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LE GRAND TEMPLE

mencé, et qu'ont si fort vanté les Espagnols après l'avoir détruit.

Les documents font défaut pour établir les dimensions exactes de ce Téocalli, car les quatre historiens qui l'ont visité et décrit, Cortez, Bernai Diaz del Castillo, le Conquérant anonyme et Sahagun, en parlent avec des contradictions flagrantes. D'après leurs récits, contrôlés par Clavigéro, voici ce que l'on peut considérer comme la vérité :

Construit au centre de la ville, ce vaste édifice, qui avait la forme d'une pyramide tronquée, couvrait, avec les temples annexés, tout l'espace occupé aujourd'hui par la cathédrale de Mexico, sa grande place et les rues qui l'avoisinent. Le mur qui l'entourait, sculpté de figures . de serpents enlacés, formait un carré dans lequel, selon Cortez, eût pu tenir un village de cinq cents feux. Fabriqué de pierres et de chaux, ce mur, très épais, était couronné de créneaux et percé de quatre portes faisant face aux quatre points cardinaux. De la porte de l'Orient, partait une large route qui conduisait au lac de Texcoco. Quant aux trois autres issues, elles faisaient face aux trois principales rues de la ville, rues longues, larges et aboutissant, par des chaussées construites sur le lac, aux villages d'Iztapalapan, de Tacuba et de Tépéyacac. Sur chacune de ces portes se trouvait un trophée amplement pourvu d'armes offensives et défensives. En cas de nécessité, c'était là que les soldats accouraient s'armer.

La cour intérieure que bordait ce mur était pavée de pierres si bien polies que les chevaux des Espagnols ne pouvaient s'y aventurer sans courir le risque de s'abattre. Au centre de cette cour, s'élevait la vaste pyramide tronquée affectant, selon les uns, la forme d'un parallélogramme ; celle d'un carré, selon les autres. Cette pyramide, revêtue de briques, se composait de cinq assises égales en hauteur, mais non en longueur ni en largeur, car les plus élevées étaient plus étroites que les inférieures. Lapre-

mière assise, base de l'édifice et haute de 4 ou 5 mètres, mesurait 300 pieds du levant au couchant, et près de 250 du nord au raidi. La seconde était moins large que la première de iO pieds environ, et les autres allaient en diminuant dans la même proportion. Par suite de ce retrait, chaque assise se trouvait bordée d'un espace libre sur lequel trois ou quatre hommes pouvaient marcher de front.

L'escalier de cet édifice, placé à l'extérieur, du côté du midi, se composait de cent trente marches d'un pied de haut. Mais cet escalier n'était pas continu. Les premières vingt marches gravies, il fallait faire le tour de l'espèce de corridor dont il vient d'être question pour atteindre celles de la seconde assise, et ainsi de suite. Cette opinion, nous devons le dire, est très controversée.

Parvenu sur la plate-forme de ce singulier monument, plateforme assez vaste pour que cinq cents nobles mexicains aient pu s'y retrancher et se défendre contre les troupes de Cortez,on voyait, du côté de l'orient, deux tours d'une hauteur de 50 pieds, composées de trois assises. La première de ces assises était construite de pierres et de chaux, les deux autres de bois artistement travaillé. Dans l'assise de pierres était ménagé ce que l'on peut nommer le sanctuaire, et là, sur un autel haut de 5 pieds, s'alignaient les images des dieux tutélaires. Un de ces sanctuaires était consacré à Huitzilipochtli et aux divinités de la guerre, l'autre à Tlaloc. Les étages supérieurs servaient de lieu de dépôt pour les ustensiles nécessaires au culte; les cendres de plusieurs rois et grands dignitaires y étaient déposées.

Les portes des sanctuaires s'ouvraient dans la direction du couchant, et les deux tours se terminaient par des coupoles en bois. Au résumé, la hauteur totale de l'édifice, à la base duquel deux statues de pierre soutenaient des foyers sans cesse alimentés, devait être de 420 pieds. Du sommet des tours on découvrait une

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partie de la vallée de Mexico, point de vue d'une beauté merveilleuse, rapportent ceux qui purent en jouir.

