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AUTORITÉ ROYALE

Cette couronne, nommée copilli, ressemblait à une mitre dont la partie antérieure se redressait et se terminait en pointe, tandis que la partie inférieure retombait sur le cou. Elle se composait de plaques ou de fils d'or, parfois de plumes choisies au goût de celui qui devait la porter (fîg. 15).

Dans l'intérieur du palais, le roi était vêtu d'un manteau bleu et blanc, couleurs royales dont il avait seul le droit de faire usage. Lorsqu'il se rendait au temple, ses habits étaient toujours blancs. Du reste, il revêtait un costume différent selon qu'il ren-

FiG. 15. — Ahuitzotl et Huitzilihuitl, coiffés du copilli et avec l'iiiéroglyplie de leur nom ; d'après les manuscrits idéographiques.

dait la justice, présidait son conseil ou assistait à une fête publique. Il ne sortait qu'entouré de courtisans, coiffé du copilli et précédé d'un noble armé de baguettes en bois aromatique ou mi-parties or et argent, signe qui annonçait au peuple l'approche du souverain.

L'autorité des rois aztèques, comme toute autorité royale, varia avec les circonstances et selon le caractère de l'élu. Au début de la monarchie, leur pouvoir fut très restreint, presque paternel. Leur conduite était alors pleine d'humanité, et la redevance qu'ils exigeaient de leurs sujets très modérée. Peu à peu, l'orgueil, d'une part, la servilité, de l'autre, leur firent dépasser les limites de la puissance que la nation leur avait concédée, et ils en arrivèrent au pouvoir absolu, au despotisme. En dépit de ces usurpations, les Mexicains respectèrent toujours leurs rois ; ils ne se

révoltèrent qu'en face de la faiblesse de Moteuczoma Xocoyotzin, lorsqu'ils le virent accepter le joug des Espagnols.

Les rois aztèques avaient trois conseils suprêmes composés d'hommes de la première noblesse. Dans ces conseils se discutait tout ce qui était relatif au gouvernement des provinces, aux contributions et aux guerres à entreprendre. Le roi, d'ordinaire, ne prenait aucune mesure importante sans l'assentiment de ces conseillers qui, peu à peu, devinrent de simples courtisans.

Parmi les nombreux fonctionnaires de la cour, il y avait un trésorier général ou grand majordome, chargé de recevoir les tributs levés sur les provinces. Les comptes, d'après Bernai Diaz del Castillo, étaient tenus à l'aide de peintures. Un autre trésorier prenait soin des bijoux et dirigeait en même temps les ouvriers qui les fabriquaient. Un troisième surveillait les artistes en plumes, et un grand veneur approvisionnait les bois de gibier.

Les rois aztèques se faisaient représenter par des ambassadeurs, et, bien que le cérémonial imposât des discours dont on variait peu les formules, ils choisissaient toujours, pour les missions délicates, des hommes de haute naissance et d'une éloquence reconnue. Une ambassade se composait de plusieurs individus portant des insignes consacrés. En général, les plénipotentiaires se paraient d'un vêtement vert garni de franges, et leur coiffure était ornée de plumes magnifiques. Ils tenaient de la main droite une flèche dont ils dirigeaient la pointe vers la terre. A leur bras gauche, ils suspendaient un bouclier et un filet, ce dernier rempli de provisions. Ils étaient accueillis avec égard partout où ils passaient, et, en pays ennemi, tant qu'ils ne s'écartaient pas de la grande route qui conduisait au lieu vers lequel ils se dirigeaient, leurs personnes étaient inviolables.

Arrivés près de la ville où devait s'exercer leur mandat, ils attendaient, pour y pénétrer, que les nobles de la localité vinssent

AMBASSADEURS ET COURRIERS. ISa

à leur rencontre afin de les conduire dans la « maison publique », où ils étaient logés, nourris et entourés de soins. On brûlait devant eux des parfums, on leur offrait des bouquets, et, aussitôt qu'ils se sentaient reposés, on les conduisait au palais du gouverneur ou du roi. On les introduisait enfin dans la salle d'audience, où celui vers lequel ils étaient envoyés les attendait, assis et entouré de ses conseillers.

Après une profonde révérence, les ambassadeurs s'asseyaient sur le sol, au milieu de la salle, puis, sans lever les yeux, sans desserrer les lèvres, ils attendaient qu'on les invitât à parler. Cette invitation faite, le principal d'entre eux, après un salut, exposait à voix basse l'objet de sa mission. Le roi et ses conseillers l'écoutaient avec attention, sans jamais l'interrompre. La harangue terminée, les ambassadeurs regagnaient leur logis. Pendant ce temps, le roi discutait avec ses conseillers, puis un de ses ministres portait sa réponse aux ambassadeurs. Alors on les approvisionnait de vivres pour leur voyage, et ceux qui étaient allés les recevoir les reconduisaient jusqu'aux portes de la ville. Les rois aztèques avaient des courriers, et ces hommes, à l'occasion, revêtaient des insignes qui révélaient au peuple les nouvelles intéressantes qu'ils portaient au souverain. S'il s'agissait d'une bataille perdue, ils cheminaient les cheveux épars.En arrivant tà Mexico, ils se rendaient droit au palais, s'agenouillaient devant le roi et lui racontaient la défaite. Si, au contraire, ils venaient annoncer une victoire, leurs cheveux étaient attachés à l'aide d'une corde de couleur, et ils se drapaient dans une étoffe blanche. Tenant un bouclier de la main gauche, et de la droite une épée, ils avançaient en faisant le simulacre de combattre et chantaient des hymnes qui rappelaient les victoires passées. Le peuple, enthousiasmé par les nouvelles qu'ils apportaient, les escortait en poussant des cris d'allégresse.

m LES AZTÈQUES.

