Et d’abord, dit-on, comment l’aveugle peut-il se rendre compte des mouvements que le prêtre fait à l’autel, mouvements qui, dans bien des cas, doivent être connus de l’organiste ? Pour répondre à cette question, il suffit de rappeler que, dans certaines églises, le buffet de l’orgue est placé de telle sorte que l’exécutant ne peut voir devant lui. Du reste, chaque fois que le clairvoyant n’improvise pas ou ne joue pas par cœur (chose qui arrive souvent), il est obligé d’avoir les yeux attachés sur un livre qui devient alors tout son horizon. L’aveugle, par son conducteur placé de manière à voir le chœur, est averti des mouvements du clergé.
Autre objection plus sérieuse : l’aveugle, auquel on demande brusquement, au milieu d’un office, d’exécuter une pièce de plain-chant qu’il n’a pas présente à la mémoire, doit être forcément réduit au silence ? Non, l’aveugle, et ce n’est même pour lui que Va b c du métier, prend son livre, lit le chant de la main gauche et joue, avec la main
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droite et les pieds, quatre notes à la main, une ou deux, suivant le cas, à la pédale ; il obtient ainsi une harmonie parfaitement pleine. Maintenant que ce problème est résolu, je ferai observer qu’un pareil cas ne se présente, pour ainsi dire, jamais dans une église bien ordonnée, où l’on a quelque souci de la dignité des cérémonies religieuses. Tout ce qui doit être chanté est réglé au moins une heure avant les offices ; l’organiste a donc amplement le temps de se préparer et, du reste, Lisait toujours par cœur le Propre du temps.
Cet obstacle, d’ailleurs, peutsi bien être surmonté que, presque chaque année, un aveugle est admis au Conservatoire, et cinq anciens élèves de l’Institution de Paris. M. Marty (1886), MlleBoulay (1888). MM. Mahaut (1889), Vierne (1894), Barié (1906), ont brillamment obtenu le 1er Prix d’orgue. Or, une des épreuves du concours comporte l’accompagnement à première lecture, en contre-point fleuri, à quatre parties, d’une pièce de plain-chant d’assez longue étendue. Cette pièce, écrite en Braille, séance tenante, est posée sur le buffet de l’orgue et le concurrent aveugle lit de la main gauche et fait les quatre parties de contrepoint avec la main droite et les deux pieds.
Enfin, on objecte encore que l’aveugle doit être très long à se familiariser avec un orgue un peu considérable. Pour répondre, je me contenterai de citer un fait entre tant d’autres. A l’Exposition de 1878, Victor Nant, aveugle, presque de naissance.
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et ancien élève de l’Institution de Paris, donnait une séance sur l’orgue monumental qui venait d’être construit par la maison Cavaillé-Coll, dans la Salle des Fêtes du palais du Trocadéro. Il exécuta en virtuose les morceaux les plus difficiles des maîtres anciens et modernes, et cela avec une connaissance parfaite du magnifique orgue. Il n’y eut qu’une seule voix dans le public et dans la presse musicale pour affirmer qu’il était impossible de soupçonner la cécité du jeune artiste. Eh bien, cet aveugle avait eu à peine deux heures d’étude et, en un temps si court, s’était absolument familiarisé avec les combinaisons des soixante-douze jeux répartis sur les cinq claviers du gigantesque instrument.
Depuis cette époque, plusieurs virtuoses aveugles se sont fait entendre sur l’orgue de la Salle des Fêtes du Trocadéro, par exemple : Mlle Bouiay, MM. Marty, Vierne, Mahaut. M.Mahautfut même, en 1898, le créateur des concerts Franck : le premier, il tenta, et cela avec plein succès, de faire entendre au grand public les magnifiques et si difficiles pièces d’orgue du Maître trop méconnu de son vivant, pièces dont la difficulté technique égale la magnificence. Ces concerts ont placé M. Mahaut au premier rang des organistes virtuoses, et de nombreuses auditions d’orgue données par lui dans bien des villes de France ont toujours vivement impressionné les vrais amateurs de musique religieuse.
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Certes, tous les organistes aveugles n'ont pas la même valeur artistique, aussi tous n’aspirent pas aux mêmes emplois ; il en est qu’on destine aux églises de Paris, aux cathédrales, d’autres aux églises de petites villes, d’autres enfin aux paroisses de campagne (i) ; mais tous ont été formés avec soin et sont en mesure de s’acquitter parfaitement de la tâche qu’ils sont appelés à remplir.
