‹ Les Aztèques; histoire, moeurs, coutumesChapitre 33 sur 61 · LOIS POLITIQUES · texte numérisé non relu

LOIS POLITIQUES

Les magistrats devaient juger d'après les lois du royaume, se conformer aux textes forimilés dans les peintures. Chez les Aztèques, les lois furent d'abord édictées par les prêtres, puis par la noblesse. A dater du règne d'fztacoalt, les souverains devinrent les législateurs de la nation, et, tant qu'ils gouvernèrent avec leurs attributions premières, ils surveillèrent avec soin l'application des lois promulguées par eux-mêmes ou par leurs prédécesseurs. Dans les dernières années de la monarchie, le despotisme faussa la justice au gré de son caprice, et le bon vouloir remplaça l'équité.

Nous allons citer quelques-unes des lois en vigueur chez les Aztèques lors de l'arrivée des Espagnols; dans les unes, on verra des traits de sagesse, d'humanité et un zèle ardent pour les bonnes mœurs ; dans d'autres, une sévérité, une dureté qui souvent dégénère en cruauté. Mais il ne faut pas oublier que les législateurs mexicains avaient à régenter des hommes rudes, accoutumés à mépriser les douleurs physiques, qu'ils ne réussissaient à maintenir dans le devoir qu'en les frappant de terreur.

Commençons par les lois politiques :

Le traître au roi ou à l'État était écartelé ; ceux de ses parents qui avaient eu connaissance de ses desseins et ne les avaient pas révélés perdaient leur liberté.

Jl y avait peine de mort et confiscation de biens pour celui qui usurpait les insignes du roi ou du cihuacoatl, et la femme et les fils du délinquant étaient emprisonnés.

Celui qui maltraitait un ambassadeur, un ministre ou un courrier, était puni de mort. Mais ni l'ambassadeur ni le courrier ne pouvaient s'écarter de la route qu'on leur avait tracée sans perdre leur inviolabilité.

On condamnait à mort ceux qui fomentaient une révolte ; ceux qui déplaçaient ou détruisaient les limites des propriétés. La

même peine frappait les juges qui prononçaient une sentence injuste ou contraire aux lois, ceux qui faisaient au roi ou au magistrat suprême un rapport inexact, ceux qui se laissaient corrompre par des présents.

On décapitait celui qui, à la guerre, attaquait l'ennemi sans ordre de son chef ou abandonnait son drapeau.

Quiconque altérait les mesures établies par les magistrats était puni de mort, et l'exécution suivait immédiatement la sentence.

Voici, maintenant, quelques lois d'ordre civil :

L'homicide payait son crime de sa vie, sa victime fût-elle son esclave. L'époux qui tuait sa femme lorsqu'il la surprenait en flagrant délit d'adultère était exécuté, car on considérait qu'il avait usurpé les droits des magistrats, seuls autorisés à juger et à punir. Toutefois, l'adultère entraînait la peine de mort, et les coupables, après avoir été lapidés, avaient la tête écrasée. On ne regardait pas comme adultérin le commerce d'un homme marié avec une fille, ce qui prouve que l'on exigeait plus de fidélité conjugale chez la femme que chez l'homme. Du reste, l'adultère était châtié sur toute la surface de l'empire, et dans certaines villes avec plus de sévérité que dans d'autres. A Ichcatlan, la femme adultère était amenée devant le tribunal ; si les preuves de sa faute étaient convaincantes, on l'écartelait séance tenante, et les juges se partageaient ses membres. A Istépec, la loi ordonnait au mari de couper le nez et les oreilles à sa femme infidèle. Sur un autre point, on punissait de mort le mari qui, connaissant les désordres de sa femme, continuait à cohabiter avec elle.

Un homme ne pouvait répudier sa femme sans l'autorisation des magistrats. Il devait se présenter devant eux, puis leur exposer ses griefs. Les juges l'exhortaient à la concorde et tentaient de le dissuader; s'il persistait dans son intention et que ses motifs fussent valables, on lui permettait d'agir à son gré, mais on

LOIS CTVTLES. 160

ne sanctionnait pas son divorce. Une fois séparé, on lui défendait de ne jamais reprendre la femme qu'il avait répudiée.

