FORTIFICATIONS
capturait lui-même un des ennemis, toutes les provinces lui envoyaient des présents. Le malheureux sur qui tombait cette mauvaise fortune se voyait richement paré ; on le portait en litière jusqu'à Mexico, dont les habitants, musique en tête, venaient à sa rencontre. Le jour de sa mort arrivé, on conduisait le prisonnier royal, revêtu des insignes du soleil , au pied de l'autel des sacrifices, où il mourait de la main du grand prêtre. La victime morte, le grand prêtre aspergeait les quatre points cardinaux de sang; puis il en présentait un vase au roi, qui en arrosait les idoles du temple, comme remerciement de la victoire remportée sur l'ennemi. On fixait la tête du cadavre à l'extrémité d'une hampe, on séchait sa peau pour la remplir de coton, et cet affreux trophée se suspendait dans une des salles du palais, comme souvenir adulateur de l'action glorieuse du souverain.
Lorsqu'une ville devait être assiégée, on envoyait aussitôt les femmes, les enfants et les malades dans une autre ville ou dans les bois , afin de les mettre à l'abri des ennemis et aussi pour éviter une consommation inutile de vivres.
Plusieurs systèmes de fortifications étaient en usage pour la défense des villes, tels que murs, boulevards, parapets, estacades, fossés et retranchements. La ville de Cuauhquichollan était entourée d'une muraille de pierre et de chaux, haute de 20 pieds et épaisse de 12.
Les conquérants espagnols qui ont décrit les fortifications de cette ville font mention de plusieurs autres travaux de même nature, parmi lesquels le plus remarquable était celui édifié par les Tlaxcaltèques pour se protéger contre les invasions des Mexicains. Ce travail consistait en une muraille construite de façon à relier deux montagnes, muraille dont la longueur était de 6 milles, la hauteur de 8 pieds et l'épaisseur de 18. Elle se composait de pierres unies par un ciment d'une dureté excessive. Elle ne pos-
sédait qu'une issue, large de 8 pieds, et qui consistait dans un prolongement en forme de demi-cercle, comme les barrières en usage chez nous pour empêcher les bestiaux de sortir des pâturages. De nos jours, on voit encore les ruines de cet immense travail.
Il existe aussi, près du village de Molcaxac, une antique forteresse construite au sommet d'une montagne et défendue par quatre cercles de murailles. Dans les environs, se voient nombre de boulevards et, sur une colline, à 2 milles plus loin, les ruines d'une vaste cité dont les habitants n'ont pas laissé de traces dans l'histoire. A 8 lieues de Cordova, j'ai visité l'antique forteresse de Huatusco, entourée de murs, et dans laquelle on ne peut pénétrer qu'en gravissant de hautes murailles. Autour de cet édifice, envahi par les ronces, on a trouvé autrefois de curieuses statues.
Dans l'attaque des places fortifiées, les archers et les soldats armés de frondes chassaient des murs les assiégés, qui, le moment de l'assaut venu , faisaient pleuvoir sur l'ennemi des pierres et des poutres. Experts dans toutes les choses de la guerre, les Aztèques pratiquaient des mines, semaient les routes d'obstacles et barricadaient les défilés.
Mexico, déjà fort par sa position sur un lac, devint vite inexpugnable, grâce à l'industrie de ses habitants. On ne pouvait y pénétrer que par les chaussées traversant le lac, chemins hérissés de parapets et coupés de fossés garnis de ponts-levis. Au fond de ces fossés périrent nombre d'Espagnols et de Tlaxcaltèques, dans la nuit du 4" juillet 1521. Ces défenses tinrent longtemps en échec l'armée de Cortez, qui n'eût peut-être jamais pu les forcer sans l'aide des brigantins qu'il fit construire. Pour défendre la ville du côté de l'eau, il fallait des milliers de barques, et les Mexicains s'exerçaient souvent à ce genre de combat.
Mais les fortifications les plus redoutables de Mexico étaient