11 en est de même pour les musiciennes aveugles organistes et maîtresses de musique solidement instruites dans leur art et formées aux bonnes traditions de la musique religieuse et classique ; élevées pour la vie en commun, elles sont très appréciées par les maisons d’éducation où elles habitent volontiers, sachant se conformer au règlement. Dans beaucoup de pensionnats, en France et à l’Etranger, ces musiciennes tiennent l’orgue ou l’harmonium de la chapelle, donnent des leçons de piano, de violon, de mandoline, de solfège, de chant, d’harmonie, forment et dirigent des choristes, organisent des récréations musicales
(i) Dans certaines églises de campagne l'aveugle cumule les fonctions de chantre et d’organiste, ce qui constitue un réel avantage pour les finances de la paroisse. Dès qu'une localité avec ses dépendances peut fournir à un musicien, soit comme organiste, soit comme professeur de musique ou accordeur de pianos et d’harmoniums, de quoi le faire vivre, on peut s'adresser à l'Association Valentin Haüy pour le bien des Aveugles, 9, rue Duroc, Paris, pour lui demander d’envover un musicien aveugle.
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et des offices en musique. Enfin, quand il y a lieu, elles tiennent l’orgue et l’harmonium. Elles réussissent complètement dans ces diverses fonctions, car elles y ont été préparées par neuf années d’études sérieuses, dans lesquelles la pratique a toujours été jointe à la théorie. Plusieurs d’entre elles ont obtenu le diplôme pour l’Enseignement du chant dans les écoles normales.
Vivant dans la maison qui les emploie, elles se contentent, alors même qu’elles ont un beau talent, d’appointements modestes : c’est donc pour cette maison une très notable économie. Ces jeunes filles savent parfaitement se diriger seules -et n’ont besoin d’aucune assistance pour circuler soit dans la maison, soit dans le jardin, pas plus que pour leur service personnel.
L’aveugle peut être également maître de chapelle. Le jeune organiste aveugle dirigera avec aisançe la maîtrise qui lui sera confiée, car son éducation musicale a été conduite aussi en ce sens. Ayant appartenu au chœur d’une chapelle, il a été rompu à la musique d’ensemble, tant au point de vue de l’exécution qu’au point de vue de la direction. Cette étude, il l’a faite sous la conduite d’un maître de chapelle professeur expliquant la raison des choses ; on l’a accoutumé à accompagner à l’orgue des masses chorales fort importantes et dans des morceaux d’un ensemble souvent très difficile. Promptement il s’acquittera de sa charge comme s’il la remplissait depuis
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longtemps, parce qu’il en a fait un sérieux apprentissage théorique et pratique. Au début, le maître de chapelle aveugle a plus de travail que le clairvoyant, étant obligé d’apprendre par cœur le répertoire de la maîtrise qu’il dirige ; mais une mémoire musicale exercée pendant neuf années d’études journalières, et une connaissance parfaite de l’harmonie et de la composition simplifient singulièrement cette tâche. Du reste, l’aveugle ne redoute pas la fatigue ; Dieu lui a donné l’amour et la facilité du travail dans lequel il trouve ses plus douces jouissances. Peu de temps lui suffit pour être à même d'accompagner et de diriger tous les morceaux d’une chapelle, et comme il aime son art, on est sûr qu’il ne sera avare ni de son temps, ni de sa peine, pour fonder, réorganiser ou augmenter une maîtrise.
Au point de vue artistique, l’aveugle intelligent, musicien et instruit est donc capable de remplir les fonctions d’organiste et celles de maître de chapelle, j’espère l’avoir établi par tout ce qui précède. Je voudrais montrer maintenant que pour s’acquitter complètement de ces fonctions le talent musical ne suffit pas, qu’il faut encore et surtout de grandes qualités morales, et enfin qu’en général les organistes aveugles satisfont à ces conditions.
Un véritable organiste catholique remplit unemission presque sacerdotale, il parle en la présence de Dieu et, s’il est artiste, la langue dont il se sert
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trouve un puissant écho au fond de lame des fidèles ; aussi doit-il toujours s’inspirer, se pénétrer de l’esprit de la fête célébrée par l'Eglise,, et, avant l’office, se rappeler que les fidèles sont réunis pour prier Dieu et non pour entendre un concert. Dans sa musique, il devra donc toujours prier ; mais la prière a des formes multiples, elle est autre aux jours de joie et de triomphe qu’aux jours de pénitence et de deuil. Toutes ces nuances, l’organiste doit les connaître, ou plutôt les sentir, car ce sont de ces choses qui ne s’apprennent pas en lisant de savants traités, mais en méditant l’esprit même de la cérémonie. Le véritable organiste doit être un sérieux chrétien et cette condition, si essentielle, se rencontre surtout chez les jeunes gens qui ont reçu une solide instruction religieuse jointe à une bonne éducation.