L'inceste, au premier degré de consanguinité ou d'affinité, était puni de mort. Les mariages entre parents étaient sévèrement prohibés, excepté entre beau-frère et belle-sœur, ainsi que nous l'avons déjà noté. Chez les Aztèques, de même qu'entre les Hébreux, le frère épousait souvent la veuve de son frère, lorsqu'elle avait des enfants. Sur les confins de l'empire, les nobles se mariaient parfois avec leur belle-mère, si elle n'avait pas eu d'enfant. A Mexico, ces unions étaient considérées comme incestueuses et châtiées comme telles.

Le laïque convaincu de vices hors nature était pendu; le coupable était brûlé vif s'il s'agissait d'un prêtre. Du reste, chez toutes les nations de l'Anahuac, les lois se montraient impitoyables pour ces délits réputés abominables.

Le prêtre qui, lorsqu'il appartenait au temple, abusait d'une jeune fille, se voyait dégradé et avili.

On brûlait publiquement les cheveux des courtisanes avec des branches de pin enflammées, et on leur enduisait la tête de la résine du même arbre. Le châtiment de ces malheureuses était d'autant plus sévère que celles qui s'y livraient appartenaient à une classe plus élevée.

Une loi condamnait à mort la femme qui s'habillait en homme et l'homme qui s'habillait en femme.

Le voleur de menus objets devait simplement les restituer; c'est là un usage qui subsiste encore; mais, s'il s'agissait d'un vol considérable, le coupable devenait l'esclave de celui qu'il avait dépouillé. Si l'objet dérobé n'existait plus et que le voleur n'eût aucun bien, on le lapidait. Si l'objet volé était en or, si c'était un joyau, le larron, après avoir été promené par les rues de la ville, était sacrifié lors de la fête que les orfèvres et les joailliers offraient

au dieu Xipé. Celui qui s'appropriait un certain nombre d'épis de maïs ou qui enlevait dans les champs une plante utile, devenait l'esclave du propriétaire du champ. Toutefois, les voyageurs pauvres étaient autorisés à cueillir, au passage, la quantité de fruits ou de maïs dont ils avaient besoin pour satisfaire leur faim.

Celui qui volait dans un marché subissait sur l'heure la peine de la bastonnade. Il reçoit aujourd'hui des coups de plat de sabre. Le vol d'enseignes militaires était puni de mort. Celui qui, rencontrant des enfants égarés, les vendait comme s'ils étaient les siens, perdait sa hberté et ses biens. Une moitié de son avoir revenait aux victimes, et l'autre servait à indemniser les acheteurs du prix déboursé. S'il y avait plusieurs délinquants, tous souffraient la même peine. On traitait de la même façon celui qui aliénait les terres dont il était simple locataire.

On pendait les tuteurs qui rendaient des comptes inexacts et aussi les jeunes gens qui dépensaient l'héritage paternel à satisfoire leurs vices, attendu que gaspiller la fortune amassée par le travail de son père passait pour un crime.

On sacrifiait aux dieux celui qui faisait usage de maléfices, et l'ivresse chez les jeunes gens devenait un crime capital. Si le coupable était un jeune homme, il mourait sous le bâton ; s'il s'agissait d'une jeune fille, on la lapidait. Chez les hommes faits, on châtiait sévèrement ce délit, mais non par la mort. Lorsque le coupable appartenait à la noblesse, on lui retirait son titre, et il restait infâme ; s'il était plébéien, on lui coupait les cheveux — peine redoutée — et l'on rasait son habitation, en déclarant indigne de vivre parmi les hommes celui qui se privait volontairement de sa raison. Cependant on permettait l'ivresse dans les repas de noces et autres fêtes, à la condition, pour les buveurs, de ne pas se montrer en public. La loi n'atteignait pas non plus ceux qui avaient dépassé soixante ans, âge où l'on pouvait boire à son gré.

Page 1