ÉLECTION DES ROIS
ainsi, à la mort de Moteuczoma I, son cousin Axayacatl, qu'il avait lui-même recommandé, fut élu de préférence à ses frères aînés, Tizoc et Ahuitzotl.
On ne procédait à l'élection du nouveau roi qu'après avoir célébré les funérailles de son prédécesseur. L'élection terminée, on en communiquait le résultat aux grands feudataires et aux rois d'Alcolhuacan et de Tacuba, chargés de la ratifier. Les deux rois, accompagnés de toute la noblesse et après avoir choisi un jour d'heureux augure, conduisaient le nouveau souverain au temple. Les feudataires ouvraient la marche du cortège, revêtus des insignes de leur dignité, suivis des nobles de la cour parés des marques distinctives des emplois qu'ils remplissaient. Venaient ensuite les deux rois alliés et, derrière eux, le nouvel élu, sans autre vêtement qu'une ceinture exigée par la décence. Il montait au temple appuyé sur l'épaule des deux seigneurs les plus importants de la cour, et un des grands prêtres, escorté de tous les dignitaires religieux, venait le recevoir. Le nouveau roi commençait par adorer Huitzilipochth en touchant le sol de la main et en la portant ensuite à ses lèvres. Le grand prêtre l'enduisait alors d'une sorte de teinture noire et l'aspergeait quatre fois d'une eau sacrée à l'aide de branches de cèdre, de saule et de tiges de maïs. On le couvrait aussitôt d'un manteau sur lequel étaient peints des crânes et des os humains, on lui posait sur la tête deux voiles, un noir et un vert, ornés des mêmes funèbres emblèmes. Enfin, on le chaussait de riches sandales, puis on lui suspendait au cou une petite calebasse pleine de semences destinées à le protéger contre certaines maladies, contre les maléfices et les tromperies; on plaçait alors entre ses mains un encensoir et un sac plein de résine de copal afin qu'il encensât les dieux.
Durant toutes ces cérémonies, le roi restait accroupi. Le grand
prêtre, prenant place sur un siège, prononçait un discours dans lequel, après avoir félicité le nouvel élu, il énumérait les devoirs (ju'il aurait à remplir envers les sujets qui lui confiaient le pouvoir. Il lui recommandait le zèle pour la religion, la justice, l'assistance des pauvres et la défense de la patrie. Venaient ensuite les harangues des rois alliés, puis celles des nobles, auxquelles le roi répondait par des paroles de reconnaissance et par la promesse de se dévouer au bonheur de l'État.
Après ces discours officiels, le roi accompagné de son cortège, regagnait les degrés inférieurs du temple, où l'attendait le reste de la noblesse qui, après avoir juré obéissance au nouvel élu, lui ofïrait des vêtements et des bijoux. Il pénétrait ensuite dans une salle particulière. Là, il devait rester seul durant quatre jours, se contenter d'un unique repas par vingt-quatre heures, se baigner journellement et se piquer les oreilles afin de présenter, en même temps que des parfums, des gouttes de son sang à Huitzilipochtli. Enfin, il demandait aux dieux de lui donner les lumières dont il avait besoin pour gouverner sagement le royaume. Le cinquième jour, les nobles venaient le chercher pour le conduire au palais. Là, il confirmait les feudataires dans leurs charges, et les divertissements populaires : bals, banquets et illuminations, commençaient.
Par suite d'une coutume que Moteuczoma érigea en loi, le nouveau roi, avant de se voir couronner, devait entreprendre une guerre et conquérir les victimes destinées aux dieux dans cette importante cérémonie. Or, soit qu'ils eussent à châtier des rebelles, soit qu'ils cherchassent querelle à leurs voisins, les occasions de combattre ne manquaient jamais aux Aztèques.
Les historiens sont muets sur le cérémonial usité pour le couronnement ; on ne sait qu'une chose, c'est qu'il appartenait au roi des Alcolhuas de poser la couronne sur le front de l'élu.