Les aveugles dont je plaide la cause satisfont à ces conditions, ils n’ignorent pas tout ce qui est en dehors de la musique. Ils possèdent des connaissances variées en littérature, en histoire et en philosophie, assez du moins pour désirer s’instruire encore davantage et pour goûter les délassements de l’esprit qui éloignent toujours un peu des plaisirs matériels. Elevés pour l’orgue, ils savent ce qu’est la mission de l’organiste catholique, ils l’aiment et y consacreront leur vie.
Ouvrez donc la porte de l’église à l’aveugle
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qui en est digne : sa place ne vous paraît-elle pas marquée à l’instrument qu’il sait si bien faire vibrer ? Notre-Seigneur qui, plusieurs fois, a daigné choisir l’aveugle pour faire éclater sa puissance et sa bonté aimera à le voir dans son temple. Autrefois, l’aveugle mendiant avait une place d’honneur aux portes des églises, la Providence lui donne le moyen d’en occuper une il l’intérieur de la maison de Dieu, qui oserait la lui refuser ? Puisque le prêtre, pour donner au service divin toute la pompe nécessaire, admet les laïques à prendre part aux cérémonies du culte, l’aveugle ne doit-il pas être admis des premiers, comme revêtu du caractère sacré que donne à l’homme le malheur accepté chrétiennement ?
A Paris, des aveugles ont été ou sont encore organistes des églises de : Notre-Dame, Notre-Dame-de-la-Croix, St-Antoine, St-Denisdu-St-Sacrement, St-Etienne-du-Mont (depuis 1826 jusqu’à ce jour, 4 organistes aveugles), St- François-Xavier, St-Germain-des-Prés, St-Gervais, St-Honoré, St-Jean-Baptiste, St-Jean-St-François, St-Leu, St-Louis-des-Invalides, St-Médard, St- Marcel, Ste-Marguerite, St-Nicolas-des-Champs, St-Philippe-du-Roule, St-Pierre-de-Montrouge, St- Pierre-du-Gros-Caillou, St-Thomas-d’ Aquin, St- Vincent-de-Paul, St-Vincent-de-Paul des Lazaristes, etc, ;
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Des cathédrales de : Arras, Blois, Boulogne-sur- Mer, Cahors, Coutances, Evreux, Laon, Limoges, Luçon, Meaux, Metz (Lorraine), Orléans, Pointeà-Pitre, Poitiers, Rodez, St-Maio, Tours, Tulle, Valence, Vannes, etc. ;
Et des églises paroissiales de : Abbeville, Ablainzevelle, Agen, Aire-sur-la-Lys, Aix, Alfortville, Amiens, les Andelys, Angers, Anglure, Angoulême, Anguilcourt-le-Sart, Aniche, Anisy— le-Château, Arbois, Ardres, Argentan, Argenton, Arles, Armentières (plusieurs églises), Arras (2 églises), Aubervilliers, les Aubiers, Aubusson, Auxerre, Auxy-le-Château, Avallon, Avignon, Bahia (Brésil), Bailleul, Ballancourt, Bar-sur-Aube*, Bazas, Beaugency, Beaune, Beaune-la-Rolande, Bébec (Turquie), Bellême, Bergerac, Bessègesr Béthune, Betz, Blois, Bonneval, Bordeaux (2 églises), Bonnes, Boulogne-sur-Mer (2 églises), Bourg-la-Reine, Bourgoin, Bray-St-Christophe, Brest, Brienne-le-Château, Brillon, Bruay, Brunoy,. Buire-le-Sec, Buironfosse, Bussang, la Capelle, Carentan, Carmeaux, Cassel, Cazoul-les-Béziers, Champigny, la Charité-sur-Loire, Châtellerault, Châtillon-sur-Seine, Chauny, Chelles, Cherbourg, Chollet, Civray, Clermont-Ferrand (plusieurs églises), Cognac, Compiègne(2 églises), Conches, Condé-en-Brie, Condé-sur-l’Escaut, Corbeil, Cosne, Crécy-en-Pontois, Crépy-en-Valois, le Creusot,. Dammartin, Decize, Denain, Desvres, Digoin, Divion, Doulaincourt, Dourdan, Draveil-Vigneux,.
