‹ Les Aztèques; histoire, moeurs, coutumesChapitre 39 sur 61 · FORTIFICATIONS · texte numérisé non relu

FORTIFICATIONS

ses temples, surtout le plus important, qui semblait une citadelle. Ses murailles d'enceinte, ses quatre arsenaux bien approvisionnés d'armes offensives et défensives, sa disposition architecturale, qui en rendait l'abord difficile, prouvent qu'en le bâtissant les fondateurs songèrent autant à la défense de la ville qu'aux dieux. Du reste, on sait pertinemment que les temples devenaient des forteresses quand l'ennemi réussissait à pénétrer dans une ville. De leur sommet, on le criblait de flèches, de dards et de pierres. Gomme exemple, nous rappellerons le siège héroïque soutenu par cinq cents nobles mexicains sur la terrasse du grand temple de Mexico, où Cortez dut à la fin les assaillir en personne.

Agriculture, — Chinampas ou îles flottantes. — Ensemencement. — Jardins. — Animaux domestiques. — Cochenille. — Chasse. — Pêche. — Commerce. — Marchés. — Routes. — Ponts.

En dépit de la prédilection des Aztèques pour la profession des armes, ils ne négligeaient aucun des métiers utiles, surtout l'agriculture. Ils s'en occupèrent de bonne heure, de même, du reste, que toutes les nations de l'Anahuac. On sait que, durant la longue pérégrination qui, vers 1160, amena les Aztèques de leur patrie primitive jusqu'au bord du lac où ils fondèrent leur capitale, ils labourèi^ent le sol sur tous les points où ils séjournèrent, et vécurent de leurs récoltes. Vaincus par les Colhuas et les Tépanèques et resserrés dans les îles de leur lac, ils cessèrent pendant plusieurs années de cultiver, faute de terres. Enfin, rendus ingénieux par la nécessité, ils inventèrent les îles flottantes.

Leur façon de créer ces îles était des plus simples. A l'aide de branches, de racines, de plantes aquatiques et d'autres matières légères, ils formaient un réseau suffisamment solide, puis, sur cette base, ils étendaient une couche d'herbes marines qu'ils recouvraient de la fange du lac. Ces islettes, qui affectent la forme d'un parallélogramme, ont ordinairement 48 pieds de long sur 18 de large, et s'élèvent d'un pied environ au-dessus de l'eau. Ce sont là les premiers champs que possédèrent les Aztèques après la fondation de leur capitale, champs sur lesquels ils cultivaient le maïs, le piment et les légumes dont ils avaient besoin. Ces jardins mobiles, nommés chinampas, se multiplièrent peu

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à peu, et bon nombre furent employés à la culture des fleurs et des plantes aromatiques. Cet usage s'est perpétué, et aujourd'hui, comme au temps de Moteuczoma, on voit arriver, chaque matin, à Mexico, parle canal qui longe la promenade de la Viga, quantité de barques chargées de légumes et de fruits récoltés sur ces îles flottantes dont la terre n'a pas besoin de l'eau du ciel. Dans ces jardins, ornés d'arbustes, se dresse souvent une cabane. Autrefois, lorsque le propriétaire désirait changer de place pour fuir un mauvais voisin ou se rapprocher des siens', il montait dans un canot et remorquait son champ où il lui plaisait. De nos jours, l'abaissement des eaux du lac fixe les chinampas sur le fond vaseux : elles sont devenues stables.

Aussitôt que les Mexicains eurent secoué le joug des Tépanèques , leurs conquêtes leur fournirent vite assez de terres pour qu'ils pussent s'appliquer à l'agriculture. Ne connaissant pas la charrue et ne possédant aucun animal domestique assez robuste pour les aider dans leurs travaux , ils suppléèrent à cette lacune par un labeur incessant, à l'aide d'un instrument tout primitif. Pour creuser le sol, ils se servaient d'une sorte de pioche en cuivre pourvue d'un manche, et, pour couper les arbres, ils employaient une hache, également en cuivre, assez semblable aux nôtres. Quant aux autres outils dont ils faisaient usage, les historiens de la première heure ont négligé de les décrire.

Pour arroser leurs champs, ils employaient l'eau des ruisseaux qui descendaient des montagnes. Ils savaient endiguer, puis diviser le précieux liquide à l'aide de petits canaux, afin de le mieux utiliser. Ils laissaient leurs terres se reposer et se couvrir d'herbes qu'ils brûlaient pendant les mois de sécheresse pour remplacer les sels entraînés par les pluies. Enfin, ils entouraient leurs propriétés de murs en pierres ou de haies d'agavés, impénétrables barrièi-es encore usitées.

Leur façon de semer le maïs est toujours en usage parmi nombre de leurs descendants. Armé d'un bâton aigu dont la pointe a été durcie au feu, le semeur fait un trou dans le sol, y dépose un ou deux grains de maïs qu'il prend dans une poche en jonc suspendue à son épaule, et les couvre de terre avec son pied. Il avance d'un pas plus ou moins allongé, selon la nature du terrain, marchant en ligne droite jusqu'à l'extrémité du champ, pour revenir alors en arrière. Les lignes parallèles qu'il trace sont si bien alignées qu'on les croirait faites au cordeau. Cette façon de semer, bien que lente!, est très productive, car elle mesure le grain à la qualité du terrain et n'en laisse pas perdre un seul. Lorsque la plante atteint une certaine hauteur, on recouvre son pied de terre, afin de la fortifier et de lui permettre de résister au vent. Une fois l'épi parvenu à maturité, on brise la tige qui le supporte, puis on le laisse sécher au soleil.

Les femmes, parmi les anciens Mexicains, comme chez les modernes, secondaient les hommes dans les travaux agricoles. L'homme creusait, semait et récoltait ; la femme égrenait le maïs et nettoyait le grain.

Les Aztèques possédaient des aires pour cette dernière opération et des silos pour conserver les récoltes. Ils construisaient ces silos avec des troncs d'oîjamel, sorte de pin à écorce lisse, troncs qu'ils superposaient en enlermant un espace carré. Lorsque cet édifice atteignait la hauteur voulue, ils le recouvraient de nouveaux troncs et l'abritaient delà pluie par un toit. Ces silos ne possédaient que deux issues : l'une, étroite, à leur partie inférieure; l'autre, plus large, à leur partie supérieure. Il y en avait d'assez spacieux pour contenir jusqu'à six mille sacs de maïs. On se sert encore de ces silos sur plusieurs points de la république mexicaine, et quelquesuns sont si vieux qu'ils paraissent avoir été construits avant l'arrivée des Espagnols. En me montrant ces antiques greniers, les

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