‹ Les aveux; poésiesChapitre 17 sur 56 · EN LISANT · texte numérisé non relu

EN LISANT

En lisant Ronsard

JE veux lire aujourd'hui les sonnets de Ronsard. Ce ciel voilé me glace, et c'est ma fantaisie De me chauffer aux feux de cette poésie Comme au soleil nouveau fait un frileux lézard.

Tranquille, j'ouvrirai le doux livre au hasard, fe serai plus heureux que n'est un roi d'Asie, Et mon esprit, qu'un vers délicat extasie. S'enivrera longtemps du charme pur de l'art.

S'il est vrai que la vie est dédiée aux larmes.

Que ce monde est un champ, où tous, pâles, en armes.

Nous luttons pour tuer, puis mourir écrasés.

Ressemblons au soldat qui, parmi les désastres, Lève les yeux, et sent sur son front les baisers Mystérieux et frais que prodiguent les astres.

En lisant Michelet

NA'POLÈO'N fuyait le flamboyant Moscou, Et son traîneau filait sur la neige glacée, Tandis que dans ses yeux bleu pâle sa pensée, Féroce, semblait dire à son destin : Jusqu'où ?

Une riche fourrure enveloppait son cou.

Une toque encadrait sa figure engraissée. Livide, quand des plis de la neige amassée Quelque soldat couché se dressait tout à coup.

C'était un vétéran d'Egypte ou d'Italie,

Qui lui criait avec une voix affaiblie :

(( Du pain, père, du pain ! » Lui, ne répondait pas.

Un étrange frisson errait sur sa figure.

Et le vieux compagnon de ses premiers combats

Disait : « Père, pardon ! » et baisa.it sa fourrure.

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