‹ Les aveux; poésiesChapitre 18 sur 56 · SOIRÉE DE JEUNES GEKS · texte numérisé non relu

SOIRÉE DE JEUNES GEKS

Soirée de jeunes 2:ens

CE soiv-là, nous clions quatre bons camarades, Tous jeunes, tous joyeux, et liés dès longtemps. Pour avoir en comuiun depuis sept ou huit ans Connu bien des jours gais et bien des jours maussades.

La chambre de garçon où nous passions ce soir Phiisait par un contraste étrange et fantastique : Des masques, de: fleurets, des gants, de la musique. Et des livres, sur un piano d'ébène noir.

La tenture était rouge, et deux grands tableaux sombres. Chefs-d'œuvre non signés d'un maître vénitien, Y montraient, à côté d'un dressoir ancien. L'éclat blanc des beaux corps avivé par les ombres.

Nous riions, nous causions, mais à tort, à travers. Fous, vifs, tirant des feux d'artifice de phrases;

Hardiment nous passions des rires aux extases. Oii V un faisait des mots, l'antre disait des vers.

Sur la table luisait un fiacott d'eau-de-vie. Clair et blond; on eût dit qu'il faisait les doux yeux Aux coupes de Bohême en cristal précieux, Où courait une chasse avec fureur suivie.

Des globes bleus donnaient un frais reflet changeant Au marbre finement veiné de quelques groupes, Et parmi les flacons d'cau-de-vie et les coupes Des cigares dorés chargeaient un plat d'argent.

Vrai Dieu I la belle fête I et quelle joie intime Quand deux de nous, assis au piano, vaillamment. Attaquèrent, avec un profond sentiment.

Un allegro de Weber, aussi fin que sublime.

Des chats erraient frottant leur tête à nos genoux. La vapeur du tabac avait noyé la chambre. Au dehors un vent froid et plaintif de Décembre, Et dans la cheminée un feu gai comme nous !

O mes amis, vous tous qui m'aime^, et que j'aime. En dépit de ce temps d'âpres politiqueurs.

Page 1