‹ Les aveux; poésiesChapitre 7 sur 56 · TOK PASSÉ · texte numérisé non relu

TOK PASSÉ

Le jour où tes yeux noirs que f aime M'ont fait transparaître ton cœur, Dans une évidence suprême, Qui m'a rendu fou de bonheur.

Sur un volume de Shelley

QUAND VOUS lire^ ces vers que fai lus si souvent. Chère, si vous maimeT^, aime-^-les, en rêvant Aux larmes que sur eux, comme un fou, j'ai versées, Et puis reliseT^Jes le soir et dites-vous Que les plus attendris, les plus purs, les plus doux, Vous expriment h fond de toutes mes pensées.

SOIRS d'été 25

Soirs d'Été

LE cœur gai s'enivre de l'heure Qu'enchante le beau soir d'été, Où le rossignol a chanté Dans l'arbre que la brise effleure.

Le cœur triste souffre de l'heure Ou attendrit le beau soir d'été, Touchant comme un amour quitté^ Et long comme un baiser qui leurre.

Le cœur dégoûté voit dans l'heure

Qu'apaise le beau soir d'été,

La muette sérénité

Du vrai sage, attendant qu'il meure.

Et sur son aile errante, l'heure Emporte, avec le soir d'été, Le cœur gai, triste, ou dégoûté, Vers la même obscure demeure.

Soirs d'Ét<

LA brise du soir en silence effleure Les feuillages blancs des hauts peupliers, Et mes souvenirs viennent par milliers, Encore attendris par le jour et r heure.

Sur le ciel plus clair, délicatement.

Le coteau planté d'arbres se dessine; Tout n'est que clarté vaporeuse et fine, Et que solitude et quapaisment.

Et cette influence heureuse et calmante Endort dans mon cœur tout chagrin d'amour, Car tu me souris dans ce demi-jour Comme aux temps anciens, mon Aimée Aimante.

Je songe à ton cœur suave et discret Comme la lueur de cette soirée, A demi rosée, à demi dorée; Et ton beau visage ému m'apparait.

La lune se lève et /'Angélus tinte.

Sa voix se disperse à travers les chants. Et les souvenirs se font plus touchants Dans leur volupté qui s'achève en plainte.

SOIRS d'été 29

Soirs d'Été

LE soir est aussi doux, aussi calme qu'hier. Là-haut pas un nuage et pas un souffle d'air. Mais une impression de tristesse s'exhale, Pour moi, de ce beau ciel si pur qu'il en est pâle ; Je vois de ce soleil épuisé qui s'endort Sinistrement tomber une vapeur de mort Sur ces coteaux muets, sur ces bois immobiles... Habitant inquiet des inquiètes villes, Ce silence effrayant pèse à mon faible cœur, — Et la nature, vue en face, me fait peur. C'est son indifférence éternelle et profonde Que je hais ! Je supplie et veux qu'on me réponde, Et je veux être plaint, et je veux être aimé...

Si vous élie:{ ici, chère rose de mai.

Frêle femme aux yeux fins dont l'âme est si sincère.

Je vous amènerais jusqu'à ce banc de pierre

Où, devant V horion doré, je viens m' asseoir,

Et là je vous dirais dans utte paix du soir :

« Vois tout cet univers mystérieux et morne.

Comme il est sans pensa, il est aussi sans borne.

Spectateur étranger de tout le drame humain,

Il fleurissait hier, il fleurira demain.

Je ne suis qu'un enfant et tu n'es qu'une femme; •

Mais puisqu ici-bas rien n'aime une âme qu'une âme.

Aimons-nous ! Puisqiierien ne nous parle, aimons-nous .

Aimons-nous, aimons-nous, puisque, tragique ou doux,

Le vaste ciel du soir ne comprend pas les choses

Que nous nous murmurons devant ses brumes roses,

Silencieux témoin vers qui tous les vivants

Ont jeté de vains cris qu'ont emportes les vents ! »

SOIRS d'été

Soirs d'Été

CE soir que faites-vous, Chère? faivie à penser Ou en voyant vers les monts le soleil .s'abaisser, J^ous éprouve^, devant le jnuet paysage, Je ne sais quel désir triste, tendre et sauvage. D'avoir celui qu-e vous aime:;^ auprès de vous Pour mieux l'aimer devant ce ciel immense et doux...

32 LIVREFREMIER

Soirs d'Été

ENCORE un soir qui tombe, un soir qui ne tn' apporte Qu'un regret plus navrant de ma jeunesse morte. Que ne suis-je pareil à ces noirs paysans Dont je vois les maisons éparses dans les champs, Et qui, durs travailleurs, ne comptent leurs journées Que par l'entassement des gerbes moissonnées ?

Mais, moi, le grand silence et la clarté du ciel, La ligne des coteaux boisés, le lent appel Que /'Angélus du soir jette dans la vallée. Tout me fait souvenir de ma vie en allée...

C'est par des soirs pareils, — ah! comme ils furent courts. Mais dans la suite vague et morne de mes jours

Quelle place ces soirs de joie unique ont prise ! — Elle se promenait avec sa robe grise, Et d'invisibles fleurs avaient tout parfumé L'air du Bois où j'aimais et me croyais aimé!

34 LIVRE PREMIE]

Soirs d'Été

J'avais cueilli la fleur que vous aimei le mieux, Et je la respirais devant les vastes deux, Sur la colline, à l'heure où le beau soir commence. J'avais cueilli la fleur, et, dans le grand silence. Son délicat parfum était comme une voix Qui me rappelait tant de choses d'autrefois, Des choses dont le charme en allé me tourmente. Que je baisai la fleur comme une bouche aimante.

