Délibérations de la commune de Besançon, 1789. B. B
Le fait s'explique cependant, quand on sait que l'avocat poursuivi était le même Rouget qui, en 1781, avait eu. avec Tordre, les violents démêlés que nous avons raiiportés. Les vieilles rancunes nï'taient sans doute pas éteintes en 1789 et Rouget dut en porter le [)oids.
De tout C(Mé on réclamait la suppression des parlements, qui formaient le foyer de résistance aux idées nouvelles. Les avocats, tout les premiers, demandaient avec insistance celte su|)pression; mais, dans sa cbute, le parlement allait les entraîner avec lui.
Le décret du 3 novembre 1789. répondant au vœu général, décida la suppression des parlements. 11 portait aussi, dans l'arlicle 10, le germe de la <lisparition de Tordre des avocats, a Tout privilège en matière de juridiction, y lisait-on, est aboli; tous les citoyens, sans distinction, [daideront en la même forme, devant les mêmes juges, en les mêmes causes. »
Le décret du 2 septeujbre 1790 se chargea de porter le dernier coup au barreau dans les termes suivants : « Les hommes de loi, ci-devant appelés avocats, ne devant former ni ordre ni corporation, n'auront désormais aucun costume particulier dans leurs fonctions. )> Nombreux étaient les avocats qui faisaient partie de l'Assemblée; le président était même un des plus célèbres avocats deTépoque, Thouret, du barreau de Rouen. Robespierre seul lu'otesta contre Tabolition de Tordre. On prétendit, sur le moment, que si un cri unanime contre ce projet ne s'éleva point de cette assemblée, où les avocats se trouvaient en si grand nombre, c'est que les avocats préférèrent que leur ordre restât sur son ancienne s[)lendeur, plutôt que de graviter péniblement
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autour des Iribuiiaux cliêtifs, organisés par la iiouvellu loi K
L'Assemblée coiislituanle ii'admellait point de privilège, celui des avocats pas plus que les autres. On ne pouvait pourtant lui reprocher d'être fondé sur la naissance ou la fortune, l'étude et le talent v aviuent seuls leur part.
Le 30 septembre 1790, le décret portant suppression des parlements fut exécuté a Besançon. Les salles d'audience furent fermées, les scellés y furent apposés. C'en était fini du parlement; c'en était aussi Uni des avocats.
L'ordre des avocats s'assembla une fois encore dans sa chambre noire du couvent des Carmes, l.a, comme celui qui sent que sa dernière heure est |)roche, il [iril ses ultimes dispositions. Les avocats cédèrent a la commune leur liibliotheipie, à la chariie d'en incorporer les livres à la bibliothèque appartenant à la ville et déposée chez les Pères liénédictins, en autorisant le [)ublic à les consulter trois jours par semaine. Us ajoutèrent à ce legs les meubles (jui leur appartenaient, contenus tant chez les Pères Carmes, comme leur bibliothèque, (jue dans leur ancieniie chandire du [Kilais. Parmi les pauvres meubles (pi'ils léguaient, on [louvait remarquer le dernier tableau de l'ordre : celui de lT(So, Au bas de celte délibération, (pii est comme le testameid de Tordre, figure la signature du bâtonnier Leljeaux. (jui s'y intitule le a dernier des bâtonniers 2. » 11 était, en ellet.
1. Fournel, Histoire des avocats au parlement et du barreau de Paris.
2. En 1794, le district réclama la bibliothèque et les meubles des avocats comme lui revenant, parce qu'ils se trouvaient auparavant dans une maison nationale Man. 1275, B. B. .
le dernier bâtonnier qui ait été nommé par i assemblée des avocats, en 1783.
L'émotion dut gagner plus d'un avocat en signant cet acte de disposition des biens de la communauté, car c'était, pour les avocats, signer aussi la renonciation a leurs droits. Pendant longtemps, eux ou leurs aînés avaient lutté pour la conservation de ces droits dans des conjonctures difficiles; ils se le rappelèrent sans doute en cet instant : ils durent regixller amèrement la situation honorable qu'ils venaient de perdre.
Mais pour ceux qui étaient lancés dans le mouvement contemporain, le décret qui su[q)rimait les parlements, en organisant des juridictions nouvelles, ouvrait un nvenir qu'ils voyaient plein d'espérances. La nomination des juges se fit. dorénavant, par l'élection, et les suffrages du peuple, en choisissaid parmi les avocats, les firent passer de l'autre côté de la barre.
A côté des meml)res du barreau, que les fonctions judiciaires ou les fonctions administratives avaient détachés de leur profession, à côté de ceux qui prirent une part quelquefois [)eu honoralile aux événements politiques, à côté de ceux qui cherdièrent un refuge dans rémigration, il en fut qui continuèrent à se consacrer à leur métier. Bien (jue désormais sans titres, la confiance de leurs concitovens venait encore les charger de leurs intérêts. Souvent il leur fallait du courage pour mener à bien une tache périlleuse dans une époque si
troublée.
Nous sortirions du cadre que nous nous sommes proposé dans cette étude, en suivant, à travers la Kévolution, ces défenseurs officieux. L'ordre des avocats
est supprimo, noii^^ n'écririons plus que riiistoiro p.iriiculière de quelques avocats, au lieu de relracer, comme nou^ avons essayé do le faire. î histoire do l'ordre tout entier.