‹ Les Aztèques; histoire, moeurs, coutumesChapitre 40 sur 61 · JARDINS · texte numérisé non relu

JARDINS

agriculteurs mexicains m'ont souvent affirmé que le grain s'y conserve mieux que dans ceux imités des Européens.

Près des champs ensemencés, on édifiait de petites tours en bois dans lesquelles un homme, protégé contre le soleil et la pluie, s'occupait de surveiller les oiseaux et de les chasser à l'aide d'une fronde. Cette tâche est maintenant confiée à des enfants, car l'agriculteur mexicain, aujourd'hui comme alors, doit sans cesse défendre ses récoltes contre des nuées d'oiseaux pillards. Les perroquets s'attaquent au maïs, les toucans aux fruits, les troupiales à la coque sucrée des cotonniers , les passereaux au blé.

Les Aztèques affectionnaient les jardins ; ils les peuplaient d'arbres fruitiers soigneusement alignés, de plantes médicinales et surtout de fleurs. Ils cultivaient ces dernières non seulement par goût, mais par suite de leur coutume d'offrir fréquemment des bouquets au roi, aux seigneurs, aux ambassadeurs, puis d'en parer leurs temples et leurs oratoires privés. Parmi ces jardins, ceux de la couronne, à Mexico et à Texcoco, étaient renommés. Après la prise de Mexico, les Espagnols admirèrent beaucoup celui d'un seigneur d'Iztalapan, autant pour sa belle ordonnance que pour ses dimensions et les arbres qui l'ornaient. Ce verger se divisait en carrés et renfermait des plantes qui flattaient la vue ou l'odorat. Entre les carrés existaient des allées formées d'arbres fruitiers et de buissons fleuris. Le terrain était coupé par de petits canaux remplis d'eau empruntée au lac, et , sur un de ces canaux, on pouvait naviguer en barque. Au milieu de ce parc, un bassin carré, de 1 600 pieds de tour, était peuplé d'innombrables oiseaux aquatiques. Cette propriété, dont Cortez et Bernai Diaz font mention, avait été créée par Cuitlahuatzin, frère et successeur de Moteuczoma II, qui, d'après le témoignage du docteur Hernandez, l'avait enrichi d'arbres exotiques.

Mais^ au dire des conquérants, le plus magnifique de ces jardins était celui de Iluaxtépec. Il avait 6 milles de circuit, et une rivière le traversait. Les Espagnols le conservèrent longtemps; ils y cultivaient les plantes médicinales nécessaires à l'hôpital qu'ils avaient fondé.

Les Aztèques surveillaient avec soin l'économie des forêts d'où ils tiraient leur bois à brûler et le bois de construction. Par contre, j'ai souvent entendu déplorer l'incurie espagnole qui a laissé déboiser une partie de la vallée d'Anahuac et sacrifié le bien public à celui de quelques particuliers. Depuis lors, cependant, aucune mesure n'a été prise pour réparer le mal, pour l'arrêter. Autour de toutes les villes que j'ai visitées durant un séjour de vingt années au Mexique, j'ai vu les plaines s'agrandir et les arbres disparaître. Dans les vallées de la Cordillère, aussi bien que dans la Terre-Chaude, l'Aztèque moderne met souvent le feu aux forêts qui bordent le désert pour élargir son champ. Des milliers d'hectares de bois précieux se trouvent ainsi anéantis, et le sol qu'ils couvraient subitement transformé en savane, sans utilité, sans prévoyance, sans profit.

Les plantes cultivées par les anciens Mexicains étaient le maïs, le coton, le cacao, l'agavé, la chia et le piment. L'agavé ou metl suffisait en quelque sorte à lui seul à tous les besoins des pauvres. Outre qu'il formait d'impénétrables barrières autour des habitations, son tronc servait de poutre dans la construction du toit des cabanes, et ses feuilles tenaient lieu de tuiles. Avec ces mêmes feuilles que termine une épine aiguë, on fabriquait du papier, du fil, des aiguilles, des vêtements, des chaussures, et le suc de la plante, outre des boissons alcooliques célèbres sous les noms de pulqué et de mescal, fournissait du miel, du sucre et du vinaigre. Enfin, le tronc et la partie inférieure de l'agavé, cuits à l'étouffée, donnaient un manger délicat. Ajoutons que, dotée de

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