‹ Les aveux; poésiesChapitre 10 sur 56 · CHANSON DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

CHANSON DE BRETAGNE

...Je composais ces vers en descendant la grève Au retour du pardon de Saint-Michel. Là-bas, A l'horixpn, je vois la mer qui se soulève. . . . Que m'importe, si ma Douce ne m'entend pas ?

Musique

LA lune se levait, pare, mais plus glacée Que le ressouvenir de quelque amour passée. Les étoiles, au fond du ciel silencieux, Brillaient, mais d'un éclat changeant, comme des yeux Où flotte une pensée insaisissable à l'âme. Et le violon, tendre et doux, comme une femme Dont la voix s'affaiblit dans l'ardente langueur, Chantait : Encore un soir perdu pour le bonheur.

Romance

L'ame évaporée et souffrante, L'âme douce, l'âme odorante Des lis divins que j'ai cueillis Dans le jardin de ta pensée.

Où donc les vents l'ont-ils chassée, Cette âme adorable des lis?

N'est-il plus un parfum qui reste De la suavité céleste Des jours, où tu m'enveloppais D'une vapeur surnaturelle.

Faite d'espoir, d'amour fidèle, De béatitude et de paix ?. . .

Romance

VOICI juste un au, jour pour jour, Oui, jour pour jour, heure pour heure.

Cette heure-là fut la meilleure,

La meilleure de notre amour.

Farouche, frémissante et frêle.

Tu me parlais, je t'écoutais !

Et vaguement je te sentais,

Je te sentais surnaturelle.

Quand ma bouche osa se poser Sur ta bouche amoureuse et fier i Mon âme passa tout entière,

Tout entière dans ce baiser.

Ce temps où lu m'aimas ressemble

Aux temps charmants, aux temps lointains

De mon enfance. Ah ! gais fnatins !...

Ah ! gais matins ! mon cœur en tremble.

J'étais amoureux, je suis dur; J'étais joyeux, je suis morose.

Le sort moqueur a soufflé sur

Tous les pétales de ma rose.

Romance

u n'as pas plus besoin d'efforts pour être belle Que l'oiseau, pour chanter, la cloche pour tinter,

Et mon âme pour écouter

Ce que ton nom seul lui rappelle.

Je n'ai pas plus douté de ton premier aveu Que l'enfant caressé ne doute de sa mère.

Le poète de sa chimère

Et le fidèle de son Dieu.

Puis-je en vouloir à l'heure exquise d'être brève, A l'hiver de venir si vite après l'été,

Plus qu'à toi de m'avoir quitté, Douce et fuyante comme un rêve?...

Romance

TANDIS qu'EIIe écoutait tout le long de l'allée Le vent glacé frémir dans les noirs peupliers, Morne, elle reconnut la maison isolée Et le perron porté par ses deux escaliers... Le soir tombait, un soir d'hiver, — et par milliers Des bruits vagues montaient de la plaine apaisée. La ligne des coteaux voisins et familiers Courait sur un ciel froid d'une pâleur rosée. — Elle dit : (( Que ce soir est triste ! Oh ! plus jamaisl. Qu'ils étaient doux les soirs, dit-elle, quand j'aimais I. .

Elle entra; quand on eut entr'ouvert la fenêtre.

Elle s'assit et vit qu'ils n'étaient pas changés,

Ces meubles si connus qu'ils semblaient reconnaître

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La main qui les touchait de ses doigts allongés. Dans des cadres dorés, bergères et bergers Menaient, comme autrefois, leurs rondes peu farouches. Elle vint au piano muet; ses doigts légers Firent chanter un air ancien aux blanches touches. Elle dit : « Que cet air est triste! Oh I plus jamais I... Ou il me plaisait, cet air, dit-elle, quand j'aimais!...»

« Quand j'aimais ! » Et sentant l'amêre angoisse d'être Elle dit, revenue auprès de la fenêtre :

<( Pourquoi cet amour insensé N'est-il pas mort avec les plantes Qui l'enivraient, l'été passé, D'odeurs puissantes et troublantes?