Soirs d'Été

SUR nos fronts un laurier fieuri de blanches fleurs , L'angle d'un toit penché nous dérobait la lune; Mais le grand ciel était baigné de ses pâleurs Que les étoiles d'or perçaient une par tme.

Et nous causions de Dieu, du Christ et de la Mort. Autour de nous c'était, dans la petite ville. Cet énorme silence où l'on sent que tout dort. Et pas un souffle d'air sur notre arbre immobile.

Ce qu'il y a de plus pur dans les jours d'ici-bas Nous venait à la fois du profond de nos âmes. Nous étions exaltés, nous ne raisonnions pas, Et nous aurions prié comme de simples femmes.

36 LIVRE PREMIEl

Cette Élévation vers l'Idéal Divin Ne laissait subsister en moi quune pensée : — Que ne puis-je parler ainsi dans ce jardin Chaque soir à l'unique et chère fiancée? .. .

Soirs d'Été

PRÈS d'wi étang presque sans eau Que colore un ciel d'améthyste, Aux soirs d'été, chante un oiseau !

Un seul oiseau, discret et triste.

Ce que cet oiseau chante là.

C'est la fuite de la journée Qui s'en va, comme s'en ira Le mois d'abord, et puis Vannée.

Et la jeunesse avec sa fleur, Pâle jeunesse consumée Dans l'attente et dans la langueur, Loin des yeux de la Bien- Aimée. . .

Soirs d'Été

PETIT oiseau, que j'écoutais, Quand ^ aujourd'hui, de ta voix tendre, Tu citantes comme tu chantais, Qui donc est là pour te comprendre!

Je t'aimais tant, petit oiseau!

Je t'aimais tant! Mon cœur ressemble

A cet étang presque sans eau

Où l'ombre des peupliers tremble.

Et rien n'est plus pareil au soir.

Au soir éteint, au grand soir morne.

Que la fin d'un sublime espoir.

De l'espoir d'un bonheur sans borne.

SOIRS d'été 59

Soirs d'Été

C'est ime émotion tendre et presque sauvage, Mais qui méprend toujours, chaque fois qu'en voyage Je vois le soir qui tombe empourprer l'occident. Et que sur l'horiT^n doré, profond, ardent, Se dessine la ligne obscure d'une ville Avec de longs clochers montant dans l'air tranquille. Je me dis qu'il serait vraiment délicieux De venir avec sa maîtresse en ces beaux lieux, Et d'y goûter longtemps la joie âpre et profonde De se sentir perdus dans ce recoin du monde ; Oui, perdus, inconnus, ignorés, — mais heureux, Comîne si l'on n'était sur terre que tous deux.

Soirs d'Été

CETTE fois ce n est pas du haut d'une colline Que je goûte le soir et sa fraîcheur divine. Non. fe voyage. Un train m'emporte vers Paris. A l'orient, le ciel est nuageux et gris ; Mais de mornes vapeurs chaudement empourprée La Ville à l'horizon surgit, démesurée !

Salut, cité d'enfer où je vais de nouveau, Lazare pour un jour sorti de son tombeau, Me coucher, comme un mort, loin des soleils sublimes. Adieu, longs peupliers dont les mouvantes cimes Palpitaient sur mon front au vent calmé du soir l Adieu, vignes en fleur où je venais m' asseoir ! Adieu, vallons étroits que je peuplais de songes ! Et toi, pe tit coteau délicat qui prolonges

Ta ligne sur un ciel aussi pâle que bleu ; Toi, cloche de village, et toi, village, adieu ! Vous ne me verre^ plus dans la paix taciturne Que verse sur les champs l'heure triste et nocturne Me répéter un nom que j'aime, comme un fou, Et suivre des sentiers qui vont l'on ne sait où.

Vision

C^EST un bois de sapins, impénétrable, obscur. La noirceur du feuillage avive encor l'azur Du grand ciel d'été qui flamboie.

Tout un bourdonnement d'insectes le remplit, Ce bois sombre, et la mousse épaisse y fait un lit Moelleux comme un velours de soie.

A respirer V arôme âpre et presque enivrant Qui flotte dans ce bois, un doux regret me prend.

Une pure, une chère image.

Comme dans un lointain presque immatériel, M' apparaît sur le fond immaculé du ciel

Ou encadre le profond feuillage.

Et je te reconnais, ô Femme; mais pourquoi Cet air mélancolique ? As-tu donc peur de moi,

Que tu tournes ta belle tête ?

Réponds, ne suis-je plus l'ami, le confident ? Parle-moi, je ne t'ai jamais chérie autant.

Dis-moi ta souffrance secrète.

Tu me parlais jadis, chère Ame, souviens-toi De cette allée où tu disais : « Comprenex^moi :

C'est que je suis si malheureuse !. . . » Aujourd'hui tu te tais, et dans tes mornes yeux Un abîme, muet comme ces calmes deux,

Et comme eux infini, se creuse.

...Et tu t'évanouis, ô vision d'amour.

Dans ce ciel vaste où brûle un implacable jour.

Sur ma tête désespérée Le bois qui vibre jette un retentissement Semblable au bruit que fait la ?ner en écumant

Par les nuits de forte marée.

Regret

DEVANT h ciel d'été, tiède et calmé, Je me souviens de toi, comme d'un songe, Et mon regret fidèle, aime et prolonge Les heures où j'étais aimé.

Les astres brilleront, dans la nuit noire; Le soleil brillera, dans le jour clair ; Quelque chose de toi, flotte dans l'air, Qui me pénètre la mémoire.

Quelque chose de toi, qui fut à moi, Car j'ai possédé tout, de ta pensée.

Et mon âme trahie, et délaissée,

Est encor tout entière à toi.

Page 1