Afin que les messagers pussent arriver avec promptitude de toutes les parties de l'empire à la capitale, il existait sur les routes principales, de 6 kilomètres en 6 kilomètres, de petites tours où des courriers se tenaient constamment prêts à se relayer. Le premier qui partait gagnait le poste prochain, communiquait verbalement à un de ses collègues la nouvelle dont il était chargé, ou lui remettait les peintures hiéroglyphiques qui tenaient lieu d'écrits. De poste en poste, les nouvelles parvenaient vite à leur destinataire, car on prétend que ces courriers franchissaient jusqu'à 100 lieues par jour. C'est grâce à cette organisation que l'on pouvait journellement servir, sur la table de Moteuczoma, du poisson frais venu du golfe du Mexique, distant de 80 lieues environ.

Les courriers s'exerçaient à la course dès leur enfance, et les prêtres chargés de les dresser à cet emploi stimulaient leur zèle en les récompensant par des prix. De nos jours encore, les distances que franchissent les piétons indiens, qui trottent plutôt qu'ils ne marchent, sont une cause de surprise permanente pour les Européens.

La noblesse de l'empire aztèque se divisait en une multitude de classes que les Espagnols confondirent sous la dénomination générale de Caciques. Ce mot, qui signifie prince ou seigneur, appartient à la langue haïtienne, et son équivalent mexicain est Tlaotani. A l'arrivée des Espagnols, il existait trente de ces feudataires possédant cent mille vassaux, et trois mille possédant une ville ou un bourg.

Les nobles de chaque catégorie jouissaient de privilèges distincts et portaient un costume qui permettait de reconnaître, à première vue, leur rang hiérarchique. Les nobles seuls avaient le droit de parer leurs vêtements de bijoux d'or, d'argent et de pierres précieuses. Jusqu'au règne de Moteuczoma II, les charges

DIVISION DES TERRKS. iil

importantes du palais, de la magistrature et de l'armée furent l'apanage exclusif de la noblesse.

En général, les titres de noblesse étaient héréditaires chez les Aztèques, et plusieurs grandes familles, issues des fondateurs de Mexico, conservèrent leur influence jusqu'à l'heure de la conquête. Aujourd'hui encore il existe quelques branches de ces puissants d'autrefois, mais avilies par la misère et confondues avec la plèbe.

Les terres du Mexique étaient divisées entre la couronne, les nobles, les prêtres et les plébéiens, et le majordome du palais en possédait des plans très exacts. Les terres royales, sur ces cartes, étaient indiquées par la couleur pourpre ; celles des nobles par un rouge foncé fourni par la cochenille ; celles du peuple par la couleur jaune. Dans ces plans, on voyait du premier coup d'œil les limites et les dimensions de chaque propriété, et ils servirent longtemps aux Espagnols pour régler les différends qui s'élevaient entre les Indiens. Plusieurs villages conservent de ces titres ; je citerai entre autres celui du village de Tilapa, dans la vallée d'Orizava, que j'ai vainement tenté d'acquérir. Dans ce document, se trouvent figurées non seulement les propriétés, mais les produits que l'on y récoltait et les animaux que l'on y rencontrait.

Parmi les biens inaliénables de la couronne, il en était dont certains dignitaires de la cour possédaient l'usufruit. Ces seigneurs ne payaient aucun tribut; seulement, à chacune de leurs visites au souverain, ils lui offraient, en signe de vasselage, des fleurs et des oiseaux. En outre, l'entretien des palais et des jardins royaux leur incombait. Ces usufruitiers entouraient le roi lorsqu'il se présentait en public, ce qui leur valait des honneurs et des marques de respect. Lorsqu'un de ces seigneurs mourait, son fils aîné lui succédait ; mais il perdait ses droits s'il changeait

do résidence, et un nouveau lilulaire, nommé par le roi ou élu par les habitants du district, prenait alors sa place.

Les domaines des nobles avaient pour origine des dons royaux, accordés comme récompense des services rendus à l'État, et ils se transmettaient de père en fils. Ces terres n'étaient pas inaliénables ; toutefois, il était interdit de les donner ou de les vendre à des plébéiens.

Dans les héritages, les Mexicains respectaient le droit d'aînesse. Cependant, si le premier-né de leurs fils était incapable d'administrer ses biens, le père pouvait choisir un autre de ses enfants, à la condition que cet héritier se chargeât de subvenir aux besoins de son aîné. Les filles, au moins à Tlaxcala, n'héritaient jamais; par cette disposition, on voulait éviter que des biens de famille passassent dans des mains étrangères.

Les majorats prirent naissance sur le sol d'Anahuac vers le douzième siècle, lorsque Xolotl, roi des Chichimèques, divisa les terres entre les nobles de sa nation et ceux d'Alcolhuacan. Ces donations furent faites sous la condition expresse, pour les favorisés, d'une fidélité inviolable, de la reconnaissance du pouvoir royal et de l'obligation, en cas de besoin, d'aider la couronne de leurs biens, de leur personne et des bras de leurs vassaux.

Les terres qui appartenaient aux villes et aux villages se divisaient en autant de lots qu'il y avait de quartiers; elles ne pouvaient être aliénées sous aucun prétexte, et certaines parties étaient affectées à pourvoir l'armée de vivres. Les rois d'Espagne assignèrent plus tard des terres aux Indiens et leur en concédèrent la possession perpétuelle. Ce soin a été vain. Grâce à l'influence de certains particuliers et à l'injustice de plusieurs juges, les Indiens se sont souvent vus déposséder. De nos jours, il est peu de villages, surtout dans les alentours des villes, qui ne soient en procès avec les municipalités de leurs puissantes voi-

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