TEMPLES SECONDAIRES
façon à former des dessins symétriques, étaient en outre incrustés dans les murs, la face en dehors, et présentaient un spectacle encore plus répugnant que curieux.
Le plus considérable de ces trophées, situé, selon quelques écrivains, hors du mur d'enceinte du grand temple, et selon d'autres à peu de distance et même en face de sa porte principale, consistait en un vaste terre-plein en forme de parallélogramme, à demi pyramidal, d'une largeur de 154 pieds à sa base. On arrivait à sa partie supérieure par un escalier de trente marches, et sur la plate-forme se dressaient de hauts poteaux séparés par un espace de 4 pieds et percés de trous dans toute leur longueur. Ces trous servaient de support à des barres transversales garnies de crânes enfilés par les tempes. Sur les marches, s'en montraient d'autres entre chaque pierre, et, au sommet de l'édifice, se dressaient deux tours fabriquées de crânes et de chaux. Lorsqu'un de ces funèbres ornements se détériorait, les prêtres se hâtaient de le remplacer, afin de maintenir au complet le chiffre sacramentel exigé pour la symétrie du monument. Au résumé, les crânes exposés dans ces différents édifices étaient si nombreux qu'Andrès de Tapia raconte que, ayant compté ceux qui se trouvaient sur les marches et la plate-forme du grand Tzompatli, il s'arrêta au chiffre de cent trente-six mille.
D'un récent travail du docteur Hamy sur ces affreux édifices, il reste établi que Mexico en possédait cinq : le Mixcoapan-Tzompatli, où l'on plaçait la tête des victimes sacrifiées à Mixcoatl ; le Huéi- Tzompatli, que nous venons de décrire; le Yopico-Tzompatli, où se rangeaient les têtes des victimes immolées lors de la fêle du mois Tlacaxipéhualitzlli, et enfin celui des victimes offertes au dieu des marchands.
Outre les temples que nous avons déjà mentionnés, il en existait quantité d'autres sur différents points de la ville. D'après
plusieurs auteurs, leur nombre n'était pas inférieur à deux mille, surmontés de trois cent soixante tours. Sur ce chiffre, dix étaient remarquables par leurs dimensions, particulièrement celui de Tlatélolco, consacre à Iluilzilipochtli.
Hors de la capitale, où, d'après Torquémada, tous les édifices religieux étaient construits, sauf les dimensions, sur le modèle du grand Téncalli de Mexico, les temples les plus célèbres étaient ceux de Texcooo, deCholula et de Téotihuacan. Bernai Diaz, qui eut la curiosité de compter les marches conduisant à leurs sommets, en trouva cent dix-sept pour le temple de ïexcoco, et cent vingt pour celui de Cholula. Le grand temple de Cholula, ainsi que nombre d'autres de cette cité, était dédié à Quétzacoalt. Cortez, dans une de ses lettres à l'empereur Charles-Quint, déclare avoir compté, d'une hauteur dominant la ville, quatre cents tours appartenant à des édifices religieux. Aujourd'hui, il ne reste en ce lieu que la célèbre pyramide construite par les Toltèques, laquelle, comme nombre de constructions de ce genre, est faussement attribuée aux Aztèques.
Près de Téotihuacan, à 50 kilomètres de Mexico, se voient les ruines à demi enfouies des deux fameux temples qui servirent de modèle pour la construction de tous ceux de la contrée. Dans l'un de ces édifices on adorait le soleil, dans l'autre la lune. Les deux astres étaient représentés par des figures en pierre, d'une taille gigantesque et couvertes d'or. L'idole du soleil avait sur la poitrine une cavité où se trouvait logée une image de l'astre en or massif. Les Espagnols s'emparèrent du précieux métal et brisèrent les figures.