Dans l'espace ménagé entre le mur d'enceinte et le grand temple, s'étendait une vaste place réservée pour les danses sacrées, puis, au delà, se succédaient plus de soixante édifices importants — Sahagun en énumère soixante-dix-huit — et les différentes pierres destinées aux sacrifices : techcalls, témalacatls et téocuauhxicallis. Parmi les temples secondaires les plus importants, il faut ranger ceux de Tezcatlipoca, de TIaloc et de Quétzacoatl. Ces trois édifices n'avaient pas les mômes dimensions, et leur façade était tournée vers le temple principal. Notons cette particularité que le temple de Quétzacoatl, au lieu de présenter la figure d'un parallélogramme, était circulaire. En outre, sa porte d'entrée simulait la gueule d'un serpent pourvu de ses crochets; et les Espagnols, paraît-il, ne franchissaient pas ce seuil sans terreur.

Un des temples, nommé Illuiicatithui {près du ciel), était dédié à la planète Vénus. Là se dressait une colonne sur laquelle était peinte ou gravée l'image de l'astre. Près de cette colonne, à l'époque de l'apparition de la planète dans le ciel, on immolait des prisonniers.

Au nombre des édifices groupés dans l'immense enceinte, il faut compter cinq collèges de prêtres et trois séminaires, bâtiments habités par un nombre considérable de personnes vouées au culte des dieux. Venaient ensuite l'Epcoatl {ferle et serpent), temple des ministres de TIaloc et des divinités inférieures des eaux; le Macuicalli [cinq maisons) , où les espions surpris dans Mexico étaient coupés en morceaux; le Tlalxico {nombril de la terre), dédié à Mictlanteuctli; l'Iztaccinteutl (mais blanc), temple où l'on sacrifiait des victimes atteintes de lèpre; le Tlélatiloyan, excavation dans laquelle se déposait la peau des victimes écorchées. Mais arrêtons cette sèche nomenclature.

Cependant, citons encore un arsenal situé près du temple Tezcacalli {maison desmiroirs),oi\ l'ongardaitlesidoles d'Omacatl, dieu des banquets ; puis un autre édifice dédié à la lune et nommé Técucizcalli {maison de coquilles), qui présentait cette singularité d'être couvert d'écaillés de mollusques. Il était voisin d'une chapelle désignée sous le nom de Quauxicalco [têtes de calebasses), lieu rempli de crânes dans lequel se retiraient les souverains pour jeûner et prier. Une seconde maison de retraite, Poyautlan {lieu sombre), servait au grand prêtre, et plusieurs autres étaient destinées aux particuliers, ou réservées pour loger les gens de marque des provinces qu'attiraient à Mexico l'ambilion, la dévotion ou la curiosité.

Dans ùn bassin nommé Tezcaapan [eau-miroir), nombre de dévots venaient se baigner pour accomplir un vœu. Parmi les fontaines ou sources renfermées dans l'enceinte sacrée, s'en trouvait une dont l'eau ne pouvait être bue que dans les fêtes solennelles. Autour des temples, se voyaient des volières où l'on élevait les oiseaux destinés aux sacrifices, et des jardins où, pour l'ornementation des autels, on cultivait les plantes remarquables par leurs fleurs ou leur parfum. Enfin un petit bois, semé de collines, de lacs, de rochers créés artificiellement, servait à des chasses sacrées.

Dans le grand temple, au nombre des chambres où l'on gardait l'image des dieux et les ornements destinés à leur culte, se trouvaient deux immenses pièces dont les proportions surprirent les Espagnols. Mais l'édifice qui leur parut le plus singulier fut une vaste prison construite en forme de cage, et dans laquelle on renfermait les idoles des nations vaincues.

De nombreux ossuaires attirèrent aussi l'attention des conquérants. Dans les uns {Cuauxicalli) , les os étaient simplement amoncelés; dans d'autres {Tzompatli), les crânes, disposés de

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