(( Pourquoi la bise, en emportant La feuille jaunie et fanée.

N'en a-t-elle pas fait autant De mon amour de l'autre année ?

« Les roses des rosiers en fleur, L'hiver les cueille et les dessèche;

Mais la blanche rose du cœur Toujours froissée, est toujours fraîche.

« Il n'en finit pas de courir Le ruisseau de pleurs qui l'arrose, Et la mélancolique rose N'en finit pas de refleurir... »

Regret

O beaux cheveux bouclés sur un fier, un doux front Que plus jamais mes longs baisers ne presseront, 0 beau sourire éclos sur des lèvres charmantes Qui ne me diront plus de paroles clémentes, O beaux yeux, purs miroirs d'un cœur plus pur que vous, D'un cœur qui m'est cruel et qui me fut si doux, Que ne puis-je oublier les divines pensées Dont vous m'aveiii comblé dans des heures passées. Et pourquoi donc gardé-je un si long souvenir D'un bonheur insensé qui dut si tôt finir?

Romance

D'après Shelley.

OUBLÎRAS-TU que d'heures douces Nous enterrâmes sous les dwusscs Du bois suave de V Amour ?

Et mvis amoucelions sur elles Des fleurs et des feuilles nouvelles.

Et c'étaient, ces feuilles d'un jour, Nos espérances alors vertes ; C'étaient, ces fleurs à peine ouvertes, Nos bonheurs fanes sans retour.

— Oublier ces heures passées Et leurs bienheureuses pensées

Un Spectre veille et ne veut pas.

Mon Ame est une tombe noire, Que garde en priant la Mémoire, Et le Regret me dit tout bas :

« Les félicités anciennes, O cœur malade, sont des peines Dont jamais tu ne guériras. »

LE SOIRET LA DOULEUR él

Le Soir et la Douleur

LA douleur dit au soir : a Oh! viens ^ toi que j'appelle Toi le seul qui, jamais, jamais ne m'ait fait mal. » Et le soir, souriant et pâle, vient vers elle Sur l'escalier du ciel occidental.

Le soir à la douleur murmure : « Mon aimée ! » Il la prend par les mains, la force de s'asseoir. Et comme clic se sent intimement charmée Par la caresse apaisante du soir!

Le soir dit : « Mon aimée, entends mourir le monde « Et se taire la voix de ces hommes cruels, (( Et descendre la nuit, ta sœur triste et féconde, (( Les bras chargés de lis surnaturels. »

La douleur au beau soir répond : « J'ai peur de l'ombre Comme j'ai peur de l'homme et du ■^our obsesseur.

(f J'ai peur de ces milliers de regards du ciel sombre. <( Je faillie, toi, pour ta morne douceur. »

Mais h soir n'entend plus ce soupir, il se lève; Il voudrait embrasser l'aimée, il ne peut pas. Il est déjà lointain et vague comme un rêve. — Et la douleur reste seule ici-bas !

Regret

Loin d'eux ! Vois se pencher les défuntes années Sur les balcons dtt ciel, en robes surannées. C. Baudelaire.

DANS un jardin dépouillé par l'autoinme Et g ne j'avais connu vert et fleuri , Je promenais mon amour mal gnéri.

— Le vent jetait sa plainte monotone.

Le ciel, suave et tendre et bleu jadis, Développait son dais chargé de neige; Et je criais au ciel : « Quand reverrai-je L'azjir brûlant de l'ancien paradis ? »

Désespéré comme un cœur qui regrette, Le vent sifflait sur les dernières fleurs. Le soir d'automne éteignait ses lueurs, Et les clairons sonnaiettt pour la retraite.

Le vent chassait les feuilles du jardin, Qui se dressaient de terre pour me suivre, Et j'écoutais se lamenter le cuivre Qui me parlait de mon bonheur lointain.

Tout était faux et tout semblait sincère. Tout était dur et tout semblait aimant. — Ah ! fe finis de boire amèrement Le vin versé par la main la plus chère !. .

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