Autour de ces deux édifices, on remarquait de nombreux monticules qui, d'après les Indiens, étaient autant de temples consacrés aux étoiles. Du reste, c'est à cause de la multiplicité de ces monuments religieux que ce lieu fut autrefois nommé Téoti-
PRÊTRES ET PRÊTRESSES. iOo
huacan. Torquémada, dans son Histoire des monarchies indiennes, estime à quarante mille le nombre des temples construits sur la superficie de l'Anahuac, et cela sans tenir compte des autels établis sur la cime des montagnes, au sein des forêts ou sur les chemins, dans le but d'exciter la dévotion des voyageurs et d'honorer les dieux champêtres.
Les revenus du grand temple de Mexico et ceux des autres temples de l'empire étaient considérables; chacun d'eux possédait des terres et des serfs chargés de les cultiver. Le produit de ces terres servait à l'entretien des prêtres, et l'on en tirait le bois qui se consumait en si grande quantité dans les sacrifices. Des majordomes, prêtres eux-mêmes, visitaient souvent ces domaines, et ceux qui les cultivaient, loin de se plaindre de leur servage, se considéraient comme heureux de contribuer par leurs fatigues au service des dieux et au bien-être de leurs ministres. Aux ressources déjà citées venaient s'ajouter les prémices des récoltes offertes pour obtenir de la pluie ou du beau temps, et les présents spontanés des villes. Il existait près de chaque temple des magasins destinés à garder les comestibles donnés aux prêtres. L'excédent de ces provisions était distribué aux pauvres.
La multiplicité des dieux mexicains exigeait un grand nombre de prêtres, qui étaient presque aussi vénérés que la divinité qu'ils servaient. Si l'on songe que le grand temple de Mexico en abrilait au moins cinq mille, que quatre cents étaient affectés au culte de Tczcatzoncatl, le Bacchus aztèque, on peut admettre que les historiens ne se trompent guère en évaluant leur chiffre total à un million. Les honneurs que l'on rendait aux prêtres, le respect que l'on avait pour eux contribuaient à attirer les jeunes gens vers les fonctions sacerdotales. Les nobles, pour un temps déterminé, se plaisaient à consacrer leurs enfants au culte des dieux, exemple suivi par la petite noblesse qui acceptait les emplois
dÔ6 LES AZTÈQUES.
subalternes. Servir les dieux, c'était, parmi les Aztèques, honorer sa caste et conquérir un signe de distinction.
Plusieurs degrés hiérarchiques séparaient les prêtres les uns des autres. Le premier des pontifes suprêmes — ils étaient deux — portait le titre deTéoteuctli (seigneur divin), et le second celui de Huéitéopixqui [grand prêtre). Ces deux dignités ne se conféraient qu'à des personnes illustres par leur naissance, leur probité ou leur connaissance des cérémonies religieuses.
Les grands prêtres étaient des oracles que les rois consultaient dans les circonstances critiques, et jamais on n'entreprenait de guerre sans leur consentement. Ce sont eux qui sacraient les rois, qui arrachaient le cœur des victimes humaines dans les sacrifices. Le grand prêtre de Mexico était chef de la religion dans tout l'empire; mais les nations soumises par les Aztèques, aussi habiles politiques sur ce point que les Romains, conservaient le libre exercice de leur culte.
La dignité de pontife se conférait par élection ; toutefois, on ignore si les électeurs étaient des prêtres ou les nobles chargés d'élire les rois. A Mexico, l'insigne de cette dignité consistait en un gland de coton suspendu sur la poitrine. Dans les fêtes, sur les vêtements luxueux du grand prêtre, se voyaient les attributs de la divinité que l'on honorait ce jour-là.
Après les deux hautes dignités sacerdotales dont nous venons de parler, la plus élevée était celle de Mexitlitéohuatzin, que le grand prêtre conférait. La tâche de ce ministre consistait à veiller, dans les fêtes religieuses, sur l'observation des rites et l'ordre des cérémonies. En même temps, il surveillait la conduite des prêtres placés à la tête des séminaires, afin de châtier ceux qui manquaient à leurs devoirs. En raison de ses fonctions compliquées, il était secondé par deux aides, sorte de vicaires dont l'un faisait office de supérieur général des séminaires. Comme insigne.