ESCLAVAGE
En dépit de la sévérité de ces dernières lois, les Aztèques ne se considéraient pas comme responsables des mauvaises actions qu'ils commettaient alors qu'ils étaient ivres, et Sahagun affirme qu'ils s'enivraient ou feignaieutl'ivressepourse justifier des crimes auxquels ils se laissaient entraîner. Ils devançaient en cela nos médecins légistes, lesquels demandent aujourd'hui la grâce des plus grands criminels au nom de l'alcoolisme, comme si l'homme n'était pas libre de ne pas s'enivrer. En somme, les lois mexicaines nous montrent un peuple moral, juste, protégeant la famille, la propriété, les mœurs, la liberté de conscience, et exigeant ce respect de l'autorité sans lequel tout gouvernement devient impossible. N'y a-t-il pas là, au fond, les germes féconds de toute civilisation?
L'esclavage, sous des formes assez douces, existait chez les Aztèques, qui comptaient trois sortes d'esclaves : les prisonniers de guerre, les citoyens qui se vendaient et les malfaiteurs privés, comme châtiment, de leur liberté.
La vente d'un esclave devait être faite devant quatre témoins majeurs, et ce contrat se célébrait avec solennité. L'esclave pouvait posséder des biens, acquérir des terres et acheter lui-même des esclaves pour le servir, sans que son maître pût l'empêcher de les employer. L'esclavage n'était pas héréditaire dans l'Anahuac, tout homme y naissait libre, même les enfants d'esclaves. Si un homme libre avait un commerce illicite avec une esclave et que celle-ci vînt^à mourir durant sa grossesse, le coupable devenait la propriété de celui auquel il avait causé ce dommage.
Les pauvres, afin d'alléger leur misère, vendaient un ou plusieurs de leurs enfants, et tout homme libre avait le droit d'aliéner sa liberté pour la même cause. Quant aux maîtres, ils ne pouvaient vendre un esclave sans son consentement. Les esclaves fugitifs, réfractaires ou vicieux, étaient sermonnés deux ou trois
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fois par leurs maîtres, qui, pour leur justification future, prenaient des témoins de leurs bons conseils. Lorsque l'esclave ne se corrigeait pas, on lui entourait le cou d'un collier de bois, et son propriétaire le vendait au marché. Si, après avoir changé trois fois de maître, l'esclave restait indocile, on le vendait pour les sacrifices, cas du reste fort rare. L'esclave « de collier » qui s'enfuyait de chez son maître et parveilait à se réfugier dans le palais du roi devenait libre. Ceux qui l'empêchaient d'atteindre cet asile, à l'exception de son maître et de ses fils, perdaient leur liberté.
Ceux qui se vendaient étaient assez ordinairement des joueurs qui, avec le prix de leur indépendance, satisfaisaient leur passion; des paresseux qui voulaient vivre avec indolence, ou des courtisanes avides de parures. L'esclavage ne répugnait pas aux Aztèques, car la condition des esclaves n'avait rien de rude ni d'infamant. Ils étaient bien traités, travaillaient modérément, et leur maître, à l'heure de sa mort, leur rendait souvent la liberté. Le prix d'un esclave équivalait à peu près à celui d'une charge «l'étoffés, valeur assez difficile à estimer.
D'après Sahagun, lorsque approchait la fin d'un siècle, le peuple et les nobles, par suite d'une idée superstitieuse, étaient poursuivis par la crainte de la famine. Si ces craintes se réalisaient, on voyait souvent un chef de famille, en échange de vivres, s'engager à fournir perpétuellement un ou plusieurs esclaves à un grand feudataire. 11 lui donnait alors un de ses enfants, et, à une époque déterminée, le retirait pour le remplacer par un de ses frères. Nombre de familles pauvres contractèrent de ces servitudes dans la stérile année de 1505; Moteuczoma II, par un sentiment de justice, libéra tous les esclaves d'origine noble.
Les lois aztèques n'avaient pas été si bien acceptées par les peuples conquis, qu'il n'y eût, sur plusieurs points del'e^ïîpire, de grandes variations. Du reste, aussi habiles que les Romains, les