‹ Les aveux; poésiesChapitre 9 sur 56 · CHANSON DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

CHANSON DE BRETAGNE

Chanson de Bretagne

RIEN n'arrête celui que l'amour accompagne, Glace ou Jieige, pluie ou grésil, âpres sentiers! Pour te suivre à travers le bois et la campagne J'ai perdu mes sabots et déchiré mes pieds.

C'est qu'elle est comme moi bien jeune, mon amante. Dix-sept ans, et jolie, et si fraîche — ô ma fleur ! Son regard est brûlant, sa parole clémente, Et c'est une prison où j'enferme mon cœur.

A quoi la comparer ? A la Rose-Marie, Cette rose d'amour, blanche comme un jasmin, Fleur si frêle au milieu des fleurs de la prairie Qui s'ouvrent aujourd'hui pour se fermer demain!

En te faisant la cour, j'étais, ma fleur tremblante, Semblable au rossignol posé sur un buisson : S'il veut sommeiller, l'arbre épineux l'ensanglante, Il remonte à la cime et reprend sa chanson.

Je suis ce rossignol, ou bien encore une âme Qui fait son Purgatoire en attendant son jour. Quand donc échapper ai- je à la cruelle flamme Pour entrer avec toi dans le ciel de l'amour ?

Que mon astre est fatal ! mon sort contre nature !^ Je n'ai pas un parent ici, pas un chrétien, Pour prendre au moins pitié des peines que j'endure. Je n'ai pas un ami qui me veuille du bien.

Personne n'a souffert comme moi, mon amie, Et cela par amour pour vous. J'ai tant prié ! J'ai tant souffert ! A deux genoux je vous supplie De prendre, au nom de Dieu, votre clerc en pitié.

Page 1