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Dunkerque, Ecole, Elbeuf, Entrevaux, Epinay-sur- Orge, Escaudain, Etampes, Evreux (plusieurs églises), Falaise, Faumont, Fécamp, Fismes, la Flèche, Fiers, Flines, Florensac, Fontainebleau, Fougères, Fraisans, Fresnes, Fressies, Frévent, Fumel, Genève (Suisse), Gien, Gisors, Gournay, Granville, Gravelines, Grenoble, Grignols, Grignon, Gruchet-le-Valasse, le Flâvre, Hénin-Liétard, Herblay, Hesdin, Hirson, Honfleur, Houplines, Hyères, Ivry, Joigny, Jouarre, Jouy-en-Josas, Joué-lez-Tours, Lambres, Laon, Laval, Laventies, Lecelles, Lens, Libourne, Licques, Lille (plusieurs églises), Lillers, Limoges, Lisbonne (Portugal), Lisieux, Livry, Loches, Lomme, Londres (Angleterre), Longpont, Loos, Lorient, Loué, Lyon (plusieurs églises), Marchienn.es, Marest, Marines, Marmande, Marquette-lez-Lille, Marseille, Maubeuge, Meaux, Médéah, Melun, Merville, Meulan, Mèze, Millau, Milly, Mirande, Mitry-Mory, Mondicourt, Monsen-Barœul, Montauban, Montcornet, Montivilliers, Montpellier, Montreuil-Bellay, Mortagne, Mortain, Mustapha, Nanteuil-le-Haudoin, Nantes, Nemours, Nice, Niort, Nogent-le-Roi, Noisy-le-Sec, le Nouvion-en-Thiérache, Olonzac, Orbec, Orléans
( 2 églises), Orly, Pacy-sur-Eure, le Palais, Pantin, Paray-le-Monial, Pernes-en-Artois, le Perreux, Pesmes, Pierrefonds, Pithiviers, la Plaine-St-Denis, Pleyben, Plombières, la Pointe-à-Pitre, Poitiers, Pont-à-Marcq , Pont-Audemer, Pontivy, Pontoise, Précy-sur-Oise, Quiévy, le Qiiillio, Rang-du-Fliers,
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île de Ré, Rennes, les Riceys, Rieumes, Riom, Ris-Orangis, Rochefort, Rolampont, Romainville, Romans, Roubaix (plusieurs églises), Rouen, Sainghin-en-Mélanthois, Sains-Richaumont, Ste- Adresse, St-Amé, St-Boniface (Canada), St-Donat, St-Estèphe, St-Florentin, St-Just-en-Chevalet, St- Laurent-Blangy, St-Leu-Taverny, St-Lô, St- Maixent, St-Malo, St-Maurice, St-Rémy, St-Saulve, St-Sauveur, St-Waast, Saintes, Salonique (Turquie), Samatan, Sancoins, Santorin (Grèce), Savigny-sur-Orge, Sébourg, Seclin, Sèvres, Singapour (Indes), Spezia (Italie), Stains, Suippes, la Suze, Tain, Tartas, Thibodeaux (Amérique), Tonnerre (plusieurs églises), Toulon, Tourcoing(plusieurs églises), Tournay (Belgique), Tournehem, Tours, Troissereux, Tulle, Valence (2 églises), Valognes, Vannes, Vanves, Vénestanville, Vernon, Versailles, Vers-sur-Mer, Vesoul, Vienne, Vigneulles, Villeneuve-sur-Yonne, Villers- Cotterets, Villers-sur-Bar, Villiers-sur-Marne, Vire, Vitré, Vitry-sur-Seine, Voiron, Wambrechies, Warlaing, Wimille, etc.
Maîtres de chapelle : Arbois, Arles (cathédrale), Arras (cathédrale), Civray, Clamart, Compïègne, Lens, Marseille, Pontivy, Rodez, Tulle, etc.
Chantres : Paris, St-François-Xavier ; Province : Ablainzevelle, Argenteuil, Buire-le-Sec, Chalonsur-Saône, Chelles, Desvres, Diconne, Divion, Dourdan, Ivry, Moidrey, Montrieux, Pantin, Ris- Orangis, St-Laurent-Blangy, Tournehem, etc.
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